Fais pas le zozo avec ton zizi

Fils de pub? Le mimétisme fait partie de l’éducation sexuelle. Et les ados sont les plus grands consommateurs de porno.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Fils de pub? Le mimétisme fait partie de l’éducation sexuelle. Et les ados sont les plus grands consommateurs de porno.

Il devait avoir six mois lorsque j’ai commencé à lui parler de sexualité. J’exagère à peine. Déjà, prononcer « zizi » quand tu n’as que deux ou trois dents représente un défi. Je remplaçais des mots dans les chansons : « J’ai des zi, j’ai des zinezis, j’ai des p’tits zizis et j’ai des zinezos, j’ai de beaux, j’ai de beaux, j’ai de beaux zoizeaux. » Ça le faisait rire.

C’est resté. Et ça se transmettra de génération en génération de B jusqu’à ce que les zizis disparaissent avec le chromosome Y, quoique les scientifiques ne s’entendent pas sur le sujet. C’est une autre histoire, celle de la fin de l’espèce humaine. Mais en attendant, on fait l’amour et on la perpétue, l’espèce. Aussi bien les mettre (un peu) au courant.

Par le truchement des livres, un tremplin commode, je montrais à mon b minuscule des albums sur la conception ; il adorait ça, me les réclamait souvent : Le parcours de Paulo (l’histoire d’un petit spermatozoïde très fort en natation) ou Et moi, d’où je viens ? et aussi Petit zizi, pour pas qu’il ait des complexes dans les concours de pissette et pour comprendre que c’est pas la grosseur qui compte, c’est le way que tu le handles.

J’ai eu plus de succès avec mes cours d’éducation sexuelle bricolés à la mitaine qu’avec mes cours de cuisine, allez savoir pourquoi. Avec les années, mon B majuscule me posait des questions plus précises, sa curiosité s’aiguisait, son appétit aussi. Normal, la puberté se manifeste plus tôt qu’avant — 9 ans chez les filles, 12 ans chez les garçons, en moyenne — et la préadolescence est la période idéale pour parler sexualité avec eux. Leur innocence les préserve encore d’un orgueil mal placé qui les rend aussi avenants qu’un douanier américain.

Avis aux retardataires, tu ne débarques pas dans leur chambre à 14 ans pour leur donner « The Talk » (comme disent les anglos). Il faut damer le pion à Internet et commencer très tôt à bâtir des ponts, fussent-ils baptisés Ze Rocket ou La Poune. Au Québec, selon les chiffres du ministère de l’Éducation, 18 % des jeunes de 14 à 17 ans ont déjà eu quatre partenaires sexuels ou plus… La sexualité est un processus en mutation constante et la pudeur sert de paravent naturel, chez les filles comme chez les garçons. Avec la pudeur comme guide, on sait jusqu’où ne pas aller trop loin.

Apprendre par mimétisme

Évidemment, j’ai suggéré à mon B de parler de « ça » avec son papa. Moi, je n’ai pas de zizi. Il a hoché la tête : « Ben, c’est toi qui parles de sexe dans le journal. Pas lui ! » Logique implacable dont je ne suis pas dupe. La plupart des enfants, garçons ou filles, préfèrent parler bobos, peines d’amour ou sexe avec leur mère.

Mais il est arrivé que mon B aille vérifier auprès de mon mari si les rêves humides, qu’on surnomme hideusement « pollution nocturne », existent vraiment. Il doutait un peu de mon imagination débordante et faisait davantage confiance à un homme qui a fait l’amour quatre fois dans sa vie (il a eu quatre enfants…).

