Le MIT à la rescousse

C’est un joli cadeau du temps des Fêtes qui nous arrive de Boston. Un groupe de chercheurs du Media Lab, au Massachusetts Institute of Technology (MIT), vient de publier une étude sur le niveau d’influence des grandes langues internationales. Or le français se classe remarquablement bien.

Cette étude, qui compile des données issues de l’UNESCO, Twitter et Wikipédia, part de l’idée que l’influence d’une langue n’est pas seulement affaire de démographie ou de richesse, mais aussi de connectivité. Que le français soit parlé par 274 millions de personnes dans le monde, c’est déjà très bien. Mais son implantation dans les réseaux de traduction et de communication est tout aussi cruciale.

Les résultats du MIT sont d’autant plus intéressants qu’ils mesurent l’activité des locuteurs les plus influents de chaque langue : ceux qui publient et sont implantés dans les réseaux et qui communiquent dans plusieurs langues. Entre la dinde de Noël et la dinde du jour de l’An, je vous épargne les formules mathématiques en vous recommandant de consulter les tableaux interactifs.

Pour Twitter, par exemple, le Media Lab a échantillonné un milliard de micromessages entre le 6 décembre 2011 et le 13 février 2012. Ils ont identifié 550 millions de messages dans 73 langues définissables, émanant de 17 millions d’utilisateurs multilingues. C’est donc la centralité d’une langue qu’ils mesurent et par là ses interconnexions avec d’autres, c’est-à-dire la densité des canaux entre cette langue et d’autres langues.

« Twitter était un point de départ intéressant, mais on ne pouvait pas conclure grand-chose à partir de ce seul » média, dit Shahar Ronen, l’un des principaux auteurs de cette étude, actuellement analyste chez MSN à Seattle, mais que j’ai joint à Haïfa, en Israël.

L’échantillon de Twitter comportait peu de langues, seulement 73. Mais sa principale faiblesse tenait au fait que la notion de centralité est seulement supposée sur la base du multilinguisme des usagers. Il en ressort que le malais et le tagalog se classent très haut, 2e et 5e, parce que leurs locuteurs sont des utilisateurs frénétiques de cette technologie et que leur usage est multilingue — presque 100 % chez les Philippins. Et puis, l’échantillon de Twitter s’étale sur une très courte période, ce qui le rend très tributaire de l’actualité.

Les auteurs ont travaillé avec un deuxième échantillon, tiré de l’Index Translationum de l’UNESCO, qui répertorie 2,2 millions de traductions dans le monde depuis 1979. Il établit clairement la langue source et la langue cible pour chaque texte. Cela donne un réseau très défini, où le français se classe 2e, après l’anglais.

Parmi les trois listes de l’étude, celle de l’UNESCO est la seule qui montre précisément ce qui est traduit et en quelle langue. Cependant, elle est trop historique. Le nombre de traductions à partir du russe (5e au classement) a chuté dramatiquement après l’éclatement de l’empire soviétique. Quant au latin, langue morte, il s’y classe encore 9e !

La troisième liste, basée sur Wikipédia, s’intéresse également aux rédacteurs multilingues. Une fois de plus, le français ressort 3e. Contrairement à Twitter, cette liste comporte seulement quelques bizarreries. Mais son principal défaut, comme pour Twitter, est son côté implicite : le multilinguisme des rédacteurs ne montre pas ce qui a été effectivement traduit ou adapté.

Chaque liste a ses défauts. Mais, considérées ensemble, les trois forment une image nette. « L’anglais occupe une position supercentrale. Le français, l’espagnol et l’allemand sont non seulement très mondialisés, mais aussi très centraux », dit Shahar Ronen. La surprise des six auteurs concerne le chinois, l’hindi et l’arabe. « Ces langues, quoique très parlées, sont étonnamment périphériques. »

Cette étude est d’autant plus fascinante que ses conclusions font écho à d’autres classements qui montrent tous clairement que le français est loin d’être une petite langue sans intérêt. Je pense à l’étude de l’agence Bloomberg publiée en 2011, qui portait sur les langues les plus utiles aux affaires (le français ressortait troisième, après l’anglais et le mandarin). Je pense aussi au baromètre Calvet des langues du monde, d’Alain et Louis-Jean Calvet. Dans cette étude en 10 critères, le français sort aussi troisième, après l’anglais et l’espagnol. Et puis, il y a la première étude du genre, celle de l’anthropologue George Weber, dans les années 1990, qui classait les langues les plus influentes (le français ressortait deuxième).

