Le balancier

Les temps changent parfois. Pas beaucoup. Peut-être pas pour tout le temps. Mais quand même un peu…​
 

On ne voyait plus le jour où cela se produirait. On avait beau se répéter qu’en l’occurrence, tout ce qui descend finit par remonter, et que dans le cas d’une économie habituellement aussi puissante et dynamique que les États-Unis, cela devait se produire plus tôt que plus tard, notre voisin du Sud semblait encore sonné par le terrible choc qu’il avait reçu avec l’effondrement de Wall Street, il y a plus de six ans.

Après ce que des experts estiment à 13 600 milliards en croissance perdue, la machine économique américaine a enfin commencé à gagner de l’allant, cette année, au point de convaincre de plus en plus de monde que cette fois-ci est la bonne. Même si elle hésite encore à commencer à relever ses taux d’intérêt gardés à 0 % depuis des années, sa banque centrale s’attend aujourd’hui à ce que son rythme de croissance s’accélère encore l’an prochain (de 2,4 % à entre 2,6 % et 3 % l’an prochain) et que son taux de chômage recule de 5,8 % à ce qu’elle considère le plein-emploi soit entre 5,2 % et 5,3 %.

Une autre chose qu’on avait presque perdu espoir de voir arriver s’est produite cette année. Le bras vengeur de la justice américaine s’est enfin abattu sur les institutions financières responsables de la crise de 2008. À défaut de la condamnation de banquiers, on a soudainement vu s’alourdir la pluie d’amendes sur leurs institutions pour leur rôle dans le commerce de produits financiers toxiques. Le total des amendes liées à la crise des subprimes atteignait à la fin de l’été environ 125 milliards, dont 70 milliards seulement pour Bank of America.

En Europe, si la situation économique change, ça ne semble pas être pour le mieux. Le contexte apparaît même tellement précaire que la Banque centrale européenne se découvre des audaces dont on ne l’aurait pas cru capable.

D’émergentes à immergées

Pendant que l’économie américaine reprend du tonus, les fameuses puissances émergentes ont perdu de leur superbe. Le cas le plus spectaculaire et le plus inquiétant est évidemment la Russie, dont la devise a presque perdu 50 % de sa valeur cette année. Victime à la fois de la dégringolade des cours du pétrole et des sanctions commerciales adoptées après l’invasion de l’Ukraine, mais aussi d’années de corruption et de mauvaise gestion économique, le pays devrait voir son économie se contracter de presque 5 % l’année prochaine. Certains en sont même venus à craindre une répétition de la terrible crise financière et économique qui avait ravagé le pays à la fin des années 90.

Moins dramatique, la situation au Brésil n’en est pas pour autant facile. La baisse du prix des matières premières, l’appréciation du dollar américain et la hausse du coût du crédit ont amené son économie à l’arrêt presque complet.

Longtemps l’un des seuls moteurs sur lesquels l’économie mondiale pouvait encore compter, la Chine est aussi en train de ralentir. Cela tient au fait qu’une économie de cette taille ne peut pas éternellement croître à presque 10 % par année et qu’on y mène une nécessaire transition, d’un modèle de croissance basé sur les exportations et l’investissement vers un modèle plus soutenable basé sur les services et la consommation intérieure. Mais cela tient aussi au fait que 30 ans de croissance effrénée ont créé toutes sortes de problèmes et de déséquilibres que Pékin essaie aujourd’hui de réduire sans tout casser.

De plus en plus d’observateurs disent aussi craindre que la remontée du dollar et des taux d’intérêt aux États-Unis ne révèle brutalement à la face du monde l’ampleur de la dette en devises étrangères des économies émergentes et ne complique son remboursement dans leurs devises nationales. Cette dette s’élèverait à 2600 milliards, selon le Bureau des règlements internationaux, dont les trois quarts seraient en dollars américains.

Entente-surprise

Les États-Unis et la Chine ont surpris le monde, le mois dernier, en annonçant la conclusion d’une entente de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre. Leurs engagements seront loin de suffire, mais ils mettaient un terme à un trop long dialogue de sourds entre le géant américain et les économies émergentes.

Ce développement ne fait qu’isoler un peu plus le Canada en la matière, a récemment noté le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, qui lui a reproché son inaction.

Et le Canada ?

Ce qui ne veut pas dire que l’économie canadienne n’a pas, elle aussi, ses changements. L’accélération de la croissance américaine et la baisse des cours du pétrole laissent notamment penser qu’elle pourrait revenir à ce qu’elle avait déjà été autrefois. L’augmentation de la demande américaine et l’affaiblissement de notre pétrodollar semblent annoncer un retour des exportations canadiennes autres que pétrolières. Les entreprises devraient aussi y retrouver le goût d’investir. Cela ramènerait le pays à une croissance plus soutenable et équilibrée que durant toutes ces années d’après-crise, alors que ce fardeau reposait presque uniquement sur les épaules d’un marché résidentiel en feu et de la consommation de ménages surendettés.

Est-ce que ces changements dureront ou auront-ils la vie brève ? Est-ce que d’autres, plus importants encore, viendront ? C’est ce que 2015 nous apprendra. D’ici là, joyeux temps des Fêtes !

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1 commentaire
  • Clermont Domingue - Abonné 21 décembre 2014 10 h 45

    Le roi Dollar

    Merci monsieur Desrosiers. Deux mille six cents milliards de dollars,ça semble énorme. Pourtant, depuis 2008, la FED a créé deux mille milliards de dollars tout neufs pour relancer l'économie américaine.
    Pendant encore longtemps, les Américains et les Chinois se tireront bien d'affaire. Les premiers parce qu'ils peuvent imprimer des dollars à volonté.Les deuxièmes parce qu'ils en ont accumulé assez pour acheter une partie de la planète.Malheureusement pour eux, les Russes ne pourront imprimer des milliards de roubles sans voir leur devise s'effondrer. En 2015, la BCE aura peut-être l'audace de la FED. On verra ce que ça donnera...
    Même si votre sujet semble intéresser peu de lecteurs, continuez . Quand ça fera assez mal, ils commenceront à réfléchir. Espérons-le...