À bâtons rompus, souvent en auto, car l’autothérapie est imbattable, nous avons discuté de multiples sujets depuis quelques années : érections, contraception, condoms, ITS, masturbation, menstruations, homosexualité, puberté, orgasme, romantisme, plaisir, hygiène, amour, tactiques de séduction, viol, consentement…

« Oui, mais comment on sait si la fille veut, maman ? » C’était avant Ghomeshi. Je m’étais perdue dans des explications un peu alambiquées sur le désir et le ressenti, ne pas brusquer, vérifier, avoir la maturité nécessaire pour faire l’amour. La semaine dernière, je suis revenue sur le sujet et il a conclu de lui-même : « Ben, tu lui demandes ! »

Mais cette lettre touchante (Devenir un homme) qu’on a pu lire dans Le Devoir cette semaine (11 novembre 2014) montre bien que, parfois, même un « Oui » veut dire : « J’ai juste envie que tu me prennes dans tes bras et de te faire confiance avant. » D’où l’importance du ressenti et de la maturité.

« La génitalité, ça se règle en trois heures de cours, me souligne une amie urologue. Mais apprendre à décoder les messages, à les interpréter, c’est le plus difficile pour eux. Et chaque génération a ses propres codes. »

Les spécialistes (logues en tout genre) affirment que le mimétisme demeure la clé dans l’éducation sexuelle. Si vous ne parlez jamais sexualité avec vos enfants (un ado sur cinq prétend en avoir discuté avec ses parents), les chances sont grandes qu’ils se tournent vers le Web ou leurs copains, surtout chez les garçons. 40 % des garçons canadiens au secondaire consomment de la porno, contre 7 % des filles.

C’est en nous observant qu’ils apprennent à faire des grimaces.

L’intimité transmise amoureusement

Depuis que j’ai lu que le chirurgien-psychothérapeute français Thierry Janssen avait eu sa première relation sexuelle homosexuelle à neuf ans (dans Confidences d’un homme en quête de cohérence), je me dis que j’ai bien fait de commencer tôt. Parler de sexualité avec mon fils apaise probablement bien des pulsions et des angoisses inutiles. Et une fois la lampe de chevet éteinte, le reste lui appartient. Les rêves aussi.

J’ai remisé ma collection de beaux livres de sexe dans mon bureau depuis deux ans ; la mise à l’index n’en est pas vraiment une, car je sais combien le parfum d’interdit est excitant. Disons que la porte est entrouverte.

Dans sa chambre, je retrouve souvent Le guide du zizi sexuel (Les trucs de titeuf) sorti. Ce livre s’adresse aux préados et leur explique avec humour le mystère de l’amour. Tous les petits amis qui sont venus coucher à la maison l’ont reluqué. Je les laisse s’instruire, complice de leur curiosité. Je préfère ça à les retrouver derrière un porno, l’âge moyen de cette initiation crue étant fixée à 11 ans, l’âge de mon B. Les parents ne voient jamais leurs enfants grandir, c’est bien ça, l’ennui.

Ce dont je suis le plus fière dans cette éducation dont l’école prendra peut-être le relais au secondaire (Dr Bolduc, vous m’entendez ?), c’est l’intimité qui nous unit. Et ça, ça ne s’enseigne dans aucune école. Cette toile sur laquelle nous avons esquissé tant d’histoires d’amour, il la tendra à nouveau un jour dans les bras d’une autre femme. De tous les héritages que je puisse lui léguer, celui-ci compte pour le plus précieux à mes yeux.

