Austérité en alternance

Derrière cette apparente improvisation se profile un délicat jeu d’équilibre. Le gouvernement Couillard semble avoir adopté un principe d’alternance entre l’austérité budgétaire et l’assainissement des finances publiques visant l’appui populaire.

Parlant des négociations dans la fonction publique à venir, le président de la CSN, Jacques Létourneau, avait bien résumer la situation dans une entrevue au magazine Forces. « La bataille de l’opinion publique est centrale et cette bataille, nous sommes en train de la perdre. »

La lecture du président de la CSN a été faite dans le contexte de « négociation », l’été dernier, visant à redresser la situation des régimes de retraite des employés municipaux. Mercredi, le gouvernement Couillard annonçait une entente avec le Parti québécois permettant d’espérer que le projet de loi 3 sur les régimes de retraite sera adopté sans obstacle la semaine prochaine. L’opposition péquiste a précisé qu’elle avait arraché quelques « concessions » en retour d’une renonciation à faire obstruction à l’adoption du projet législatif. La symbolique était plutôt forte, l’entente ayant été annoncée le jour du « Grand Dérangement », les syndiqués municipaux tenant une autre journée de manifestations contre la réforme des régimes de retraite.

Si l’austérité budgétaire divise, l’assainissement des finances publiques repose, pour sa part, sur un certain consensus et bénéficie d’un appui majoritairement favorable dans l’opinion publique. Sur la scène politique, elle reçoit un assentiment partiel du PQ, et la CAQ n’y est pas hostile.

Façon de faire

Mais tout est dans la façon de faire. S’il agit dans la précipitation, s’il applique une approche comptable et procède à des coupes à la fois sombres et trop importantes, le gouvernement Couillard risque l’affrontement social, une déprime dans la haute fonction publique et un retour de l’économie québécoise en récession, a prévenu Pierre Fortin jeudi dernier. Pour l’heure, l’économiste maintient son appui au virage serré négocié par le gouvernement, malgré les fausses manoeuvres observées.

Cela illustre qu’entre austérité et assainissement, le coeur balance. Il y a apparence d’improvisation ou d’actions à la pièce laissant supposer un leadership déficient. Mais derrière se profile une alternance susceptible d’alimenter une opinion publique majoritairement favorable qui ne détrompe pas malgré un glissement de la popularité du gouvernement libéral dans les derniers sondages.

Dans la colonne des plus et des moins, les appuis se déplacent entre la négociation salariale avec les fédérations de médecins et la trop forte concentration du pouvoir décisionnel entre les mains du ministre de la Santé. Entre une hausse et une modulation de la tarification des services de garde devançant une commission Robillard proposant une action en apparence plus sévère. Aussi, entre une hausse de 1,06 % du taux d’indexation annuel du régime d’imposition des particuliers et des prestations d’aide financière de dernier recours annoncée le jour où la Ville de Montréal décrète une augmentation moyenne de taxes de 2,2 %. Le tout ayant pour toile de fond cette réduction de 2 % des effectifs dans la fonction publique accompagnée de l’abolition des primes et bonis. Et cette négociation des conventions collectives dans la fonction publique.

Le tout ayant également pour force motrice le budget de l’an 1 d’un gouvernement majoritaire placé sous le sceau de l’austérité et comprenant des cibles ambitieuses de contrôle de la croissance des dépenses.

Bref, un parcours jusqu’ici plutôt sinueux, mais multipliant les dosages stratégiques. Certains déplorent l’absence de mécanismes de mesure, d’imputabilité et de récurrence. D’autres évoquent le danger d’une trop grande centralisation entre les mains de l’État. D’autres, enfin, dénoncent une approche comptable dans ce qui semble prendre la forme d’une redéfinition de la réingénierie plus structurelle de la relation entre l’État et le citoyen. Mais dans la bataille pour l’opinion publique, cette redéfinition demeure sous appui majoritaire.

En cette ère de surplus budgétaire au fédéral, avec ces retombées positives pour l’économie québécoise de l’accélération de la croissance aux États-Unis, avec cette amélioration sensible des finances publiques observée d’avril à août, la mise à jour économique de la semaine prochaine s’annonce plutôt stratégique.


 
18 commentaires
  • Claude Saint-Jarre - Abonné 27 novembre 2014 07 h 51

    Caisse de dépôt

    Avec de la créativité, y-a-t-il moyen de récupérer le 40 milliards de dollars perdus par la Caisse de dépôt et de payer avec une partie de ça une partie des intérêts de la dette du gouvernement qui emprunte aux banques avec intérêt?

    • Sylvain Auclair - Abonné 27 novembre 2014 08 h 34

      La plus grande partie de cet argent a déjà été récupéré. De toute manière, ça ne fait pas partie du budget du gouvernement: cet argent sert aux retraites des Québécois et des employés du gouvernement.

    • J-F Garneau - Abonné 27 novembre 2014 09 h 43

      Cher Monsieur, la Caisse a "récupéré" les 40 milliards déjà. Ils n'étaient pas "perdus". La valeur des placements a chuté de 25% en 2008... la même année de la pire crise financière depuis 1929 qui a fait chuter la majorité des fonds de pension jusqu'à 35%.

