Fonds d'investissement: La règle et la réalité

Le monde du placement est souvent de contradictions. Exemple: quand vient le temps de les appliquer, les règles font l'objet de nombreuses considérations que l'investisseur ou son conseiller financier doivent soupeser. Certaines règles ne sont que des mythes, d'autres ne s'appliquent que très rarement. Il est donc important de prendre le temps, et la fin d'année financière s'y prête bien, de faire le tour de certaines questions.

L'une des règles les plus répandues voudrait qu'en fin d'année les investisseurs ne fassent pas l'acquisition d'unités de fonds pour leur portefeuille hors REER, et ce, pour éviter l'impact fiscal des distributions de fin d'année. Voilà une règle fort contestable, et encore plus en fin d'année 2003. Pourquoi? D'abord, la très grande majorité des fonds qui génèrent des revenus d'intérêt versent généralement des distributions mensuelles à leurs détenteurs. La distribution de fin d'année, il faudrait parler de celle de décembre, n'est alors ni meilleure, ni pire que celle des autres mois de l'année. Il n'y a donc là aucun motif de procéder à une vente d'unités ou de renoncer à acquérir des unités.

Par contre, les fonds d'actions procèdent à des distributions plus importantes à la fin de chaque trimestre et à la fin de l'année financière — le 31 décembre dans tous les cas — où habituellement les sommes réparties sont les plus substantielles de l'année. Cependant, particulièrement en 2003, cette règle générale est tout à fait inappropriée. En effet, bien que plusieurs conseillers ou observateurs du marché financier aient commencé à donner des consignes en ce sens depuis le début de novembre, je dis aux mêmes investisseurs: oubliez cette règle pour la fin de l'année 2003 et continuez à acquérir des unités de fonds qui vous intéressent.

En effet, depuis le début de l'an 2000, les fonds ont accumulé des centaines de millions de pertes sur la vente de certains titres. Si les gains réalisés par un fonds sont distribués automatiquement à la fin de l'année financière, les pertes, quant à elles, sont conservées par le fonds et sont éliminées par les gains futurs. Dans la conjoncture défavorable des dernières années, certains fonds ont accumulé des pertes qui, dans plusieurs cas, pourraient prendre sept ans pour s'annuler.

Aussi, la règle qui veut qu'on n'achète pas d'unités de fonds en fin d'année exige de la souplesse dans son application. En ce qui concerne les distributions, il serait sage de consulter sur Internet les estimations faites par les familles de fonds et publiées depuis la mi-novembre. Cette consultation s'impose seulement dans le cas des placements hors REER.

Revoir ses objectifs

Il est une règle plus simple d'application qu'on peut se donner comme investisseur à la fin de l'année: revoir son portefeuille, ses objectifs de placement et la pertinence de chacun des fonds qui composent son portefeuille, même si dans ce dernier cas le conseiller doit continuellement exercer sa vigilance.

L'investisseur qui fait un examen rigoureux de ses placements devrait profiter de cette occasion pour communiquer à son conseiller certains éléments de sa situation financière, familiale ou encore tout autre élément susceptible d'en modifier le contour: les objectifs de retraite, le changement du revenu familial, l'arrivée d'un nouveau membre dans la famille, etc. Même si pour vous, ça peut sembler un détail, parlez-en avec votre conseiller. C'est toujours grâce à une meilleure connaissance de votre situation qu'il travaillera bien pour vous.

Le début de l'année civile est aussi le moment idéal pour les investisseurs de placer en totalité leur contribution REER pour l'année financière suivante. Trop d'investisseurs attendront le 28 février 2005. Pourtant, l'avantage est simple à évaluer: du 2 janvier 2004 au 28 février 2005, tous les gains supplémentaires générés par votre capital dans votre REER vous rapporteront une somme considérable et à l'abri de l'impôt en plus, du moins tant que vous les laisserez dans votre REER. Le montant accumulé sur plusieurs années représentera une somme importante.

À la fin de l'année, l'investisseur peut en profiter pour revoir son taux d'épargne. Un placement doit d'abord et avant tout commencer par la volonté de l'investisseur à accumuler un capital, qui ne devra pas être utilisé à des fins de consommation. Trop souvent les investisseurs vont courir après un meilleur rendement au lieu d'augmenter légèrement leur taux d'épargne pour atteindre certains objectifs de retraite.

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L'auteur est conseiller en placement et président d'Avantages Services Financiers, une société indépendante spécialisée dans le courtage de fonds communs de placement et dans la gestion privée.