Il était une fois un pénis en bois

J’ai retrouvé ce segment de l’émission Consommaction pour le montrer à mon B. Les condoms, c’est un grand mystère, pas si compliqué, au fond. Et les ITS ont doublé chez les ados depuis qu’on n’offre plus de cours d’éducation sexuelle à l’école. On se rapporte ici à une époque où le mot « sida » donnait des frissons et où toute une génération ne savait pas comment mettre un condom. Marie-Christine Trottier m’accompagne dans le déroulement. Commentaire de mon B : (soupir) « Ma mère… ! » J’avoue qu’il a raison, surtout pour les épaulettes des années 90.
Acheté le dernier Elle Québec (novembre 2014) pour l’article sur la « Génération porno ». Les cours d’éducation sexuelle ont été pratiquement abolis depuis 2005. Depuis, on ne cesse de réclamer leur retour. En attendant que le ministère de l’Éducation se réveille ou officialise ses projets pilotes, on apprend ici que les ados sont les plus grands consommateurs de films X, leur porte d’entrée dans le monde du sexe. Doit-on s’étonner ensuite que leurs comportements sexuels soient parfois violents ou dégradants, que le port du condom ne les concerne pas ? L’auteure nous apprend qu’un programme lancé à Calgary en 2010, WiseGuyz, est adapté aux garçons et discute franchement de la pornographie. En espérant que ce programme essaime ici aussi ! À lire aussi : «Des grosses boules et un p’tit cul», dans L’actualité du 1er novembre dernier, sur le même sujet.

Aimé C’est ta vie ! de Thierry Lenain (illustrations de Benoit Morel), une encyclopédie qui parle d’amitié, d’amour et de sexe aux enfants. L’album s’adresse particulièrement aux préados, neuf ans et plus. On y parle de zizi et de zézette, d’Internet dans la sexualité, d’amour et d’amitié, d’hétérosexualité et d’homosexualité. Et de comment on fait des bébés s’ils ne le savaient pas déjà. Je connais la mère d’une petite fille qui, à dix ans, lui laissait toujours croire que les bébés poussaient dans les fleurs.

Lu le document offert à télécharger gratuitement pour aider les parents à aborder les thèmes sexuels (offert par le MELS) : Entre les transformations, les frissons, les passions… et toutes les questions. C’est bien fait et très actuel. On y souligne l’importance de commencer tôt, idéalement à la préadolescence, pour discuter de ces sujets délicats (surtout pour les parents) et on y confirme que les mères sont les premières oreilles, peu importe le sexe...

Un instituteur suisse m’a dit un jour: “Il ne faut pas suivre les programmes, il faut suivre les enfants.” Là se trouve la clé d’un bon enseignement en général et de l’éducation sexuelle en particulier.

Il est grand temps que les enfants éclairent les parents sur les mystères de la vie sexuelle.

7 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 14 novembre 2014 03 h 05

    Bien du monde a concilier

    Merci madame de nous exposer votre pédagogie concernant les rapports hommes femmes, femmes femmes et hommes hommes etc. Si je ne me trompe vous dites que ca doit etre démystifié tot, oui je le crois, mais combien de familles sont encore fondamentalistes dans l'âme, voila a mon humble avis d'ou viennent nos difficultés, ca fait bien du monde a concilier

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 14 novembre 2014 07 h 38

      Je partage votre avis, et celle de madame Blanchette. Un jour, mon garçon qui m'avait posé la question "comment on fait des bébés?", à l'âge de 8 ans, candidement et me regardant droit dans les yeux, m'avait d'abord décontenancée. Pourtant, j'avais moi-même grandi dans une famille très ouverte à la communication. J'ai donc réfléchi rapidement et décidé de lui montré une vidéo de dessin animée qui avait été conçue justement pour répondre à cette question aux enfants, ainsi que pour leur parler du respect de leur personnes et de ce en quoi consiste les atouchements sexuels. Mon fils a beaucoup apprécié et il m'a dit que tant de ses amis devraient voir la vidéo. Depuis, je vois que mon fils n'a cessé de s'interroger ouvertement sur toutes sortes de sujets qui préoccupent les jeunes garçons, et ensemble nous vivons une très belle expérience.

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 14 novembre 2014 19 h 00

      Félicitation madame pour votre bonne volonté, votre humanité et surtout votre imagination. Cela n'a pu que me rappeler aussi l'époque ou dans les cours au Québec on avait mis la sexualité au programme, Malheureusement, on était encore loin de la laïcité et rapidement on en est venu à en faire quelque chose de restrictif, qui abordait plus les risques que les bons côté de la chose et ce fut retiré du programme. Cela pour dire que que c'est un sujet très complexe, et que les gens y réagissent selon entre autre leur vécu qui n'est pas toujours exemplaire, etc.

