Nos alliés de l’Alliance

Depuis une semaine, je suis en reportage aux Émirats arabes unis. Entre deux interviews, j’ai fait un saut du côté de l’Alliance française de Dubaï.

À l’étranger, je ne manque jamais d’aller voir du côté de l’Alliance française locale — il y en a plus de 800 dans 137 pays. Dans les pays non francophones, l’Alliance locale est souvent la seule oasis francophone dans le désert.

Je connais le réseau des Alliances françaises depuis une douzaine d’années. Sur la soixantaine de conférences que j’ai données à l’étranger, une bonne moitié était dans le cadre d’une soirée organisée par l’Alliance française. Deux choses me frappent : d’abord, à quel point elles sont demandeuses de contenu québécois, mais aussi à quel point la carence d’information est totale ! La plupart des Alliances françaises ne reçoivent AUCUNE information de source québécoise.

Combien ai-je entendu d’éditeurs, de rédacteurs en chef, de producteurs, de cinéastes québécois se plaindre de l’étroitesse du marché québécois ? Certes, des millions de personnes dans tous les pays paient très cher en temps et en argent pour apprendre le français, mais où sont-elles? Dans bien des cas, elles orbitent autour d’une Alliance française. Jodie Foster a appris le français à l’Alliance française. Remarquez que, dans leur ignorance, nos éditeurs et autres producteurs ne sont pas différents de 99 % des Québécois, qui n’ont jamais entendu parler de l’Alliance française. Alors, l’information ne circule pas, et les canaux de distribution vivotent alors qu’ils devraient prospérer.

Mais commençons par le commencement.

L’Alliance française remonte à 1883 quand un groupe de personnalités crée un réseau d’associations pour faire la promotion de « la civilisation française ». La plupart des Alliances sont de simples clubs, mais environ 250 d’entre elles sont des écoles, voire de vrais petits centres culturels avec auditorium et médiathèque. La formule marche : les Instituts Goethe, les British Councils, les Institutos Cervantes et les Instituts Confucius s’en inspirent tous.

En tout, 500 000 personnes apprennent le français à travers les Alliances. À Dubaï, une quarantaine de profs donnent des cours à 2900 personnes, de la maternelle à l’enseignement aux adultes, dont environ 40 % d’Indiens.

Comme je l’ai souvent vérifié, le directeur de l’Alliance française de Dubaï est un grand admirateur du Québec. Bernard Frontero, qui a travaillé quatre ans aux Services culturels de l’ambassade de France à Ottawa, cherche actuellement à organiser à Dubaï un événement lié au MEG Montréal Festival, le festival électronique groove.

En effet, depuis 25 ans, l’Alliance française change : elle s’est donné une vocation francophone plutôt que française. Bernard Frontero considère que l’alliance est là « pour les francophones, pas juste pour la France. On vend notre langue, notre culture et nous sommes là pour bâtir un public ».

Je parlais avec Bernard Frontero des dernières productions littéraires ou cinématographiques québécoises et le type n’en revenait pas. Comme Dubaï organise un festival de littérature en mars, il aimerait bien qu’on l’informe des auteurs québécois en vogue. Il entretient aussi quelques projets sur la danse contemporaine — hello, Montréal…

Alors, je ne ferai pas votre travail : si vous voulez vendre vos auteurs, vos cinéastes, vos acteurs, vos chanteurs, vos musiciens, vos danseurs, APPELEZ Bernard Frontero. Mieux : envoyez un représentant faire le tour des Alliances françaises du Qatar, d’Abu Dhabi, de Riyad. Comme il transitera par New York, pourquoi ne ferait-il pas un petit détour par l’Alliance française de New York ? Une alliance française, c’est très facile à trouver.

Le gouvernement du Québec, qui fait de gros efforts de diplomatie culturelle, connaît très bien le réseau des Alliances, qui collaborent de près avec les Délégations quand il y en a une. Dans la plupart des pays, ce sont en fait les Alliances françaises qui gèrent pour le gouvernement du Québec le test de connaissance du français, condition sine qua non pour immigrer ou venir étudier au Québec. Mais comme me le disait Louise Beaudoin, les efforts du gouvernement produiraient encore plus de fruits si chaque Québécois tenait compte de la réalité des publics extérieurs, à commencer par le réseau des Alliances françaises.

Et celle-ci n’est que la partie visible de l’iceberg. Car il existe également 500 écoles et lycées français du réseau de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger, en plus de 96 Instituts français. Et là, je ne vous ai pas encore parlé du réseau massif de l’Agence universitaire de la francophonie (800 institutions dans 94 pays).

Alors, si vous cherchez à vendre vos journaux, vos magazines, vos livres, vos musiques, vos films, vos cours, vous n’avez vraiment pas d’excuses.


Pour trouver une Alliance française : fondation-alliancefr.org

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