Bénévolat de longue durée

La suggestion faite aux jeunes chômeurs de bonifier leur CV par du bénévolat témoigne d’une réalité qui déborde du cadre européen. Stephen Poloz ne l’évoque pas explicitement, mais le Canada pourrait aussi abriter une «génération perdue».

Après le chômage, le bénévolat de longue durée? Lundi puis mardi, Stephen Poloz a commenté la situation particulière du chômage chez les jeunes sous l’angle du « bon père de famille… de riche » qui peut détonner venant d’un gouverneur d’une banque centrale. Devant le Comité permanent des finances de la Chambre des communes, il en a remis en proposant aux jeunes sans travail de s’adonner au bénévolat afin de bonifier leur CV dans l’attente de jours meilleurs. On peut toutefois comprendre le message appelant à éviter une perte de qualification derrière la maladresse du propos. On peut aussi y voir une banalisation non voulue d’une réalité économique et sociale que l’on croyait confinée à l’Europe.

On ne peut que le déplorer. La zone euro croule sous le poids d’une dette publique toujours grandissante et doit conjuguer avec un chômage de masse touchant les 11,5 %. Un chômage qui oscille autour de 24 % chez les moins de 25 ans, avec des pointes dépassant les 53 % en Espagne, les 50 % en Grèce, les 42 % en Italie. Au Canada, le taux de chômage général atteint 6,8 %, mais 13,5 % chez les 15-24 ans.

Voilà donc un autre déficit qu’il faudra également éponger. Celui généré par la persistance d’un chômage structurel généralisé et par un cercle vicieux de pauvreté intergénérationnelle, de perte de qualification, voire d’exclusion sociale auquel s’expose cette génération perdue.

Génération perdue

Il faut s’y résigner : le Canada abrite aussi sa génération perdue, selon un décryptage superficiel des propos de M. Poloz. Dans sa présentation lundi à la conférence annuelle du Conseil canadien des sociétés publiques-privées, il chiffrait à 200 000 le nombre de jeunes canadiens n’ayant pas d’emploi, occupant un emploi pour lequel ils étaient surqualifiés ou ayant préféré retourner à l’école. Le lendemain, le gouverneur a fait ressortir que l’économie canadienne « présente une offre excédentaire considérable », et ce, cinq ans après la fin de la Grande Récession. Et qu’il faudra attendre encore probablement deux ans avant que le marché du travail reflète pleinement la reprise économique.

À tout ce beau monde éprouvant de la difficulté à dénicher un emploi, M. Poloz a donc conseillé de faire du bénévolat « pour travailler à quelque chose qui est relié à votre champ d’expertise, pour acquérir de l’expérience durant cette période ». La veille, il leur disait ceci : « Si vos parents vous laissent vivre dans leur sous-sol, vous devriez sortir et travailler gratuitement pour garnir votre CV », selon les propos repris par La Presse canadienne. Il reconnaissait toutefois, au passage, que la formule de stage non rémunéré pouvait ne pas convenir aux jeunes moins favorisés.

M. Poloz craint que la situation précaire des jeunes par rapport à l’emploi persiste avec cette production nationale tardant à atteindre son plein potentiel. Avec, aussi, ces entreprises recherchant d’abord les gains de productivité dans l’attente de signaux appelant à une expansion économique assise sur des bases plus solides.

Il faut également retenir que ce long cycle de croissance anémique ne fait que perpétuer une dégradation des conditions d’emploi chez les jeunes, une précarité devenue structurelle. Revenons aux conclusions d’études récentes, réalisées par des analystes de Statistique Canada. On peut observer que la proportion des jeunes occupant un emploi à temps plein est à la baisse depuis 1976, et que ces derniers avaient un salaire réel moins élevé en 2012 qu’en 1981. Le salaire horaire médian a chuté de 20 % en termes réels de 1981 à 1998, pour ne se reprendre que partiellement depuis 2000. Aussi, on note que le temps partiel involontaire a connu une hausse significative chez les plus jeunes entre 2007 et 2012, tout en restant cependant sous ses niveaux de 1997.

En 2013, la moitié des employés âgés de 15 à 19 ans touchaient le salaire minimum. Chez les 20-24 ans, cette proportion était de 13 %, de 20 % dans le cas des employés n’ayant pas terminé leurs études secondaires. Cette réalité salariale est à mettre dans la perspective qu’environ la moitié des étudiants du baccalauréat doivent s’endetter pour obtenir leur diplôme.

