Le coeur à la fête?

Pas vraiment ? Rassurez-vous, vous n’êtes pas le seul. Ou alors vous faites partie des bienheureux qui ont choisi de vivre sans savoir ce qui se passe autour d’eux et vous avez vécu les dernières semaines la tête dans les nuages ou dans le sable pour ne rien voir. Si vous aviez tout vu, tout entendu, vous n’auriez plus de larmes à verser tellement vous auriez été frappés par des événements qui forcent à une réflexion qu’on essaie d’éviter habituellement en décembre parce que la radio vous talonne avec ses chansons de Noël et tout ce qui est à vendre avant que la dinde ne soit prête.

Les dernières semaines ont été difficiles. Entre les folies d’un gouvernement qui semble prendre plaisir à nous imposer des décisions insensées qui semblent de plus en plus destinées à obliger tout un peuple à changer de route contre sa volonté et la douleur de la commémoration des meurtres de Poly, la dose a fait beaucoup de dommages. Peut-être que, comme moi, vous vous êtes dit que nous n’avions pas mérité ça.

J’ai une amie qui prétend que nous, les Québécois, ne sommes beaux et grands que dans la douleur. J’enrage quand elle me dit ça, mais je dois admettre aussi qu’elle n’a pas complètement tort quand elle affirme que c’est dans la douleur que le mot « solidarité » prend sa véritable valeur chez nous.

La mort d’abord, puis les multiples déclarations des amis et connaissances de Jean Béliveau quant à son caractère, sa générosité et sa simplicité au cours des jours qui ont précédé ses funérailles, auront permis de retisser des liens entre des inconnus de tous les horizons, des gens d’opinions et de langues différentes, unis par la douleur de la perte d’un homme qui est devenu un véritable héros en quelque sorte. Il y avait tout à coup une sorte d’urgence de dire à cet homme l’admiration que nous avions pour lui, la reconnaissance du formidable modèle qu’il avait été pendant toutes ces années et de répéter à voix haute ses qualités si évidentes : classe, politesse, calme, générosité, disponibilité et peut-être même fidélité. Des qualités rares.

Jean Béliveau a refusé les honneurs qu’on lui a offerts. Devenu riche avec le temps, il a continué d’habiter sa maison de Longueuil alors qu’il aurait pu s’offrir Westmount. Au-delà de tout ça, il a plutôt choisi d’oeuvrer à faire partager son expérience à ceux qui en avaient besoin et à rétablir un équilibre entre les gâtés de la vie et ceux qui n’ont rien.

Lui tout seul, il aurait peut-être choisi des funérailles plus discrètes. Même lors de ses plus grandes victoires, il ne cherchait jamais à se mettre en avant. Mais fait comme il était, il aurait quand même accepté la cérémonie en se disant qu’il devait bien ça à ses patrons, à ses coéquipiers et à ses admirateurs. Le sens du devoir accompli jusqu’au bout.

Je me suis souvenue avoir eu le même type de réflexion lors des funérailles de René Lévesque. Pendant la cérémonie, je me suis demandé ce qu’il aurait dit s’il avait pu encore parler, lui qui avait du mal à supporter les applaudissements et qui demandait toujours qu’on s’arrête parce que ça durait trop longtemps et qu’il croyait certainement qu’il ne les méritait pas.

Les deux hommes dont je parle ce matin avaient sensiblement les mêmes qualités. Elles doivent être rares puisqu’on en parle tant quand ils nous quittent.

Notre peuple est plus pauvre sans eux. C’est l’évidence. Nous l’avons affirmé haut et fort par notre silence durant les visites au Centre Bell, par le besoin des parents d’y amener leurs enfants, même les tout-petits, afin qu’ils se souviennent peut-être du grand Jean.

Noël aura une drôle d’allure cette année. Tout le Québec est en deuil, car la perte de gens que nous aimions a marqué tout le calendrier de 2014, sans oublier que l’état du monde ne donne pas envie de fêter non plus. Tout aura tendance à se faire dans le calme, car nous sommes tous fragilisés par ce qui nous tombe dessus en ce moment. Même les fameux partys de Noël dans les bureaux ne devraient pas avoir les allures de défoulement qu’on leur connaît depuis toujours, car les femmes ne le toléreraient pas après la chute du mur du silence.

