Deux mots: Vegas

Il ne faut pas se fier aux apparences et se méfier de l’eau qui dort, tout ce qui brille n’est pas or, l’essentiel est invisible pour les yeux, toute vérité n’est pas bonne à dire et la vérité sort de la bouche des enfants. Ainsi, si d’aventure le merveilleux monde du sport™ essaie de vous faire accroire qu’il n’est pas au courant d’activités de gageures à son sujet, mettez-vous les mains sur les oreilles et sauvez-vous à grandes enjambées en hurlant.

Remarquez que cela se comprend un peu : la pire affaire que puisse envisager le sport consiste en ce que des soupçons de compétitions truquées surgissent, ce qui est souvent associé au brassage de gros argent. Souvenez-vous quand vous étiez jeunes, en 1919, des joueurs des White Sox de Chicago voulant se venger de leur propriétaire grippe-sou s’étaient liés à des parieurs louches et ligués pour perdre délibérément la Série mondiale. Le baseball majeur a bien failli en mourir et s’il n’y avait eu Babe Ruth pour remettre de la joie dans les coeurs, qui sait où on en serait aujourd’hui.

Pour cette même raison, les grands circuits professionnels se sont toujours tenus loin de Las Vegas, la capitale universelle du péché qu’est le jeu. Ils font semblant de ne pas savoir qu’une quantité relativement ahurissante d’individus ne suivent leurs activités que parce qu’ils peuvent parier dessus, et ils font semblant d’ignorer que l’emplacement géographique d’une équipe n’a rien à voir de nos jours, qu’il est possible de miser en plusieurs endroits ou par le biais des Internets et qu’on peut très bien aller à Vegas pour gager sur un club de New York ou de Chicago.

Cette semaine, les propriétaires d’équipe de la Ligue nationale de hockey réunis à Boca Raton, en Floride — ils tiennent rarement leurs meetings à Buffalo ou à Winnipeg — ont résolu d’autoriser William Foley, un monsieur d’affaires intéressé à attirer une franchise à Vegas, à mener une petite enquête et à vendre des abonnements de saison virtuels question de tester la vigueur du marché.

« N’y voyez pas plus que ce que c’est », a prévenu Gary Bettman. Ben non toi chose. On fait ça juste pour passer le temps, et on espère pouvoir revenir devant vous dans quelque temps pour dire que finalement, ça ne marchera pas. De toute manière, le saviez-vous, il n’y a aucune expansion au programme, n’est-ce pas, bonnes gens de Québec ?

Bien sûr, du hockey au Nevada, cela tombe sous le sens. Mais quand on a un aréna tout neuf et un monsieur d’affaires et de ses copains prêts à allonger 400 millions de rutilants billets de mononcle Sam pour une franchise, on a tendance à oublier le soleil brûlant et les casinos. Et puis, il y aura une rivalité toute naturelle avec les Coyotes de l’Arizona.

Du hockey à Vegas ? Vous pouvez parier là-dessus.

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