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La course en Cadillac

Les Québécois ont toujours eu un rapport à l’argent passablement complexe, pour ne pas dire complexé. S’il n’y a jamais eu de problème à ce qu’un joueur de hockey gagne des millions, les millionnaires qui se sont lancés en politique ont dû apprendre à vivre sous des regards lourds de suspicion.

Pauline Marois s’est vu reprocher pendant des années les succès financiers de son conjoint et sa coûteuse garde-robe. Certains y ont vu une forme de misogynie, mais Robert Bourassa avait aussi dû payer le prix de son mariage avec une riche héritière. Peut-être n’en imposait-il pas suffisamment avec son sourire timide et ses yeux de myope, contrairement à Pierre Elliott Trudeau, qui était né avec une cuillère d’argent dans la bouche, mais qui suscitait l’admiration.

On peut reprocher bien des choses à Pierre Karl Péladeau, mais pas d’avoir la richesse ostentatoire. Ceux qui le connaissent disent que son train de vie est remarquablement frugal pour un homme aussi fortuné. Rien à voir avec la réplique du château de Moulinsart que le couple Marois-Blanchet s’était fait construire à l’île Bizard. Sans parler de Sagard, où les Desmarais accueillent les grands de ce monde.

Depuis que M. Péladeau est entré en politique, on a beaucoup insisté sur le conflit d’intérêts dans lequel le place le contrôle qu’il exerce sur l’empire Québecor. On a aussi dénoncé la brutalité avec laquelle il a géré les relations de travail dans ses entreprises. On ne lui a cependant pas fait le reproche d’avoir simplement de l’argent. Qui sait, nous sommes peut-être en train de devenir un peuple normal ?

 

S’il est heureux que la réussite matérielle ne soit plus automatiquement perçue comme un péché, cela ne signifie pas qu’on doive permettre de tout acheter. On a tellement discuté du financement des partis politiques au cours des dernières années qu’il semble un peu incongru d’autoriser PKP à noliser à ses frais un avion privé pour assurer ses déplacements durant la course au leadership, alors que ses adversaires n’auront vraisemblablement pas les mêmes moyens.

Inspiré de la Loi électorale du Québec, le règlement adopté en octobre dernier par la Conférence nationale des présidents et des présidentes du PQ prévoit que les frais de transport d’un candidat peuvent ne pas être comptabilisés dans les 400 000$ de dépenses autorisées, s’il ne réclame pas de remboursement.

Le problème est que M. Péladeau, si riche qu’il soit, n’en est pas moins un citoyen comme les autres et la loi stipule qu’un électeur peut donner un maximum de 500 $ à la campagne d’un candidat. Pour respecter l’esprit de la loi, le député de Saint-Jérôme ne devrait donc pas verser plus de 500 $ à sa propre campagne, même s’il peut légalement le faire.

En revanche, le coût du transport des personnes qui accompagnent M. Péladeau dans ses déplacements devrait être inclus dans les dépenses de campagne qui seront soumises à terme au Directeur général des élections. À ce jour, son organisation n’a pas jugé utile de consulter le bureau du DGE, qui n’a été saisi d’aucune plainte. S’il n’en reçoit pas, c’est seulement après la course qu’il se livrera à l’examen d’usage.

 

Quoi que M. Péladeau dise ou fasse, rien ne semble pouvoir altérer sa popularité auprès des militants péquistes. La semaine dernière, il a démontré de façon très convaincante que l’argent ne peut acheter le jugement, en publiant sur sa page Facebook les coordonnées personnelles du premier ministre Couillard.

Peu importe, on se bouscule sur son passage. Le journal Le Havre, de Gaspé, qui appartient au groupe TC Transcontinental, rapportait lundi sur son site Web qu’il avait reçu un accueil digne d’une superstar rock à Cap-Chat, où les gens faisaient la queue pour être photographiés en sa compagnie ou obtenir son autographe.

Malheureusement, il ne semble pas vouloir profiter de cette tournée triomphale pour préciser ses orientations. Les militants qui lui adressent des questions n’ont pas plus de succès que les journalistes, comme le rapportait samedi le journal L’Avantage, propriété de Transcontinental, après son passage à Rimouski, où il avait encore fait salle comble.

