Des livres et autres bidules utiles

Vous aurez rapidement saisi, ami lecteur — votre acuité intellectuelle vous honorant déjà bien en amont de cette chronique —, que je ne pourrai une fois de plus vous parler du Guide Aubry, ni même des autres guides de vins proposés cette année par mes collègues.

Je préfère encore le confit d’oie aux pommes rissolées au conflit d’intérêts lardé de subjectivité. Surtout si ce confit d’oie est caressé en douceur par ce Vieux Pineau des Charentes 7 ans d’âge du Château de Montifaud (29 $ – 861609), une exquise mistelle au goût satiné et profond de pomme, de poire, de miel et d’épices ((10+) ★★★1/2).

Vous troquez les pommes rissolées pour de petits lardons fumés ? Alors versez, à peine rafraîchie, cette Vieille Réserve Ruby 10 ans d’âge du Château de Beaulon (30,75 $ – 932245), un pineau capiteux et saisissant, subtil et complexe, qui apparaîtra plus épicé que sucré, avec cette longue finale de poire pochée au vin rouge ((10+) ★★★★).

Avec ça à table, vous ferez un tabac même s’il n’est pas permis de fumer ! Je dis à table, mais le pineau des Charentes se savoure n’importe où et n’importe quand.

Avec une poignée de noix à l’apéro, des fromages (cheddar et gouda vieux, camembert, persillés, etc.) avant ou après un échange épidermique iridescent pas piqué des hannetons, une poutine au foie gras et figues en jasant avec Martin Picard entre deux cadres de porte, ou, le plus sainement du monde, en lisant Le Devoir ou d’autres livres sur le vin de l’autre main. Des livres ? Ça dépend de ce que vous cherchez.

Côté bandes dessinées, toutes deux aux éditions Glénat, sur des scénarios de Corbeyran, Espé trace une 5e plaquette dans la série « Châteaux Bordeaux » avec Le classement. Une histoire de château qui perd mystérieusement son rang de grand cru classé.

Puis cet autre « In Vino Veritas », cette fois sous le dessin de Luca Malisan, 2e (et dernier volet) intitulé Toscane, où la belle Tessa Tomassini, qui n’a pas eu la vie facile avec son frère (lui-même obsédé de rentabilité, tiens, tiens…), le tout sur fond de maladie de la vigne, finit tout de même par se réconcilier avec lui.

Là-dessus, vous avez le choix des vins : ce Poggibano 2010 de l’Agricola San Felice (22,10 $ – 11223613), souple et de concentration moyenne, d’une élégance certaine (5)★★★; ce Non Confunditur 2012 de la maison Argiano (24,95 $ – 11269401) au fruité franc, tenace, structuré mais pas trop (5)★★★, ou encore, nettement plus sérieux celui-là, ce Brunello di Montalcino 2009 Casanova di Neri (58,75 $ – 10961323) habillé comme un prince, un rien serré sous la couture mais libérant en profondeur un fruité très pur, racé, bien né sous l’élevage (10 +)★★★★ ©. Après cela, c’est vous qui allez l’écrire, la bande dessinée !

Professeur au Département de communication sociale et publique de l’Université du Québec à Montréal, Vincent Fournier, par ailleurs amateur de vin (sommeliervirtuel.com), s’attarde dans son récent ouvrage Le vin comme performance culturelle (DelBusso) à déchiffrer, au-delà du simple espace géographique que constitue le vignoble, ses spécificités historiques et culturelles.

Un document riche et fécond sur le plan anthropologique et social. L’auteur nous entraîne en Calabre, en appellation Ciro plus précisément, à des années-lumière de ces vignobles du Nouveau Monde dont l’histoire reste, encore à ce jour, à être écrite.

Un livre savant mais éclairant, à savourer bien calé dans votre fauteuil préféré, un verre de gaglioppo 100 % à la main, histoire de rêver de ce Sud chaud et chaleureux encore très loin des circuits marketing mondialisés.