      Depuis, la Caisse a maintenu, en moyenne, des retours de 10%. L'actif de la Caisse se situe aujourd'hui (2013) à 294,5 milliards, donc en plus d'avoir "refait" les 40 milliards de 2008... elle en a fait 34 milliards de plus encore. 74 milliards de plus. En 5 ans. Alors, à un moment on arrête d'en parler.

      Quant à utiliser ces placements pour payer la dette...

    • Clermont Domingue - Abonné 27 novembre 2014 10 h 53

      Oui,monsieur Saint-Jarre,grâce à l'inflation boursière et la spéculation boursière,Desjardins, la Caisse de Dépot et les autres ont déjà récupéré les pertes de 2008.Disons merci à la FED qui par sa création monétaire de 4 000 milliards a ravigoré l'économie américaine et poussé l'indice Dow Jones à des sommets sans précédents. Dernièrement la FED a mis fin à ses QE (asouplissements monétaires) et les bourses ont pris la relève.

    • Sylvain Auclair - Abonné 27 novembre 2014 11 h 50

      Utiliser les placement pour financer l'État, c'est ce que fait le Régime des pensions du Canada. Ce n'est pas très payant, vu le fait taux d'intérêt demandé pour les prêts aux États.

    • Claude Saint-Jarre - Abonné 27 novembre 2014 11 h 59

      Si on passe aux points de suspension, : le livre La dette publique, une affaire rentable, nous apprend quavant 1973, les États empruntaient à la banque centrale sans intérêts. Depuis, par des règlements constitutionnels ploutocratiques, c'est interdit et on paie des intérêts d'où la dette exhorbitante. Remboursement exigé!

    • François Ricard - Inscrit 27 novembre 2014 12 h 02

      MM Auclair et garneau,
      Sur les 40 milliards perdus par la Caisse en 2008, environ 30 millirads étaient imputables la conjoncture économique. Le 10 milliards restant, nul ne sait en quoi sa perte est dû.
      Possiblement, le vérificateur général aurait-il au moins pu y jeter un coup d'oeil. Mais non. personne ne lui a demandé de la faqire. Pas même Mme Marois.
      Et une perte, de 10 milliards ou de 40 milliards, demeure une perte.
      Autrement dit, aux rendements haussifs que la Caisse a connu depuis la crise, il y manquera toujours la somme perdue.

    • Sylvain Auclair - Abonné 27 novembre 2014 12 h 51

      Si, avant 73, les États empruntaient aux banques centrales, pourquoi a-t-on dû vendre des «Obligations de la victoire» pour financer l'effort de guerre?

    • Claude Saint-Jarre - Abonné 27 novembre 2014 19 h 47

      Ils n'en avaient pas vraiment besoin. Pour la guerre, tout État trouve tout ce qu'il veut de quelque manière que ce soit. Plus de 50% de l'activité économique américaine est militaire, dixit Seymour Melman.
      Quant aux "obligations de la victoire", c'est psychologique: vous êtes obligés à faire la guerre et il faut gagner. Nous vous l'ordonnons! À l'abattoir, troupeau! Ma réponse n'est peut-être pas techniquement à votre goût mais ... place au Peace Game. Avec tout l'argent qu'l faut!

    • J-F Garneau - Abonné 28 novembre 2014 02 h 27

      Monsieur Ricard, si vous avez un REER, quelqu'un vous a déjà probablement demandé quel est votre "profil de risque". Etes-vous plus confortable avec des rendements plus élevés mais à plus haut risque ou plus conservateur mais plus sûr. La Caisse avait choisi à l'époque une approche plus risquée, plus controversée mais bien documentée à postériori. M. Rousseau, nommé par le duo Marois-Landry, a pris plusieurs décisions douteuses.
      Cependant, il est éminemment plus facile de regarder à chaque année les placements ayant eu un moins bon rendement et dire "pourquoi ceux-là". Si cette année la Caisse a fait 13%, peut-être aurait-elle fait 18% n'eut été de tel ou tel investissement? A ce jeu, on s'en sort pas.

  • Sylvain Auclair - Abonné 27 novembre 2014 09 h 25

    Le plus ridicule...

    c'est que, dès que les finances vont mieux, on s'empresse de diminuer les revenus. On est ainsi sûr de se diriger vers une nouvelle crise.

  • François Ricard - Inscrit 27 novembre 2014 11 h 55

    Deux poids, deux mesures

    1-L'État a signé des conventions collectives avec ses syndiqués. L'État dit qu'il n'a plus les moyens d'honorer les ententes signées.L'État dit qu'il peut révoquer les ententes signées avec ses employés.
    2-L'État a permis à des entreprises privées de construire des éoliennes dont nous n'avions pas besoin. Même que parfois, on a accordé de bonnes subventions. Cette énergie éolienne, dont nous n'avons pas besoin et qui ne sert pas, nous coûte une véritable fortune. Mais l'État ne peut rien y faire parce qu'il doit respecter sa signature.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 27 novembre 2014 16 h 47

      Au sujet de l'énergie éolienne au Québec, c'est un vrai scandale digne d'une république de bananes. Un scandale signé J. Charest.