Quelle que soit la méthodologie employée, le français continue de se classer très haut. Peu importe aussi le biais culturel des auteurs.

Cette étude du Media Lab du MIT termine donc l’année en beauté !

11 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 29 décembre 2014 01 h 13

    Que reste-t-il à faire?

    Essayer de le faire comprendre aux sceptiques qui s'imaginent qu'ils ont raté leur vie en ne s'étant pas encore totalement anglicisés...

    • Jacques Gagnon - Abonné 29 décembre 2014 10 h 47

      Il reste à en être fier et de ne pas imiter les Français.

    • Colette Pagé - Inscrite 29 décembre 2014 11 h 31

      Et surtout ne pas suivre l'exemple désolant du PM qui a refusé de parler français en Islande sous prétexte fallacieux que le monde entier savait qu'au Québec l'on parle français. Et pour la suite peut-on s'y fier pour faire la promotion du français. Il y a de quoi s'inquiéter !

  • Gaston Carmichael - Inscrit 29 décembre 2014 09 h 00

    Rendormez-vous, bonnes gens, tout va bien!

    Prendre ainsi une perspective mondiale permet de gommer la situation inquiétante dans les petites communautés isolées, comme le Québec.

  • Michel Vernet - Inscrit 29 décembre 2014 12 h 21

    Les Français défendent le français

    À M. Gagnon : je suis choqué par votre propos injuste concernant les Français car s'il est vrai qu'il y a quelques anglicismes en français de France (bien moins nombreux que dans d'autres langues européennes comme l'italien ou l'allemand), les vrais fossoyeurs du français sont les Québécois, avec leur législation anglicisante qui fait de l'anglais la deuxième langue officielle du Québec. De même, la loi Toubon française est bien plus protectrice que la loi 101 car le droit de travailler en français s'applique à tous les organismes en France, quelque soit leur statut ou le nombre de leurs salariés, ce qui n'est pas le cas au Québec, où de nombreux Québécois sont obligés de travailler en anglais, entre autres à Montréal. De même, en France, le français est véritablement la seule langue officielle. Tous les documents y sont rédigés en français et un document écrit dans une autre langue n'y a aucune valeur légale. Au Québec, ce n'est pas le cas. Le français n'y est pas véritablement la langue officielle vu que le gouvernement québécois distribue des documents officiels en anglais à qui les veut, entre autres à de nombreux immigrants, les détournant ainsi du français. Enfin, pour en revenir aux anglicismes, la lutte contre ceux-ci est une réalité en France. Par exemple, la charte de France Télévisions (qui regroupe les principales chaînes de télévision françaises) recommande explicitement d'éviter les anglicismes :

    « Les personnels intervenant à l'antenne sont tenus à un usage correct de la langue française, conformément aux dispositions de la loi no 94-665 du 4 août 1994. Ils s'abstiennent, à ce titre, d'utiliser des termes étrangers lorsqu'ils possèdent un équivalent en français. »

    De même, tous les diffuseurs (chaînes de télévision et radios) ont une obligation de défense et d'illustration de la langue française, comme on peut le lire sur le site internet du Conseil supérieur de l'Audiovisuel (CSA) :
    http://www.csa.fr/infos/langue/langue_francaise.ph

    • Gaston Carmichael - Inscrit 29 décembre 2014 16 h 59

      Excellente réplique, M. Vernet. Merci.

  • Michel Vernet - Inscrit 29 décembre 2014 12 h 30

    Un ministre français refuse de répondre en anglais


    À M. Gélinas : que M. Couillard parle en anglais en Islande est bien évidemment déplacé mais cela est-il si étonnant vu que l'anglais est de fait une langue officielle au Québec ? En France, le ministre des affaires étrangères, M. Fabius, a refusé de répondre en anglais à la question d'un journaliste anglophone, qui a ensuite posé sa question en français :
    https://www.youtube.com/watch?v=Biu-JfQ5aaU

  • Réjean Beaulieu - Inscrit 29 décembre 2014 12 h 32

    Le syndrome des meneuses de claques

    Oui il y a un danger de gommer la situation et il est important de le rappeler. Une bémol de l'auteur de l'article aurait été appréciée sur la situation linguistique au Québec. Pourquoi pas un suivi en portant l'emphase sur le Québec en matière de présence du français et autres langues sur les médias numériques?