      De plus, s'il est vrai, tel que l'a écrit M. Paquette qu'il y a des familles qui sont encore fondamentalistes, le pire n'est pourtant pas là à mon avis, mais dans la sexualisation de la société et des jeunes et dans le mauvais sens du terme: sexualisation des fillettes, porno qui s'infiltre partout, parents débordés par leur travail, etc. qui ne voient qu'à l'essentiel, et ce qui en découle, ou pire encore qui sont eux mêmes pervertis, sans compter les mauvaises fréquentations entre jeunes ayant un vécu parfois très différents. Le "fun" peut être très attirant. Et il y a le vécu lui même: plusieurs familles pour diverses raisons ne devraient même pas en être... Pour tout cela je crois qu'il faut aussi être alerte...

  • Hélène Gervais - Abonnée 14 novembre 2014 07 h 24

    Si toutes les mamans ...

    Les grands-mamans, enfin tous les adultes étaient comme vous, il y aurait moins de Gomeshi et les livres pornos tomberaient au feu d'eux-mêmes complètement inutiles. Merci de votre beau témoignage et espérons qu'un jour prochain le ministère de l'éducation se souviendra que les cours de sexologie sont très utiles pour les jeunes et les pré-ados, car tous les parents ne sont pas capables d'être aussu à l'aise avec leur progéniture.

  • André Martin - Inscrit 14 novembre 2014 09 h 04

    Et la fonction?

    J’aime bien, JB, la dernière partie de votre billet, la plus importante sans doute : la voie royale de la complicité entre une mère et son fils (ou sa fille) via un sujet aussi intense, surtout au début quand cela devient « le » sujet. Immenses plaisirs par la suite, immenses déceptions… immenses abus aussi. L’immensité mur à mur des paramètres du mystère de nos existences finalement…

    Cependant, je suis toujours sidéré du peu de cas qu’on fait de la BIOLOGIE qui est « le » moteur de tout le tremblement. La fonction, quoi. Le rituel du printemps (et dans une moindre mesure des autres saisons plus emmitouflées) : les arbres bourgeonnent, les filles aussi, et les gars astiquent l’engin pour le « rût », l’appel de la reproduction qu’on emballe très rapidement sous des couches de sirop appelées relationnel, romantisme, intimité, respect, attente, interdit, libération… un fatras de bons sentiments entremêlés et entremêlants qui font le pain et les beurre des logues, puis des avocats et du ELLE Québec.

    Si on y allait par la base, après tout il est prouvé qu’en cas de catastrophe majeure, lorsque la survie de l’espèce est en jeu, l’activité de choix est la sempiternelle et frénétique copulation, en mode turbo et suralimenté, en dehors de toute autre considération lologue ou poétisée.

    Pour aborder le projet, si on mettait la table d’un point de vie biologique et voir ou elle s’inscrit dans le menu de la vie de nos apprentis adultes, il me semble qu’on perdrait beaucoup moins de salive et éviterait bon nombre d’errements « stériles » pour parler finalement de reproduction.

  • Lorraine Couture - Inscrite 14 novembre 2014 12 h 19

    De l'origine des espèces

    M. André Martin,

    Votre commentaire me semble bien fondé.

    Toutefois, à ce que je sache, la survie de l'espèce humaine
    n'est pas menaçée par l'abstinence sexuelle, mais plutôt par de
    multiples facteurs autres.

    La plupart des individus peuvent engendrer une descendance même si, comme beaucoup, je remets en cause la théorie de la sélection naturelle de Darwin.

  • Yvon Bureau - Abonné 14 novembre 2014 15 h 55

    Humour, un peu

    Pour un pénis en bois, demandez à un épéniste !