La drôle de course

De septembre 1939 à avril 1940, Français et Allemands se sont observés comme des chiens de faïence sur une ligne de front immobile durant ce qu’on a appelé la « drôle de guerre ». On connaît la suite.

C’est aussi une drôle de course qui se déroule actuellement au PQ où, après quelques escarmouches, personne n’ose plus ouvrir le feu. On a plutôt l’impression d’assister à une sorte d’OPA, voire à un hold-up, qui permettra à Pierre Karl Péladeau d’annexer un parti politique à son empire.

Ses rivaux se plaignent que les médias n’en ont que pour lui, alors qu’il n’a pas encore proposé une seule idée originale, mais eux-mêmes ne font pas grand-chose pour détourner les projecteurs. En comparaison la course au leadership libéral de l’hiver 2013, pourtant bien terne, avait l’air d’une foire d’empoigne.

Le sort réservé à Jean-François Lisée, qui a été presque ostracisé pour s’en être pris à l’icône, a eu pour effet de dissuader tous les autres de l’imiter. Au moins, on ne se gênait pas pour critiquer André Boisclair. S’ils ont déjà peur aujourd’hui, qu’est-ce que ce sera quand PKP sera réellement chef ?

Pour ceux qui l’ont observé le moindrement au fil des décennies, le PQ est tout simplement méconnaissable. Dans un parti où tout déplacement de virgule donnait immanquablement lieu à d’interminables discussions, les adversaires de M. Péladeau en sont réduits à quémander la tenue de plus de deux débats dans une course longue de huit mois.

D’ailleurs, comment le PQ, qui a subi une véritable raclée à la dernière élection, peut-il même envisager de s’en tenir à un débat à Montréal, où ses bastions traditionnels tombent l’un après l’autre aux mains de Québec solidaire, et un deuxième à Québec, où sa seule députée a été élue d’extrême justesse ? Il est pourtant clair que les forces du PQ sont actuellement dans les régions.

Ce souci d’exposer PKP le moins possible devrait inquiéter les militants péquistes au plus haut point. Si on craint de le voir trébucher dans un face-à-face avec ses collègues, le pire est à prévoir quand il lui faudra affronter Philippe Couillard et François Legault, qui ne feront pas de quartier. Sans oublier Françoise David, qui s’est toujours bien tirée d’affaire dans les débats télévisés.

 

Aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du PQ, de nombreux progressistes s’inquiètent sérieusement de la perspective d’un gouvernement Péladeau, doutant de la sincérité de sa conversion au modèle québécois et aux bienfaits du syndicalisme, comme de son étonnante aversion pour les politiques d’austérité du gouvernement Couillard.

Le problème est qu’aucun de ses adversaires n’ose assumer concrètement ses prétentions sociales-démocrates et remettre ouvertement en question l’échéancier du retour à l’équilibre budgétaire. Le PQ a beau critiquer chaque mesure mise de l’avant par le gouvernement, il appuie toujours l’objectif du déficit zéro en 2015-2016.

Le député de Lac-Saint-Jean, Alexandre Cloutier, promet d’autoriser la dissidence s’il devient chef. Il n’y a cependant rien comme prêcher par l’exemple. Se distancier de la position officielle du parti sur l’échéancier budgétaire serait une excellente illustration de ce droit à la liberté de pensée.

 

Hantés par la crainte de quitter ce monde avant de voir leur rêve se réaliser, de nombreux souverainistes semblent disposés à signer un chèque en blanc à PKP, mais la promesse de se consacrer corps et âme à la promotion de l’indépendance ne saurait à elle seule tenir lieu de programme.

Il ne faut pas rêver en couleurs et s’imaginer que les Québécois décideront soudainement de le suivre comme les enfants de Hamelin avaient suivi le joueur de flûte, même s’il est accompagné de la fée des étoiles. À l’extérieur du PQ, il n’y a présentement aucun signe d’un quelconque engouement pour la souveraineté qui résulterait de l’entrée en politique de M. Péladeau.

Certes, bien des choses peuvent changer en trois ans, mais la possibilité qu’il soit appelé à diriger un « bon gouvernement » provincial est loin d’être improbable. Lui-même le sait parfaitement puisqu’il refuse de s’engager à tenir un référendum dans un premier mandat.

En affaires, quand le plan A ne fonctionne pas, on passe au plan B. Les militants péquistes, tout comme l’ensemble des Québécois sont en droit de connaître au moins dans les grandes lignes de celui de M. Péladeau.

