Le réveil nous frappe en plein front

Il serait bon de se souvenir qu’il n’y a pas si longtemps, des groupes de femmes québécoises ont tenté de faire comprendre pourquoi il leur paraissait dangereux que nos enfants soient éduqués par des femmes voilées dans nos garderies. Je partageais cette inquiétude. On nous a traitées de folles et d’hystériques. On n’a pas hésité à faire taire l’inquiétude que nous avions en nous traitant de racistes, et quoi encore…

Avons-nous seulement une petite idée de quelle sorte d’enfants nous aurons après leur passage dans ces garderies où des femmes soumises à l’islam, soumises aux hommes et peut-être même convaincues d’être dans la vérité absolue par rapport à l’évolution de nos sociétés, vont devenir des modèles ? Comment pouvons-nous être sûres qu’elles ne transmettent pas des valeurs avec lesquelles nous ne serions pas d’accord si nous étions consultées ?

Bien sûr, tous ces enfants ne sont pas également influençables. Plusieurs ont des parents qui vont prendre du temps avec eux et s’assurer que leurs têtes ne seront pas remplies de croyances et de comportements qui ne correspondent en rien à ce que nous voulons leur transmettre. Mais combien d’autres parents, pour toutes sortes de raisons, ne prendront pas le temps de savoir ce qu’on met dans la tête de leurs enfants.

Je n’ai pas pu m’empêcher de repenser à tout ça cette semaine devant les événements survenus à Saint-Jean-sur-Richelieu, où un jeune homme a été tué pour avoir commis l’irréparable. Il avait endossé la guerre du djihad, son ordinateur lui a servi d’école. Tous ceux qui le connaissaient ont parlé d’un garçon brillant, rieur, qui avait complètement changé depuis deux ans. Il avait adhéré à l’islam comme si c’était la porte d’entrée vers quelque chose… mais quoi ? Cette religion est certainement aussi valable que la catholique pour ceux qui en ont besoin. Et l’islam ne prêche pas la violence et les assassinats. Les dérapages viennent d’ailleurs.

Tous les spécialistes en dérapage psychologique ont été interrogés à la télévision. Ils ont plein de mots, mais pas de réponses. Pourquoi un jeune Québécois, père d’un tout petit enfant, dérape-t-il jusqu’à devenir un tueur ?

Il m’arrive de me dire qu’au Québec, nous avons fait les mauvais choix quant à l’avenir de nos enfants. Sortant nous-mêmes de tant d’années de noirceur, nous avons souhaité pour eux une vie facile, sans trop de heurts, avec un avenir menant à « Liberté 55 » comme objectif rassurant. Quelle connerie.

Nous avons accepté que les études deviennent « plus faciles » parce que nous avons cru ces grands futés qui nous disaient qu’il ne fallait pas mettre nos jeunes devant des défaites. Nous avons même accepté qu’on permette à des enfants qui n’avaient pas réussi les examens de passer à une autre année sans problème pour ménager son honneur, faire plaisir aux parents et atteindre les objectifs de l’école. Nous leur avons fait miroiter la vie facile à tort parce que la vie doit être un défi permanent. Le secret, c’est peut-être que dès qu’on sait quelque chose à fond, il faut passer à autre chose pour aller plus loin.

Les jeunes auront toujours besoin de défis. Qu’avons-nous à leur offrir comme défis au Québec ?

Chez nous, on ne fait pas d’études pour apprendre quelque chose, approfondir ses connaissances, hausser ses qualifications. On fait des études pour faire de l’argent. Comme si l’argent était le seul moteur de notre destinée. Le discours politicien du moment est d’un déprimant qui tue l’ambition des jeunes qui a toujours été de réinventer le monde.

Chez nous, depuis 50 ans, on leur propose de bâtir un pays. Ils y croient et en rêvent parce qu’un pays pour vrai offrirait plein de nouvelles perspectives pour eux, mais nous n’avons pas réussi à le créer, ce pays. De défaite en défaite, nous retombons constamment dans le même piège qui fait de nous des étrangers chez nous. L’autorité est à Ottawa et nos élus rêvent de redevenir « full canadiens ». Un horizon bloqué, ça décourage ceux et celles qui ont besoin d’air. Les jeunes, entre les carrés rouges et le « rien » que nous leur offrons, ils cherchent d’autres défis, car sans défis, la jeunesse fout le camp.

Un jeune Québécois est mort au nom d’Allah. Avant de mourir, il a tué un militaire pour rien. Il a détruit sa famille qui doit se demander ce qu’elle a fait pour le mener jusque-là. Les réponses ne sont pas faciles à trouver, mais la société tout entière a le devoir de chercher des réponses. Parce que le cas devant nous n’est pas unique. Des jeunes qui rêvent de partir pour la grande aventure, il y en a plus qu’on pense près de nous. Nous ne pouvons pas dire que ça ne nous regarde pas. Ou alors nous serons tous coupables.