Il est vrai, diront certains, qu’un peu moins de la moitié des étudiants récemment diplômés ont choisi un champ d’études où il y a peu d’offres d’emploi ou composant les secteurs moins lucratifs. M. Poloz s’est abstenu d’aller aussi loin.

12 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 6 novembre 2014 05 h 03

    bénévolat

    Travailler sans salaire c'est de l'esclavage !

    PL

  • François Dugal - Inscrit 6 novembre 2014 08 h 09

    Que faire?

    Que faire quand les parents n'ont pas de sous-sol?
    Quel bénévolat un jeune économiste fraîchement diplomé peut-il faire?

    • Beth Brown - Inscrite 6 novembre 2014 15 h 01

      Qui veut peut. Je sais que ce n'est pas rose de commencer une vie sur le BS (quand tes parents n'ont pas de sous-sol). Je le sais parce que ça m'est arrivée.

      Du tout cuit dans le bec il n'y en a pas. Un "fraîchement diplomé" sérieux doit faire 21 appels par jours, avec toutes les recherches que ça impose. Et si, après quelques mois, rien ne se présente à lui, force est d'emprunter pour se spécialiser. Un autre diplôme, pourquoi pas?
      On parle de grand courage pour se tailler une place au soleil ici!

  • simon villeneuve - Inscrit 6 novembre 2014 08 h 27

    Je sais pas mais ....

    "En 2013, la moitié des employés âgés de 15 à 19 ans touchaient le salaire minimum."

    N'est-ce pas un peu normal ?
    L'emploi d'un jeune de 15-16 ans est a l'ecole a mon avis.
    Oui, salaire minimum pour un jeune de 15-19 ans a temps partiel me semble tres normal.
    Me semble que c'est un peu aberrant de considerer un jeune de cet age un travailleur au lieu d'un etudiant.

    "Chez les 20-24 ans,,..de 20 % dans le cas des employés n’ayant pas terminé leurs études secondaires."

    Encore une fois n'est-ce pas normal ?
    IL y a plus de 25 ans j'entendais deja mes parents me dire :" pas de secondaire et bien pas de travail poiur toi plus tard !

    • Danny Garant - Inscrit 6 novembre 2014 10 h 50

      Ça peut ne pas être normal quand le jeune, arrivé à 19 ans, travaille depuis l'âge de 15 ans pour la même entreprise et qu'il s'est confié plus de responsabilité, qu'il a acquis de l'expérience et une certaine expertise, qu'il puisse s'attendre à plus que le salaire minimum.

      De plus, au sens de la loi, on est considéré "travailleur" à partir de l'âge de 15 ans.

    • simon villeneuve - Inscrit 6 novembre 2014 17 h 26

      "travaille depuis l'âge de 15 ans pour la même entreprise et qu'il s'est confié plus de responsabilité, qu'il a acquis de l'expérience et une certaine expertise, qu'il puisse s'attendre à plus que le salaire minimum."

      A mon avis, un emploi qui necessite aucun diplome et un jeune de 15 peut faire ce travail, je ne vois pas une grande possibilite d'avancement meme apres 4 ans ...

  • Albert Descôteaux - Inscrit 6 novembre 2014 09 h 05

    Relativisons

    Au Canada, début des années 1980, le taux d'inflation est monté à 12%, le chomage chez les jeunes de 15 à 24 ans frolait les 20%, et les taux d'intérêt à près de 20%. La génération dont je suis est malgré tout passée à travers cette période économiquement difficile. Le début des années 1990 ne fut guère mieux avec un taux de chomage de 17% chez les 15-24 ans et des taux d'intérêt près des 10%.

    Il est cependant primordial que les gouvernements en place prennent les bonnes décisions pour aider les jeunes à intégrer le marché du travail.

    • François Dugal - Inscrit 6 novembre 2014 12 h 49

      N'oublions pas les hypothèques à 22%: notre petite famille est venue à deux cheveux de se retrouver à la rue.

  • François Laforest - Abonné 6 novembre 2014 18 h 11

    Une solution pour ces jeunes ?

    Faites venir des cadres Français qui embaucheront à leur tour des étudiants en PVT qui en moins de deux ans pourront s'établir ici. À moins qu'après leur formation ils préfèrent quitter ailleurs pour vivre ou prendre de l'expérience. Tant pis pour les jeunes du Québec qui n'ont pas su profiter de l'accès à l'éducation gratuite et qui décroche. Les Québécois sont les artisans de leur propre malheur aussi ils sont peut-être un peu paresseux comme le disait si bien Justin Trudeau concernant le bilinguisme.