« Quel est votre plan concernant notre but ultime, la souveraineté, pour les prochaines élections ?Est-ce qu’on promet un référendum après deux mandats ? Ou on met des chantiers en place pour que ça vienne de la population et on fait une élection référendaire ? », lui a-t-on vainement demandé.

M. Péladeau est bien conscient de l’insignifiance des propos qu’il égraine au fil de ses apparitions. « Il y en a qui vont dire que je taponne, mais ils diront ce qu’ils voudront », a-t-il lancé. Loin d’être déçus de n’avoir rien entendu de neuf, les militants ont au contraire applaudi ce pied de nez. Pourquoi en donner plus que le client en demande ?

41 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 20 janvier 2015 04 h 26

    Chèvre et choux

    Pour prendre au sérieux son intention politique, j'attends que Monsieur Péladeau présente un programme de solutions pour redresser les finances publiques du Québec, sans affaiblir les situations économiques et familiales des plus modestes de nous.
    Cela incluant, bien entendu, la récupération des sommes induement versées à celles et ceux qui se sont largement gavés de l'argent public en le détournant des fins pour lesquelles elles ont été prélevées aux contribuables québécois.
    Alors, mais alors seulement, je me proposerai personnellement de suivre les propositions politiques de Monsieur Péladeau.
    Mais en attendant, je persisterai à me questionner sérieusement sur la capacité de quelqu'un qui est "né avec une cuillère d’argent dans la bouche", à comprendre vraiment ce qu'est, pour certains et surtout certaines, la situation de vivre en étant coupé de toute possibilité véritable d'améliorer leur sort...
    Pourquoi ?
    Mais parce que je suis de ceux qui pensent que pour améliorer la situation économique d'un pays, il faut d'abord s'occuper des plus démunis des citoyens avant de se pencher sur les petites "tristesses" de celles et ceux qui, heureusement, trouvent à bien vivre...
    Priorité, à mon sens absolue, qui pour autant, ne doit pas se faire en brisant le dynamisme des individus qui réussissent. Ce qui, bien entendu, demande un minimum de raison à la chèvre qui en est devenu à penser devoir tout manger le choux pour être, ou simplement se montrer, "gras-dur" !
    Pardonnez cette comparaison un peu boîteuse en style et merci de m'avoir lu.

  • Jacquelin Beaulieu - Abonné 20 janvier 2015 07 h 12

    Les préoccupations des journalistes .....

    Par la nature même de leurs fonctions , la faune journalistique de tout acabit réclame des scoops et pose toutes les questions pour en savoir le plus possible et le plus rapidement possible et dans certains cas bien piéger les politiciens ..... Une grande majorité de politiciens se plient a leurs caprices pour faire la nouvelle ....

    Monsieur Péladeau conserve sa popularité auprès des militants ainsi que près des contribuables Québécois en général car ils ont compris que cet homme qui a réussi remarquablement en affaire , sait ou il va , et que d'ici le 15 mai , il y aura au moins 5 débats télévisés ou chacun des aspirants dévoilera son programme , ses idées et ses propositions ..... C'est précisément ce qui choque une partie de la faune journalistique qui aimerait bien le questionner sur tous les détails de son programme et tenter de le piéger le plus tôt possible ....

    Les Québécois ont compris que c'est une grande première qu'un homme d'affaire de cet envergure se présente a la direction d'un parti politique au Québec , tous partis confondus ..... Les électeurs savent que cet homme sait compter et administrer et a une volonté de fer d'atteindre ses objectifs ... PKP a manifesté une volonté de servir son peuple a 54 ans en acceptant le poste de PDG du conseil d'administration de l'HYdro-Québec gratuitement .... Maintenant il veut mettre ses talents et ses connaisances au service des Québécois ...... Toutes ses raisons expliquent l'engouement des Québécois .... Avouons qu'il aurait pu faire comme tous les hommes d'affaire qui l'ont précédé , se la couler douce avec son milliard er s'occuper de Julie et de ses trois enfants ......
    Chapeau PKP ....

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 20 janvier 2015 08 h 57

      Vous savez quoi, monsieur? On croirait entendre la garde rapprochée de Maurice Duplessis. Les journalistes ne sont pas là pour relayer la propagande des politiciens à la convenance de ceux-ci (même si leurs employeurs ont plus de sympathie pour ceux qui partagent leurs orientations idéologiques!).