À défaut de référendum, quelle orientation donnerait-il à la « gouvernance souverainiste » ? Proposerait-il une charte de la laïcité ? Une Constitution québécoise ? Une citoyenneté québécoise ? La loi 101 serait-elle étendue au niveau collégial ? Le Québec se retirerait-il du Conseil de la fédération ? Comme disait l’autre : on verra.

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29 commentaires
  • Patrick Boulanger - Abonné 18 décembre 2014 00 h 36

    "comment le PQ, qui a subi une véritable raclée à la dernière élection, peut-il même envisager de s’en tenir à un débat à Montréal, où ses bastions traditionnels tombent l’un après l’autre aux mains de Québec solidaire" (M. David).

    Et le prochain bastion va possiblement - pour ne pas dire probablement - être Hochelaga-Maisonneuve. En plus, lors du prochain scrutin le fameux argument péquiste du " vote stratégique " pourra difficilement se donner des airs de progressiste avec M. Péladeau à la tête du PQ.

    • Rodrigue Guimont - Inscrit 18 décembre 2014 14 h 42

      Suite à votre commentaire, comment de pas se surprendre de voir les libéraux trouver le parti David-Khadir de QS très "sympathiques"!

  • Pierre Schneider - Abonné 18 décembre 2014 05 h 24

    Vous allez trop loin

    Monsieur David

    Cette fois, vous allez vraiment trop loin en utulisant des expressions comme "hold-up" et en prétendant que l'indépendance d'un peuple n'est pas un objectif en soi, qu'il ne saurait tenir lieu de programme politique traditionnel.

    Alors que vous savez fort bien que, sans le rapatriement de tous nos pouvoirs, nous continuerons à gérer une province quasi en tutelle.

    Ce que refuse Pierre-Karl Péladeau. Il l'a dit clairement. Ce n'est pas un petit programme, ni une feuille de route, c'est une chambardement, voire un déménagement. Une libération nationale.

    Tout le reste n'est que politicaillerie et gérance à la petite semaine. Un projet de société: L'Indépendance et, par la suite, la constitution que les citoyens du Québec voudront bien se donner.

    Vraiment, vous dépassez les bornes. Allez, Joyeuses Fêtes et pensez-y bien.

    • Patrick Boulanger - Abonné 18 décembre 2014 09 h 36

      M schneider, vous faites prétendre à M. David une chose qu'il ne prétend pas dans sa chronique. M. David ne prétend pas que " l'indépendance d'un peuple n'est pas un objectif en soi ".

  • Réal Desranleau - Abonné 18 décembre 2014 06 h 05

    Un seul discours : L'Indépendance

    Voilà l'objectif. La présence française en terre d'amérique se rétrécit comme peau de chagrin, il reste peu de temps pour se donner un territoire que nous controlerons sinon nous deviendrons un peuple homéopatique.
    Le Québec un pays voilà le discours de M PKP, j'en suis.

  • Jacquelin Beaulieu - Inscrit 18 décembre 2014 06 h 47

    Les électeurs n'aiment pas la chicane comme vous le dites souvent monsieur David ......

    Le seul qui semble s'inquièter de cette course est vous-même monsieur David .... Ne vous inquiéter pas car il y aura plusieurs débats qui durera jusqu'a la mi-mai .... Donc il faut respirer par le nez et cessez de croire que tout est conclu six mois avant le vote ...... On <verra dans les prochains mois> et aller fêter autour de la tourtière .....

  • Lise Bélanger - Abonnée 18 décembre 2014 07 h 36

    Quel pessimisme ce matin!

    Tant mieux si les choses changent au PQ, on ne veut pas que se répète la dernière élection.

    Si vous cherchez la perfection M. David, vous ne la trouverez ni au PQ ni dans un autre parti.

    Le PQ et le Bloc reprennent leur souffle, ce n'est pas le temps de cogner sur eux.

    Je crois au contraire, que PKP et Mario Beaulieu pourront certainement faire faire un pas dans la bonne direction pour l'indépendance, sinon l'indépendance elle-même.

    Je ne crois pas que la solution pour le peuple québécois se trouve dans le Canada.

    Alors, je suis tannée d'entendre toujours le dénigrement, souvent injustifié, du moindre mouvement du PQ qui semble être différend du passé.

    À moins d'avoir peur du changement au point d'en mourrir.