Une année 2014 conforme, même avec ses imprévus

À l’euphorie boursière généralisée de 2013 a succédé une année 2014 tout américaine. Il y a eu découplage, Wall Street faisant bande à part. Il y a également eu des surprises, comme les rendements obligataires positifs et le décrochage des cours pétroliers. Mais dans l’ensemble, l’année qui se termine est conforme au scénario de départ.

Si l’on suppose des derniers jours sans krach ou chocs, 2014 sera une année payante pour les gestionnaires de portefeuille. Selon le scénario retenu en début d’année, la plupart d’entre eux misaient sur une surpondération en actions et sur une diversification internationale sur le thème des États-Unis. Et s’ils se résignaient à des rendements chétifs ou nuls sur les titres à revenu fixe, les portefeuilles équilibrés vont se réjouir d’un rendement obligataire inespéré de quelque 7,5 % cette année.

En revanche, ils n’ont pas vu venir la chute brutale des cours pétroliers. Plutôt exposés aux titres dans ce segment, les portefeuilles institutionnels ont dû conjuguer avec une chute d’environ 20 % de l’indice sectoriel de la Bourse de Toronto, et ce, en trois mois seulement. Au final, ce sous-indice pourrait afficher un recul de l’ordre de 8 à 10 % cette année.

Le choc pétrolier a été particulièrement ressenti sur le marché des obligations à haut rendement. On craint un effet de contagion s’étendant à l’ensemble des titres de dette des pétrolières, forçant nombre de portefeuilles à se repositionner.

Du 12,5 %

Si l’on s’inspire d’un survol proposé jeudi par les économistes du Mouvement Desjardins, le marché boursier américain devrait, sans surprise, offrir cette année un rendement de 12,5 % (incluant les dividendes). Cette performance était attendue, comme le découplage de Wall Street, qui se retrouve en définitive seule dans le territoire des rendements dignes de ce nom.

À Toronto, le changement de tendance des cours pétroliers est venu amputer les gains du marché selon l’indice de référence S&P/TSX, qui pourraient tomber sous les 2 %. Ailleurs dans le monde, les actions internationales affichent une performance d’ensemble plutôt négative, de l’ordre du –4 % si on exclut la représentation américaine dans l’indice baromètre. Avec des reculs attendus au Japon, en Allemagne, à Hong Kong, en France, au Royaume-Uni.

Nous sommes loin de l’euphorie de 2013, qui avait vu le marché boursier mondial afficher une année record. À cette échelle, le cours des actions a bondi de 35 %. De 57 % au Japon, de 32 % à New York, de 26 % en Allemagne, de 21 % en Espagne, de 17 % en France. Mais les espoirs de voir ces économies se remettre sur pied et participer à une expansion mondiale se sont évaporés.

Le thème de l’heure est la déflation en Europe, avec une zone euro demeurant au sommet de la liste des grands risques économiques de la planète. Au Japon, l’« Abenomics » aura fait long feu, cette économie replongeant en récession pour une quatrième fois depuis 2008. La déflation est également une menace là-bas.

Pour les autres surprises, « le rendement de –1,2 % de l’indice obligataire en 2013 semblait le précurseur à une période de rendements négatifs pour une classe d’actifs aussi dispendieuse. Au lieu de cela, l’indice est en voie d’amener un rendement inespéré de 7,5 % pour 2014. Avec la dégringolade des prix du pétrole, ceci constitue sans l’ombre d’un doute la grande surprise de l’année », peut-on lire dans le document de Desjardins.

Pour 2015

Pour 2015, les premières indications font miroiter une copie conforme. À l’exception d’une amorce de hausse, plutôt symbolique, des taux d’intérêt directeurs aux États-Unis, prévue au premier semestre. Le S&P 500 de New York laisse miroiter une poussée de 10 % à 15 % (incluant les dividendes) alors qu’ailleurs, la déflation doit demeurer le thème central dans un contexte de faiblesse des cours pétroliers. « Le repli des cours du pétrole affaiblira une inflation déjà molle, ce qui permettra aux banques centrales de garder les taux bas plus longtemps encore », croit la Financière Banque Nationale.

La Banque centrale européenne devra sûrement s’exercer à l’assouplissement monétaire exceptionnel. Au Canada, puisqu’il faut s’attendre à une légère décélération de la croissance sous l’effet pétrolier, la banque centrale pourrait reporter toute hausse des taux directeurs à 2016, favorisant le maintien du dollar sous ses niveaux actuels face au billet vert. Au bout du compte, la Bourse canadienne devrait offrir du 7,5 % l’an prochain (incluant les dividendes), avancent les analystes de Desjardins, qui anticipent une accélération de l’activité économique au deuxième semestre, alimentée par « une amélioration des conditions économiques mondiales en seconde moitié de 2015 ».

On verra bien !

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2 commentaires
  • Leclerc Éric - Inscrit 20 décembre 2014 08 h 07

    Mais il y a un bémol...

    Le conference board ne prévoit qu'une croissance très modeste de... 1,6% par an jusq'en 2035!

    À moins qu'à l'exemple du pétrole - dont aucun réputé groupe de journalistes économiques - n'avaient prévu une telle baisse, que ce taux moyen soit revu à la hausse.

    Harper prévoit deux années de croissance économique "exceptionnelles" pour le Canada et au Québec les investissements privés seraient évaluées à 1 G$! Ce serait une bénédiction du ciel si celà se concrétise, mais les gouvernements ne manqueront pas d'en profiter avant les consommateurs, ce qui pourrait avoir un effet quasi nul sur nos portefeuilles.

  • Clermont Domingue - Abonné 21 décembre 2014 10 h 10

    Le Roi-Dollar..

    Le dollar permettra encore longtemps aux Américains et aux Chinois de bien se tirer d'affaire. Les premiers peuvent en imprimer à volonté. Les autres en ont accumulé une telle quantité qu'ils peuvent acheter une partie de la planète.
    Merci, m Bérubé. Continuez, même si vos sujets importants semblent intéresser peu de monde. Oculos habent sed non videbunt...