    • Jacques Gagnon - Inscrit 20 janvier 2015 09 h 35

      Tout à fait d'accord. Les journalistes veulent se mettre quelque chose sous la dent, sauf que monsieur Péladeau connait le tabac et n'ira pas étaler ses arguments, en pature à l'opposition et aux exégèses journalistiques.

      À croire qu'il va aller dire s'il y aura référendum, quand et comment et se déshabiller sur la place publique. Mais c'est le rôle des journalistes et il faut bien qu'ils écrivent quelque chose. C'est dur d'être observé par des journalistes.

    • Ghislain St-Vincent - Inscrit 20 janvier 2015 09 h 57

      M.Jacquelin Beaulieu,
      Je suis tout à fait de votre avis. Je trouve sage, de la part de M.Péladeau, de s'abstenir de fournir trop de détails sur la direction vers laquelle il veut emmener le Québec car, à mon avis, trop de journalistes de la presse écrite et parlée sont impatients de sortir leurs outils de démolition envers tout ce qui est P.Q.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 20 janvier 2015 11 h 07

      Les journalistes poursuivent certainement leurs propres intérêts... et ceux de leurs employeurs, mais leur légitimité passe celle de simples acteurs plus ou moins teigneux avec qui il faudrait savoir danser, quand ils se tiennent aux exigences éthiques de leur profession. En tant que personnes publiques, les politiciens ne devraient pas pouvoir se soustraire à leurs questions et se réfugier dans ces espaces de divertissement où on contrôle les questions et les réponses.

    • Jacquelin Beaulieu - Abonné 20 janvier 2015 12 h 00

      Monsieur Desjardins , on dirait que vous avez fait parti de la garde rapproché de Duplessis pour sortir cet argument inapproprié ......
      Qui parle de relayer la propagande des politiciens ? Surement pas PKP car il est plutôt frugal dans ses commentaires ce que lui reproche la meute journalistique .... Mais entre vous et moi , c'est la plupart du temps ce que font les journalistes qui est de servir de courroi de transmission aux politiciens .... Regarder ce que font les ministres libéraux lors de conférences de presse et qui est strictement de transmettre leurs lignes et leurs messages .... Cela en est parfois gênant !

    • Xavier Martel - Inscrit 20 janvier 2015 14 h 39

      « cet homme qui a réussi remarquablement en affaire »

      Je rêve ou quoi? Pierre-Karl Péladeau a fondé une chose : Quebecor world. Et Quebecor World s’est avéré le plus gros échec de l’histoire de l’entreprenariat du Québec. Une faillite gênante qui a marqué Péladeau au fer rouge dans le milieu des affaires. Que dire également de son aventure avec la chaîne de télévision Sun News. Un autre malheureusement échec. Et la fibre optique quant à elle? Bell a eu 5 ans d’avance sur Vidéotron. Bref, Péladeau est bon pour acheter des magazines à potin, mais demandez-lui pas de sortir de cette zone de confort, sinon c’est un désastre. C'est sûrement pour cette raison d'ailleurs qu'il a quitté le monde des affaires. On peut bien avoir hérité d'un empire, mais si on n'a pas le sens des affaires, il vaut mieux faire autre chose.

  • François Dugal - Inscrit 20 janvier 2015 08 h 01

    Proverbe chinois

    "Mieux vaut rouler dans une Cadillac de l'année que dans une vieille Pontiac déglinguée." - Mao Tzé Dong

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 20 janvier 2015 08 h 11

    Un air de déjà vu...

    Après l'échec de monsieur Boisclair, madame Marois s'était portée au secours du PQ à la condition expresse qu'on lui passe les manettes. Elle ne s'est pas privée d'écraser toute opposition. Après son propre échec, au tour de son dauphin. Il réussira à se faire élire. Il mettra l'État québécois à sa main, quitte à mettre au rancard les «idées» trop encombrantes, souveraineté comprise. Ceux qui ne sont pas contents, ils diront ce qu'ils voudront. Manifestement, il n'a pas l'intention de taponner avec ça, ni avec le PQ, qu'il balancera derrière son épaule quand il en aura fini. Monsieur Péladeau est un homme de vision.

