Le traitement olympique

Le Comité international olympique, institution vénérable s’il en est où se côtoient notamment mais non exclusivement altesses royales, princes, princesses, barons, comtes et autres personnages plus égaux que d’autres, a donc résolu d’autoriser désormais des candidatures communes à la présentation de ses précieux et lucratifs Jeux. C’est le genre de choses qui arrivent, semble-t-il, lorsqu’on se retrouve avec deux prétendants seulement à l’accueil des JO d’hiver 2022 et que l’un d’eux est Pékin et l’autre Almaty, au Kazakhstan.

Ces derniers temps, plusieurs villes européennes se sont succédé pour dire non merci au CIO, soit abandonnant l’idée très tôt devant une certaine fureur du contribuable moyen, soit considérant sérieusement la chose avant de se désister pour des motifs financiers. C’est qu’il est de notoriété publique et parapublique que ce n’est pas gratis, ce bidule, et que l’héritage qu’il laisse n’est pas toujours évident. Et la facture de 51 milliards de beaux dollars à Sotchi suscite de fort compréhensibles inquiétudes.

La dernière en date à se retirer fut Oslo, qui aurait très certainement décroché le rendez-vous de 2022 les doigts dans le nez vu la concurrence. Trop onéreux, ont finalement décidé les autorités compétentes. Et puis, il y avait ce cahier des charges qui a fait exploser de rire la planète entière et provoqué la colère des Norvégiens lorsque des extraits ont été rendus publics par des médias. Une colère accompagnée d’une forme de soulagement de savoir qu’ils n’auraient pas à se plier à une mascarade ridicule.

Car le CIO ne se prend pas pour de la crotte de bique, mais il montre une certaine tendance à considérer que le reste de l’humanité n’est même pas digne de passer la vadrouille derrière ses pas. Ainsi a-t-on pu prendre connaissance il y a quelques jours d’une nomenclature des exigences de l’organisme à l’endroit des bonnes gens d’Oslo s’ils voulaient obtenir le privilège inestimable de présenter les JO. Parmi celles-ci :

• Une rencontre avec le roi de Norvège avant la cérémonie d’ouverture, et une réception sous forme de cocktail après la rencontre.

• Des boissons offertes gratuitement par le Palais royal ou par le comité organisateur local.

• Une voiture et un chauffeur personnels pour chaque membre du CIO.

• Des voies réservées sur toutes les routes empruntées par les membres du CIO. Ces voies devaient être absolument interdites aux autres automobilistes et même aux véhicules de transport collectif.

• Un message de bienvenue du président du comité organisateur et du gérant de l’hôtel (cinq étoiles) dans la chambre de chaque membre, accompagné d’un panier de gâteaux et de fruits de saison (comme le notait un fin observateur, les fruits de saison en février en Norvège, voilà qui ressemble aux fraises de Panoramix dans Astérix le Gaulois).

• L’ouverture du bar de l’hôtel à des heures très tardives et la présence exclusive dans le bar et les minibars situés dans les chambres de produits Coca-Cola.

• Un accueil cérémonieux, avec déroulement de tapis rouge, fait au président du CIO à sa sortie d’avion sur la piste d’atterrissage.

• Des portes d’entrée et de sortie à l’aéroport réservées spécialement aux membres du CIO.

• Dans la loge du CIO, un service de bar complet offert pendant les cérémonies d’ouverture et de clôture. Pendant les jours de compétitions, du vin et de la bière suffiront.

• Un accueil avec le sourire à l’arrivée des membres du CIO à leur hôtel.

• Maintien de la température des salles de réunion à 20 °C très exactement en tout temps.

• Remplacement de la nourriture chaude servie dans les loges du CIO et sur les sites à intervalles réguliers, car les membres pourraient avoir à manger plusieurs fois au même endroit pendant les Jeux et ne voudraient pas avoir à manger toujours la même affaire.

Voilà qui est plutôt formidable et nous fait songer qu’il est donc dommage que ça n’ait pas fonctionné, trouvez pas ?

Après le désistement d’Oslo, le CIO a fait une déclaration mentionnant que la Norvège ne savait pas ce qu’elle manquait, la sotte, et que c’était bien de valeur, mais elle se privait ainsi de profits incalculables. On a aussi rappelé que les Norvégiens ne s’étaient pas présentés à une réunion visant à expliquer ces exigences et que, conséquemment, la décision prise s’appuyait sur des demi-vérités et des erreurs de fait.

Ensuite de quoi, selon des sources, le CIO est allé noyer sa peine dans un bon Coke et la Norvège a calé un Pepsi.

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2 commentaires
  • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 9 décembre 2014 16 h 33

    La Nausée

    Tout ça donne franchement mal au coeur. Je me demande si c'est avec cette vision que Marcel Aubut nous barratine sur les chances de Québec d'obtenir des Jeux.

    Le CIO demandera quoi? Des bains de champagne au Chateau Frontenac, des duchesses du Carnaval aux chambres, Labeaume qui sert tous les repas déguisé en lutin du Père Noël?

  • Leclerc Éric - Inscrit 9 décembre 2014 20 h 02

    C'est merveilleux les cérémonies et attrayant les épreuves, mais...

    ça coûte beaucoup trop cher à notre époque par rapport à ce qu'il reste des installations et ce qu'elles deviennent.

    Même si Québec inaugurera dans quelques mois son amphithéâtre et que Me Marcel Aubut a de grandes idées pour la capitale nationale - même s'il peut aussi détenir un poids important pour la venue d'une équipe de hochey professionnel - je ne crois pas que Régis Labeaume soit si pressé de demander aux citoyens de sa ville un appui pour la tenue de jeux olympiques. Déjà que les grandes villes ont les syndicats sur les bras, pour le partage des déficitis des régimes de retraite des cols bleus...