      En ayant confié le développement de l’éolien au secteur privé plutôt qu’à Hydro-Québec, on s‘apercevra dans 20 ans que l’on a bradé une mine d’or pour un plat de lentilles, quelque soient les difficultés actuelles où Hydro est obligé de payer.

      Imaginez où en serait le Québec aujourd'hui si l’énergie hydro-électrique n’avait pas été nationalisée! Les tarifs d’électricité seraient le double de ceux que nous avons présentement, et les milliards de profit d’Hydro-Québec qui nous appartiennent seraient plutôt dans les poches de grosses compagnies privées.

      Il faut que le Québec développe au maximum l'énergie éolienne sur son territoire, en complémentarité avec l'énergie hydro-électrique, en respectant la population et les paysages.

      Le vent étant une richesse collective, c'est Hydro-Québec qui devrait développer l’énergie éolienne sans laisser filer les profits à l’entreprise privée.

      Nous avons déjà en place l'infra-structure du réseau de tranport d'énergie électrique à haute tension d’Hydro-Québec; il s’agit d’y greffer l’énergie du vent. Il y a du vent en abondance dans les régions non habitées près des barrages et des lignes de transport existantes, de même que dans les eaux du golfe St-Laurent. C'est de ces côtés qu'il faudrait aller pour implanter les éoliennes plutôt que de défigurer nos villages et nos paysages.

      Nous avons cette richesse du vent. Pourquoi la laisser en jachère dans les espaces non habités et la brader au secteur privé dans les paysages autour de nos villages?

      Le prochain gouvernement du Parti Québécois devra renverser la vapeur et faire d’Hydro-Québec ou de sa filiale Éole-Québec le maître d’œuvre du harnachement du vent au Québec.

    • François Ricard - Inscrit 27 novembre 2014 17 h 35

      D'accord avec vous , M. saint-Arnaud.
      Le gisement éolien disponible au Québec représente 100 fois la production totale d’électricité du Québec en 2008. C’est le plus important gisement de toute l’Amérique : sa richesse et sa qualité sont exceptionnelles. Ainsi, même au Québec où le coût de l’électricité est généralement considéré comme l’un des plus bas sur le continent nord-américain, l’électricité éolienne peut être produite à un prix compétitif avec celui des grandes filières énergétiques traditionnelles.
      En tenant compte de la proximité des marchés de l’électricité, le Québec possède, après les îles britanniques, le deuxième gisement éolien en importance dans le monde, le premier des Amériques.
      LaGrande4-Laforge et Manic-Outardes-Bersimis combinés auraient un potentiel de l’ordre de 45 000 MW. De plus la cible LaGrande-Laforge est contenue dans un rayon de 40km du réseau de transport existant.
      Mais l'avenir n'est sûrement pas dans les petites éoliennes saupoudrées un peu parout sur le territoire.

  • Bernard Plante - Abonné 27 novembre 2014 13 h 01

    Austérité manipulée

    Faut-il encore rappeler que le gouvernement qui s'affaire à démolir la fonction publique et les services aux citoyens qu'une génération s'était donne la peine de mettre en place est le même qui a fait exploser la dette du Québec?

    Le PLQ nous pille pour ensuite nous dire qu'il n'y a plus d'argent et la population les encourage! En tous cas, on ne pourra pas dire que la propagande n'est pas efficace...

    Incroyable de se laisser endormir comme ça.

    • J-F Garneau - Abonné 27 novembre 2014 14 h 40

      La petite histoire de la dette au Québec remonte au milieu des années 70. Depuis, gouvernements péquistes et libéraux se sont succédés, avec une part quasi égale de contribution à la dette québécoise.
      La dette est le résulat d'investissements dans les programmes sociaux que nous avons tous décidés, tous partis confondus.

    • François Ricard - Inscrit 27 novembre 2014 17 h 41

      M Garneau,
      La dette, en sa très grande proportion, a été encourue pour nous donner des infrastructures de longue durée. Un pont normalement, durera sur plusieurs générations. Il est normal quie son coût soit distribué dans le temps.
      Le problème est qu'avec les années, les entreprises , qui utilisent ces infrastructures, paient de moins en moins d'impôt. En revanche, le travailleur voit sa portion augmentée sans cesse.

  • Michel PROVOST - Inscrit 27 novembre 2014 13 h 45

    Conso à la baisse?

    L'augmentation des tarifs des services de garde et toutes les mesures d'austérité mises en place par les deux gouvernements feront-elles baisser les ventes au détail?

    Le peuple québécois est comme celui du Canada surendetté. Une baisse de la consommation risque de semer la récession et de réduire les taxes à la consommation.

    Mme Lagarde et son organisme mentionne que la croissance du PIB du Canada relève essentiellement de la consommation interne et le marché immobilier.