    • Raymond Turgeon - Inscrit 20 janvier 2015 09 h 15

      Je partage cette réaction de cynisme bien légitime que l'hitoire récente a bien nourri. Cependant, j'essaie tant bien que mal de ne pas succomber à la présomption car elle trahit nos peurs qui ne peuvent qu'obscursir toute perspective d'avenir.
      Mais avant ''d'endosser'' Péladeau - notez que je ne suis plus péquiste - il aura à faire la démonstration qu'il mérite la confiance des Québécois. La balle est donc dans son camp.
      Saura-t-il faire oublier tout ''le naturel'' qu'on lui impute, à tort ou à raison?

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 20 janvier 2015 09 h 24

      Sages propos, monsieur Turgeon.

    • André Nadon - Inscrit 20 janvier 2015 10 h 51

      De toutes évidences, vous auriez fait un excellent romancier dans le domaine de la fiction. La liberté d'expression permet à tous d'élaborer différents scénarios fondés principalement sur leur opinion personnelle.
      Quant à moi, je préfère m'en tenir aux faits avérés avant de me faire une opinion.
      La gent journalistique semble frustré de l'attitude de PKP qui préfère livrer son message lui-même sans le filtre des journalistes. Alors toutes les insinuations sont de mise, y incluent la richesse des candidats.

  • Denis Labelle - Inscrit 20 janvier 2015 08 h 33

    Acharnement contre M. Péladeau

    M. David je vous lis depuis des années et je trouvais vos analyses de la politique bien documentées et sérieuses, mais depuis l'avènement de Mme Marois comme remière ministre j'ai noté un glissement mal dissimulé à attaquer le PQ sur les moindres péccadilles.
    Avec M. Péladeau vous ne vous cachez plus pour ainsi dire. Son usage de Facebook ridicullisé dans votre récédent article en est le témoin.
    Comment croyez vous que ce candidat puisse s'exprimer autrement quand la meute de journalistes sont contre lui. Une entrevue dans ses journaux et tous crieraient à la complaisance. Une entrevue dans le Presse, on connaitrait d'avance le biais.

    Il restait votre journal, mais là vous montrez de l'acharnement en analysant systématiquement le moindre de ses gestes alors que son parti n'est même pas au pouvoir. Êtes-vous là pour traiter de l'actualité politique ou vous soulagez à dénigrer le PQ ? Pendant que vous écrivez constamment contre le PQ le parti libéral gouverne et passe sous votre radar

    • Jean Boucher - Inscrit 20 janvier 2015 10 h 15

      J'appuie. Cette chronique déplait de plus en plus.

    • J-Paul Thivierge - Abonné 20 janvier 2015 10 h 35

      @D Labelle Vous devez cependant reconnaître que tous les journalistes et médias font leurs choix éditoriaux . Pendant les dernières campagnes électorales j'ai assisté à plusieurs sorties des chefs en autocar de tournée et sur des présentations et entrevues dépassant 1 heure souvent les médias qui suivaient en bus faisaient des rapports de d'à peine 10 % de ce qui avait été dit et souvent même juste des potins de "scrum" sans souligner le massage important du jour.
      Alors, on demandait ensuite aux électeurs de baser leur choix sur des " SCOOPS " de 5 minutes sans fouiller plus en détail.
      Alors que maintenant grâce aux médias sociaux plus d'électeurs peuvent en savoir plus car les députés et candidats ont des équipes qui diffusent plus d'idées et d'orientation devenant ainsi moins dépendant des choix éditoriaux des journalistes ou des médias.

    • André Nadon - Inscrit 20 janvier 2015 10 h 56

      Merci pour votre commentaire que j'appuie entièrement.

    • Paul Gagné - Inscrit 20 janvier 2015 11 h 19

      Tout à fait d'accord avec vous.

    • Gilles Théberge - Abonné 20 janvier 2015 14 h 53

      Et elle plait de plus en plus madame Poirier aux ennemis de monsieur Péladeau.

      Et au rythme où les chroniques de monsieur David apportent de plus en plus de bois au feu, on a l'impression que l'objectif est d'embraser la forêt en entier.

      Le problème et c'est est un, c'est que monsieur Péladeau remet les pendules à l'heure avec beaucoup d'aplomb dans sa page, comme le montre sa dernière parution, où il met en pièce les allégations du chroniqueur.

      Si l'avion de monsieur David persiste à voler à cette hauteur il risque fortement de s'écraser lourdement au sol si vous voulez mon avis...

      https://fr-fr.facebook.com/pierre.karl.peladeau.stjerome