Ce Liber Pater 2011 (15,65 $ – 11097637), par exemple, un rouge coloré, ample, peu acide, passablement étoffé, à servir autour de 15 °C sur un osso buco, par exemple. (5) ★★1/2 ©

Élargissez votre horizon avec L’atlas mondial du vin des auteurs Hugh Johnson et Jancis Robinson (chez Broquet), une référence cartographique qui en est à sa 7e édition complètement révisée.

Les photos, magnifiques, mais surtout les topographies de vignobles étalés par pays sous nos yeux sont d’une précision ici à faire capoter des moines cisterciens encore penchés entre deux courbes de niveaux au Clos Vougeot. Incontestable référence en la matière, surtout, un beau livre qui fait voyager et voyager encore.

Accompagnez-le du Nouveau guide des vins de France de l’increvable Jacques Ohron (Éditions de l’Homme), une édition entièrement revue et améliorée qui vous découpe la France comme on le ferait d’un saucisson sec, par décret, par zones, sous-zones, vignobles et vignerons que je soupçonne Ohron de connaître comme de vieux potes à lui. Un livre que tout sommelier devrait avoir sur sa table de chevet.

Du vin et des jeux

Elle sera sur les ondes de TV5 le 16 décembre prochain à 21 h, mais vous l’avez déjà peut-être croisée à son bar à vin Soif nouvellement « débouché » à Gatineau.

Deuxième au Concours du meilleur sommelier du monde 2013, la modeste mais brillante sommelière Véronique Rivest en remettait une couche récemment avec Les incollables VIN (éd. Caractère), histoire de voir comment vous allez vous tirer d’affaire avec ses 800 questions/réponses (!) pas toujours évidentes sur le merveilleux monde du pinard. Vous avez d’autres questions ? Passez la voir chez Soif !

Jeu de cartes ludo-éducatif celui-là, Les 4 familles du vin (Production Vintempo, chez Archambault, Chapters Indigo, librairie Gourmande, etc., aussi disponible dans sa version anglaise) est un jeu qui consiste à saisir, à l’aide de 40 cépages noirs et blancs les plus populaires, la personnalité des vins qu’ils façonnent. Êtes-vous de type chardonnay, pinot noir, riesling ou cabernet sauvignon ?

Saisissez votre propre profil sur vintempo.com et brassez les cartes. Vous serez surpris des résultats !

Vous voulez garnir (et vous offrir) ce Cellier Vinum 34 (en promo à 399 $ chez Vinum, pour la période ardue qui s’annonce ? Quelques suggestions en rafale :

Mousseux. Gramona Gran Reserva Brut 2009, Cava, Espagne (25,60 $ – 12450703 – (5) ★★★) et Champagne Pol Roger Pure Brut, France (73,75 $ – 12098682 – (5 +)★★★★).

Blancs. Pian di Remole 2013, Frescobaldi, Italie (17,20 $ – 12382552 – (5)★★1/2 ; Vouvray 2013, Domaine les Aubussières, Les Silex, France (20,65 $ – 11428313 – (5 +)★★★ ©) ; Château Yvonne 2013, Saumur, France (28,70 $ – 10689665 – (5 +)★★★1/2 ©) ; Pouilly-Fuissé 2011, Château de Fuissé, France (34,75 $ – 11330101 – (10 +)★★★1/2 ©).

Rouges.Château Pesquié 2013, Terrasses, France (17,30 $ – 10255939 – (5)★★1/2 ©) ; Pinot Noir Subsollum 2012, Clos des Fous, Chili (24,05 $ – 12304335 – (5)★★★) ; Givry 1er Cru 2013 « Les Bois Chevaux », D. Erker, France (29,50 $ – 880492 – (5 +)★★★) ; Coudoulet de Beaucastel 2011, France (29,95 $ – 973222 – (5 +)★★★1/2 ©) ; Amarone Costasera 2010, Masi, Italie (42 $ – 317057 – (10 +)★★★1/2 ©).

Moelleux. Domaine de la Tour Vieille Rimage 2013, Banyuls, France (24,85 $ les 500 ml – 884908 – (10 +)★★★1/2.

 

Jean Aubry est l’auteur du Guide Aubry 2015. Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $.