La flamme de soeur Violaine

À la scène comme à l’église, sœur Violaine Paradis entretient la flamme de l’espoir et d’une vocation fondée sur l’amour. Au cœur du silence, une petite voix se fait entendre.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir À la scène comme à l’église, sœur Violaine Paradis entretient la flamme de l’espoir et d’une vocation fondée sur l’amour. Au cœur du silence, une petite voix se fait entendre.

Ce qui brûle chez soeur Violaine, ce qui nous enveloppe comme un manteau de neige, c’est son immense calme dont la doublure est faite de simplicité et de bonté. J’oserais le mot « pureté » si je croyais aux anges. Je tente le mot « contagion », même si je suis vaccinée contre la quincaillerie et la mise en scène qui accompagnent les plus belles intentions religieuses.

Son histoire aurait été banale il y a 50 ans. Aujourd’hui, dans un Québec qui a viré sa cuti, elle force l’admiration. Qu’une jeune femme attirée par une carrière artistique, membre de l’Union des artistes, abandonne tout (et dans ce tout, il y a vraiment tout) pour épouser Dieu, la chasteté, la pauvreté et l’obéissance, ça peut étonner, voire marginaliser.

Cette forme d’authenticité dépouillée est aussi rare que fragile dans une société qui n’en a que pour l’esbroufe et la surenchère, qui tente d’impressionner à tout prix mais se cherche un sens antimatérialiste chaque Noël venu.

Violaine Paradis porte un nom d’héroïne de cinéma. Prédestinée à un ciel sans histoire, cette va-t-en-paix touchée par la grâce, apôtre sans robe ni cornette, est devenue simple petite soldate de Dieu qui a choisi de changer le monde, un lampion à la fois. Après des années de folle jeunesse au Conservatoire d’art dramatique de Montréal, où elle ne s’est pas économisée au département des péchés, c’est à la fin de l’été 2004 qu’elle est touchée par l’appel. « Il était là et moi je n’étais juste pas là… », résume-t-elle.

Après avoir joué une religieuse qui rêve de faire du cirque dans Les nonnes au théâtre de La Marjolaine, Violaine s’offre une retraite à l’abbaye d’Oka et rencontre Sainte-Thérèse de Lisieux dans une bédé suggérée par l’un des moines. « C’est au coeur du silence que j’ai pu entendre ma petite voix, celle qu’on n’écoute pas. »

Cette petite voix, c’est l’intuition. « C’est mon être profond, en résonance avec Dieu. Lorsque j’ai lu la première phrase du livre sur la petite Thérèse, Ma vocation, c’est l’amour, j’ai été submergée d’amour. Notre vocation est inscrite au coeur de notre être et on se réalise quand on est connecté à cet appel. »

Une croix et un chemin

Née sur la rue Fabre, à Montréal, issue d’une famille de quatre enfants, Violaine a toujours cultivé la spiritualité, avait un coin de prière dans sa chambre, petite. Mais rien ne vous prépare vraiment à tout envoyer valser, carrière, chum et projets d’enfants, pour épouser la foi à 28 ans. Dix ans plus tard, elle a été le sujet d’un documentaire (Soeur Violaine, de Jean-Simon Chartier) qui n’a malheureusement été diffusé qu’aux Rendez-vous du cinéma québécois l’année dernière. On la voit cheminer durant deux ans, lors de son noviciat au sein de la Congrégation de Notre-Dame, jusqu’à ses voeux où on lui remet la croix qu’elle porte religieusement autour du cou, seul indice de son renoncement doublé d’une épiphanie.

Âgée de 38 ans, elle vit depuis avec cinq soeurs de 36 à 72 ans, poursuit ses études en théologie pastorale à l’Institut de pastorale des Dominicains, dirige la troupe de théâtre du Centre étudiant Benoît-Lacroix, remet son petit salaire à sa communauté et demande la permission pour s’acheter un téléphone intelligent ou un ordinateur portable. « Le voeu de pauvreté, c’est simplement de donner ce que l’on a et tout mettre en commun. L’obéissance, c’est obéir à l’ensemble, donner sa confiance, son oui. Et la chasteté, c’est donner son amour à tous. Je suis toute à tous. »

Violaine me parle même de sa fécondité qu’elle entretient, « dans le sens de la vie qui sort de nous ». Quant au renoncement à la vie de famille, le regard s’embue pour de bon. Le silence s’installe.

« Je donne de l’amour à la tonne à mes étudiants. C’est ça, donner la vie… donner un sens. Mais il y a des douleurs qui sont reliées au deuil ; c’est un renoncement difficile. Renoncer à un amoureux, à ce projet de vie. Ça se passe dans les profondeurs. Des enfants, j’en voulais trois, sinon quatre… » L’horloge biologique aidant, Violaine fait face à ses démons intérieurs irrationnels et tempère ses passions du mieux qu’elle le peut. Son chemin de croix à elle, il est là. « On ne peut pas changer et rester pareil. C’est ça, la foi… croire que tu avances vers le mieux. »

La jeune religieuse ne remet pas en question la chasteté dans l’Église, ni la place qu’y occupe la femme. Elle ne veut pas consacrer ses énergies à lutter contre, elle veut prier avec.

Noël pour tous, tous les jours

Devant la détresse de plusieurs, Noël venu, sans compter son cortège de souffrances ravivées avec tambours et trompettes, Violaine remarque que l’amour gratuit et bienveillant, fait de temps et d’écoute, ne circule pas assez. Et que la bonté commence en soi-même. « Comment accueillir un sourire quand on est emmuré en soi, dans nos peurs, nos doutes ? »

Davantage que de nouvelles bébelles, Violaine pense que nous manquons fondamentalement de silence pour nous « entendre ». « Les gens en ont de plus en plus besoin. Même moi, religieuse, j’ai soif de silence habité et je ne suis pas à l’abri de l’effervescence. »

Pour Violaine Paradis, Noël, c’est tous les jours ; tendre la main aux démunis, visiter ceux qui souffrent de solitude, faire montre de générosité. « Certains préfèrent fuir ou s’isoler plutôt que d’entrer dans une dynamique de bienveillance. Tu ne peux pas donner ce que tu n’as pas. Il faut prendre soin de nos propres fragilités en premier. »

Et son paradis, elle se le fabrique ici-bas : « Le paradis, pour moi, ce sont les bienveillances reçues et données, une pluie de bienveillance. »

Veillez le merveilleux, il vous le rendra bien.

Il n’y a qu’au théâtre et au cinéma qu’il existe des doublures. Dans les mythes, sur la voie spirituelle et initiatique, je suis toujours le héros de l’histoire, un héros sans doublure ni sosie qui a pour seul choix : accomplir son être ou rester en friche, terre désolée.

Noël n’est pas un jour ni une saison, c’est un état d’esprit.

Le vrai silence

Cette semaine, j’ai piqué une jasette via téléphone satellite avec le seul gars à 400 kilomètres à la ronde au pôle Sud d’inaccessibilité. À 800 kilomètres du pôle Sud, Frédéric Dion est le premier homme seul à avoir posé les skis et le cerf-volant dans ce coin du monde aux antipodes de Noël, puisque le père Noël est à l’autre bout du monde. Frédéric fêtera Noël tout seul cette année, puisqu’il compte rejoindre le pôle Sud avant de rentrer. « Repartir en avion d’ici, c’est 210 000 $. Du pôle Sud, c’est 50 000 $ ! » Un gars ne perd pas le nord, même au Sud.

Sachez que pour entendre le véritable silence, il faut se rendre aussi loin que ça. « Ici, c’est zen, le silence parfait. C’est la première fois que je vis cela. Les seuls sons qui existent sont ceux de ma respiration, de mes pas dans la neige et de mon coeur qui bat. » Même les microbes ne survivent pas à moins 58 °C.

Le plus beau cadeau pour Frédéric cette année à Noël ? « Du vent ! Pour pouvoir me rapprocher de ma femme et de mes filles le plus vite possible. » Bon vent ! À lire et écouter : blogue.fredericdion.com.

Une pluie de gratitude

Cette année se termine et je ne voudrais pas vous quitter sans souligner à quel point vous m’avez inondée de votre bienveillance en des temps plus difficiles. Merci à vous, lecteurs et lectrices, pour ces marques d’affection tricotées serré dans vos messages, liens, suggestions, conseils et des centaines de missives qui m’ont fait chaud au coeur et aidée à traverser la tourmente au pôle Sud de la solitude. Je n’ai pu répondre à chacun personnellement, comme je l’aurais souhaité. Soyez-en ici remerciés de tout coeur. À tous et chacun, je souhaite un Noël de paix et une belle année anti-austérité en santé ! De retour le 9 janvier.

Aimé le film Henri Henri de Martin Talbot. L’histoire d’Henri, élevé chez des religieuses et « relampeur » de son état, est tout à fait compatible avec l’innocence et la bienveillance, la lumière et la magie de Noël. À voir en famille (il tient encore l’affiche au Beaubien).

 

Adoré la vidéo Status Anxiety (The School of Life). Pour ceux qui souffrent d’anxiété sociale et veulent comprendre en cinq minutes pourquoi les réunions du temps des Fêtes peuvent être aussi pénibles pour ceux qui se sentent en marge. Une critique de la méritocratie en ces temps d’austérité. Au fond, il n’y a que votre mère qui vous accepte vraiment comme vous êtes. Et Dieu...

 

Admiré soeur Cristina Scuccia, cette religieuse italienne de 25 ans qui porte le voile et a gagné The Voice en Italie plus tôt cette année. Son audition devant les juges qu’elle a conquis tire les larmes.

 

Souri devant le charmant Petit lexique bête et méchant à l’usage des néophytes Trad, du musicien Michel Faubert (Planète Rebelle). C’est ironique et délicieux tout en tapant du pied. À « Set carré » : « Sorte de tango québécois pour célibataires qui tournent en rond ». À « Bon vieux temps » : « Époque bucolique marquée par la grippe espagnole, le racisme, les guerres, la famine et l’obscurantisme qu’on se remémore avec nostalgie/rassurez-vous, ça revient. » À glisser dans le bas de Noël.



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