Le Temple

Il faudra retourner à Toronto. Parce que désormais, au Temple de la renommée du hockey situé à l’angle de Yonge et Front, il y aura une plaque de Pat Burns, mais aussi de Peter Forsberg, celui qui aurait tant dû gagner des Coupes Stanley dans l’uniforme des Nordiques plutôt qu’à Denver, et de Dominik Hasek. L’un des souvenirs de hockey que cet amateur professionnel conservera à jamais est celui du Dominator aux Jeux de Nagano, en 1998, multipliant les acrobaties, perdant son bâton ou l’un de ses gants, à quatre pattes, sur le dos, à plat ventre, trouvant toujours le moyen d’arrêter la rondelle. Dans un match Canada-République tchèque, Gilles Tremblay, présentant les gardiens avant la rencontre, avait dit de Patrick Roy qu’il pratiquait le style papillon et de Hasek qu’il pratiquait le « style libre ». Les Tchèques avaient remporté la médaille d’or alors qu’ils avaient fait Hasek et mat.

Dans le cas de Burns, évidemment, l’hommage survient un peu tard. Ils auraient pu se grouiller et faire ça de son vivant puisque, de toute manière, son accession au Panthéon était inévitable.

Quoi qu’il en soit, on dira ce qu’on voudra, mais les intronisations aux Temples de la renommée constituent un formidable instrument de mesure du temps qui fuit inexorablement en emportant avec lui tout ce qui traîne. Dans la cuvée 2014, on retrouve Burns qui a été l’entraîneur des Olympiques de Hull, de Hull, et des Canadiens de… Sherbrooke. Forsberg a joué pour les Nordiques de Québec. Mike Modano a amorcé sa carrière avec les North Stars du Minnesota. Dominik Hasek portait une grille. Bill McCreary a commencé à arbitrer dans la LNH en 1984, quand la moustache était encore à la mode même en dehors des limites de Movember, qu’il y avait juste 21 équipes et que les Canadiens de Sherbrooke n’existaient même pas encore.

Il faudra donc retourner à Toronto, comme on fait un pèlerinage à Cooperstown, à Canton, à Springfield, à Newport, à Hamilton, comme on se replonge dans ce qui fut et ne sera jamais plus avec un pincement dans le secteur de la région. Bien sûr, on fera valoir que le Temple de la renommée n’a pas vraiment d’affaire là, que le hockey a été inventé à Montréal — peut-être un peu dans le coin de Halifax, peut-être un peu à Kingston, mais certainement pas à Toronto — et que son prestigieux musée devrait s’y trouver, mais bon, le Panthéon du baseball est situé à Cooperstown en vertu d’une légende tout ce qu’il y a de plus fausse, cette histoire d’Abner Doubleday qui n’a jamais rien eu à faire là-dedans. Or visiter Cooperstown représente un plaisir indicible, et on peut en dire à peu près autant de la Ville-Reine.

Vous dire, même à Canton, au coeur de l’Ohio, le Temple de la renommée du football professionnel américain est sis à proximité de la pittoresque autoroute Interstate 77, et on s’y plaît comme ce n’est guère possible. Un Temple sera toujours un Temple.

 

Notre commissaire préféré, Gary Bettman, a répété lundi qu’il ne songe à peu près jamais à un élargissement des cadres de son circuit même si on n’arrête pas de l’achaler avec ça et qu’il n’est pas question dans un avenir prévisible de vendre de la publicité sur les uniformes des joueurs. Bien vu : vous imaginez le chandail de Canadien avec le logo de La Belle Province à la place du CH ou d’Ashton sur le maillot des futurs Nordiques ?

« Nous avons les plus beaux uniformes tous sports confondus », a-t-il ajouté. Mais là, il faut intervenir et dire : euh, non. Les Kings de Los Angeles doivent de toute urgence revenir en mauve et jaune, les Canucks de Vancouver en jaune et noir et rouge, les Penguins de Pittsburgh en bleu poudre, les Jets de Winnipeg doivent perdre leur chandail « armée de l’air » et les Hurricanes de la Caroline sont priés de redevenir les bons vieux Whalers de Hartford.

Ça va faire le niaisage.

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