Quant aux formidables cadeaux que l’équipe Couillard nous a mis sous l’arbre de Noël, je crois qu’ils ne méritent même pas une note de passage pour l’emballage, et encore moins pour le contenu. En fait, la seule chose à faire ce serait de retourner le tout à l’envoyeur avec une indication : « Il n’y a pas d’abonné au numéro que vous avez composé. » Ou mieux encore : « Parti sans laisser d’adresse. » Et puis pour Noël, ressortez la chanson Libérez-nous des libéraux. Ça devrait aider.

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27 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 12 décembre 2014 06 h 52

    Tout

    Vous avez tout dit. Merci

    PL

    • Marc G. Tremblay - Inscrit 12 décembre 2014 08 h 43

      « Parti sans laisser d’adresse. »

      C'est bien ça l'unique phrase "qui dit tout" en résumant cet article pessimiste et ultra-péquiste. Sinon, on continue d'être satisfait de vivre dans un pays aussi démocratique que le notre, on continue de chialer intelligeamment sur ce qu'il est possible de faire politiquement pour améliorer nos conditions, mais on cherche à se réjouir que depuis "toujours", le parti politique (unionniste, libéral ou péquiste) au pouvoir ait pris parfois des décisions impopulaires pour assainir les finances publiques.

  • Beth Brown - Inscrite 12 décembre 2014 07 h 03

    Un héritage.

    "Notre peuple est plus pauvre sans eux. C’est l’évidence." sic

    Pas plus pauvre, non, mais plus riche. À partir du moment où on accepte que les hommes célèbres ont aussi des limites, qu'ils sont aussi conviés comme nous tous à traverser la frontière de la mort, on se tourne vers ce qu'ils ont laissé derrière eux.

    Il faut savoir grappiller toutes les richesses de l'héritage, comme une partie de leur âme qui subsiste encore, en faire la somme, dire merci, s'en nourrir et continuer de grandir au delà du deuil, le coeur à la fête...

    "All comes to pass."

    • Julie Carrier - Inscrite 12 décembre 2014 12 h 49

      Oui Madame..!

  • Pierre Labelle - Inscrit 12 décembre 2014 07 h 03

    Solidarité, temporaire....

    Cette solidarité dans la douleur sera t-elle temporaire, comme elle l'a été au décès de René Lévesque, Maurice Richard, Félix et combien d'autres....Il est là notre problème, cette solidarité ne dure que le temps d'une rose, vite oubliée devant de belles paroles de petits politiciens avare de pouvoir. Nous en avons eu la preuve éclatante en avril dernier, 18 mois seulement après avoir sanctionner un gouvernement innondé par les scandales, voila-tu pas que nous le reportons au pouvoir, c'est ça de la solidarité pour des colonisés, ne pas se souvenir.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 12 décembre 2014 09 h 43

      Combien vrai m. labelle ! la solidarité québécoise est faite aussi d'un peu de lâcheté...beaucoup de peur de ceci, peur de cela...et surtout, d'un
      atavisme culturel de colonisé.

  • Marie-Mance Vallée - Inscrite 12 décembre 2014 07 h 13

    Les docqueteurs...

    "Quand un médecin tourne mal, il devient le pire des criminels. Il a le sang froid et les connaissances." - Sir Arthur Conan Doyle

  • Normand Carrier - Inscrit 12 décembre 2014 07 h 25

    C'est dur mais juste ....

    On aura pas beaucoup de cadeaux a mettre sous l'arbre cette année si ce n'est un $1300. par famille que nous devrons payer en taxes et tarifications supplémentaires imposés par l'équipe Couillard qui nous a répéter a satiété durant la campagne électorale que les Québécois étaient surtaxés et qu'il n'était pas question d'augmenter leurs charges fiscales ..... Couillard n'en finit plus de briser ses promesses les unes après les autres et ce n'est loin d'être fini avec ce qu'il s'apprête a couper en 2015 .... Il faudra y ajouter la taxe MOREAU que les municipalités vont nous refiler ...
    Quel gachis ce gouvernement !

    • Nestor Turcotte - Inscrit 12 décembre 2014 08 h 52

      Et vous cher monsieur, dites-moi où vous prendriez l'argent pour combler le manque à gagner? Tous les gouvernements laissent à leurs successeurs des déficits cachés, glissés dans la dette commune...

      Si la banque vous demande de réduire vos dépenses parce que vous êtes trop endetté, que faites-vous: vous coupez ou vous êtes coupé par la banque qui vous avance les sous. Le temps est venu de payer nos folies et nos gaspillages collectifs, tous partis confondus.

      Madame Marois avait caché 4 milliards et plus dans son budget de 2003; elle en a fait autant avant l'élection de 2014. Les libéraux ont fait la même chose.Mais comme les Québécois, en général, sont incapables de s'élever au-dessus de la politique partisane, ils accusent les autres de tous les péchés du monde, se présentant eyx-mêmes comme des vierges, avec ou sans foulard blanc.

      Joyeux NOËL et souvenez-vous que la JOIE de NOËL n'est pas la joie des hommes. Elle vient de Dieu. C'est pourquoi on n'ose plus utilier la formule.

      JOYEUX NOËL aussi à vous madame Payette. Votre article de ce matin est très bon, mais vous auriez pu couper votre dernier paragraphe...Le Québec a produit de grands hommes et de grandes femmes. Il n'est pas nécessaire de les comparer à d'autres pour les grandir davantage.

    • Normand Carrier - Inscrit 12 décembre 2014 12 h 06

      Vous cher monsieur Nestor , si vous avez bien lu , je reproche a ce gouvernement de nous avoir menti en campagne électorale , de nous mentir encore et empêcher les maires qui sont redevables a leurs concitoyens de leurs expliquer qu'une partie de leurs augmentations de taxes vient du manque a gagner de $300 millions lors des transferts aux municipalités ...... Ce gouvernement est arrogant et s'enfonce graduellement dans un style dictatorial ....
      Cher monsieur Nestor , je vous souhaite pour cette nouvelle année de vivre le moment présent et de mettre en arrière vos souvenirs de 1976 ou vous avez été écarté de la convention du PQ dans Matane et qui vous a transformé en dénigreur infatigable ..... Sérénité et bonheur ....

    • Jean-François Trottier - Inscrit 12 décembre 2014 15 h 14

      M, Turcotte,
      vous êtes dans le champs. Mais là, complètement.
      Le gros bon sens veut en effet que l'on réduise la dette le plus efficacement possible et, en conséquence, on doit couper dans les dépenses flexibles. Ça s'appelle l'austérité qui est en soi un régime de vie PASSAGER que l'on instaure pour régler un manque à gagner.
      Aux dires mêmes de Couillard, il veut appliquer de la rigueur, autrement dit un état permanent de choses selon certaines règles.
      Donc il ne tente pas de réduire la dette et ensuite revenir à un état normal des choses. Il veut créer un nouvel état de fait, et c'est seloon cwette idée qu'il coupe, réduit, diminue le rôle de l'état.
      En ce sens, il poursuit simplement l'oeuvre de Charest qui a tenté de couper les revenus via baisse de taxe (on a vu par la suite comment il a dû l'augmenter à des sommets inégalés) et exonération d'impôts, principalement pour les corporations.
      Charest a vidé les caisses. Puis, avec la crise, il a emprunté à tout vent pour partir l;a machine à infrastrucrues, excellent moyen de créer des jobs temporaires... et de paqueter la caisse de parti au maximum.
      Couillard, lui, plutôt que de tenter de remplir les caisses en cassant les exonérations de son prédécesseur, coupe dans les dépenses et les organismes d'aide, et démolit l'opposition des sydicats et des travailleurs de première ligne.
      Il le fait prétendûment au nom du bon sens mais dans la réalité de ses actes il casse le système de santé, le système social, l'éducation, les velléités d'initiative municipale, la recherche, le développement économique régional...
      De plus, il agit en contradiction avec ses déclarations lors de la dernière campagne électorale.

      En même temps il vend le Québec au poids aux minières internationales. RIen n'est fait pour le secteur secondaire, encore moins pour le tertiaire... sauf la finance.

      Vous parlez de gaspillage ? Parlons de 10 années d'incompétence crasse, ce sera un bon début.

    • Sylvain Auclair - Abonné 12 décembre 2014 16 h 05

      Monsieur Turcotte,
      Le Parti libéral, dans l'opposition, a refusé d'augmenter le tarif des CPE à 9$ et d'ajouter un niveau d'imposition, parce qu'il disait que les finances publiques étaient saines, puisqu'il venait de quitter les affaires.