Un jardin d’essai et de plaisir

Thujopsis dolobrata, ou thuya du Japon, est cultivé depuis de nombreuses années dans une zone protégée. Il aurait atteint sa taille mature à environ 2 mètres de haut par plusieurs mètres de large.
Photo: Lise Gobeille Thujopsis dolobrata, ou thuya du Japon, est cultivé depuis de nombreuses années dans une zone protégée. Il aurait atteint sa taille mature à environ 2 mètres de haut par plusieurs mètres de large.

Bernard Carrier est passionné par les végétaux depuis sa tendre enfance. Sa mère dit même de lui qu’il serait né avec des graines dans les mains. Chez les grands semenciers de ce monde, il commande sans discrimination des beautés qui l’intriguent, des arbres, des arbustes, des vivaces, des annuelles, des bulbeuses…

Malgré une journée froide et bruineuse d’automne, M. Carrier m’accueille avec enthousiasme chez lui pour partager sa passion. En me parlant d’Euonymus sacchalinensis, il en caresse l’écorce marbrée de ses mains solides. En passant devant Ancathopanax senticosus, il m’en explique les extraordinaires propriétés médicinales. Puis, en face de Magnolia triplicata, il me montre avec fascination ces gigantesques feuilles. Et ainsi de suite en déambulant dans les sentiers.

Il les connaît par leurs noms et les a vus grandir, souvent même il les a sélectionnées parmi de nombreux autres spécimens pour des caractéristiques précises, par exemple leur feuillage lacinié ou leur port colonnaire. Pépiniériste pendant quelques années, il fournit encore à l’occasion des plantes aux jardineries, entre autres au Merle Bleu et aux Vivaces de l’Isle. Après deux heures de visite soutenue, transie, je me promets de revenir en d’autres temps afin de poursuivre les découvertes.

Le jardin

À Val-Bélair, dans la région de Québec, dans une zone résidentielle, on reconnaît la maison de l’horticulteur à sa devanture luxuriante aménagée de végétaux uniques. De prime abord, on est impressionné par le grand nombre d’arbres matures et d’autres végétaux peu connus à l’avant, mais ce n’est qu’un petit échantillon de tout ce qu’il y a derrière. C’est subjuguant.

Ici, les plantes sont reines et les sentiers sont étroits et sinueux. La strate arborescente est importante, notre homme ayant un faible pour les arbres, particulièrement ceux à la limite de leur rusticité : le pacanier, le châtaignier, l’asiminia, des magnolias à grandes feuilles, des érables à feuilles de liquidambar…

Le défi lui plaît et attise sa curiosité. Malheureusement, l’an dernier, l’horrible hiver au Québec a été difficile pour plusieurs des végétaux. Néanmoins, c’est ainsi qu’on découvre les plus résistants. Aux strates inférieures, on trouve de nombreux arbrisseaux et plantes de sous-bois méconnus : acanthopanax, érables capillipes, arbres aux anémones, hellébores, astilbe biternata… Le jardin est situé en zone 4b, 5a.

Des choix difficiles

Parmi toutes les plantes nouvelles que j’y ai vues, en voici quelques-unes. Euonymus sacchalinensis, un cousin du fusain ailé, puis Euonymus alatus, un arbuste commun et apprécié pour sa couleur bourgogne à l’automne. E. sacchalinensis est un arbre de dimension moyenne, de 5 à 6 mètres environ, parfait pour les petits terrains, avec une belle forme arrondie et un feuillage panaché qui prend une couleur plus intense à l’automne. De surcroît, il produit une quantité de fleurs délicates qui se transforment en fruits originaux et colorés semblables à un bonnet d’évêque et qui décorent l’arbre l’automne. Finalement, son écorce marbrée et lisse est tout à fait remarquable. Planté depuis plus de 25 ans, il a passé à travers le temps sans broncher, donc aucune inquiétude quant à sa rusticité. Il est originaire du Japon.

Asplenium scolopendrium, ou langue de cerf ou de boeuf, est une fougère exceptionnelle. Elle impressionne par ses frondes légèrement plissées en forme de langue, sa couleur vert foncé et sa texture coriace. Elle est si parfaite qu’elle semble être en plastique. À l’automne, vraiment, elle se démarque, et comme ses feuilles sont persistantes, elle est belle toute l’année. Mais ce n’est pas tout : les chevreuils n’y touchent pas, peut-être à cause de la texture.

Cette plante est cultivée dans les sous-bois, dans un coin protégé des vents, depuis une quinzaine d’années. Donc, pour ce qui est de la rusticité, elle aussi a passé le test. Cette beauté est originaire d’Europe.

Ensuite, voici un conifère pour lequel j’ai craqué : Thujopsis dolobrata, ou thuya du Japon. En culture depuis de nombreuses années dans une zone protégée, il a atteint, semble-t-il, sa taille mature à environ 2 mètres de haut par plusieurs mètres de large. Il constitue un superbe massif car il est dense et d’un vert foncé, mais brillant. La patience est requise, étant donné sa croissance lente, mais cette caractéristique peut également être un avantage. Son port est pyramidal, mais dodu et touffu. Quant à ses écailles, brillantes, costaudes et vert foncé, elles ont la forme d’une hachette.

Ce thuya est originaire des forêts humides du Japon, où il croît jusqu’à 35 mètres de haut. Son bois aromatique, léger et durable, tel celui de notre thuya occidental, est utilisé en construction.

Pour les jardins à papillons, voici une espèce prometteuse : Buddleja japonica, en culture depuis deux ans, encore une fois dans une zone protégée. Elle forme un bel arbuste, ne gèle pas et produit un bon nombre de fleurs. Il s’agit d’un substitut intéressant à Buddleja davidii, ou arbre à papillons, qui est passablement gélif même dans la région de Montréal.

Enfin, Eucomis bicolor, aussi appelée fleur ananas, est une superbe bulbeuse d’Afrique du Sud, connue dans le cercle des initiés. On la plante au printemps pour une floraison vers la fin août, car elle est de zone 8. Cela dit, les fleurs d’ici sont rustiques ! Cultivées à l’extérieur depuis cinq ans, et pas toujours dans des conditions faciles, les fleurs ananas forment un massif impressionnant. Leurs feuilles oblongues vert foncé sont superbes et leurs costaudes hampes florales portent une multitude de fleurs vert pâle bordées de pourpre. Une touffe de feuilles couronne le sommet de la hampe, d’où son nom commun et son aspect original. Même les fruits sont jolis.

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Au jardin cette semaine

Quoi faire avec toutes ces feuilles ? D’abord, elles font un excellent paillis pour protéger des grands froids hivernaux les racines des vivaces, des arbustes et des arbres. On en met une bonne couche pas trop compacte. On peut aussi en placer directement sur les vivaces plus frileuses, mais on attend les premiers gels avant de procéder et on les enlève tôt au printemps afin d’éviter la pourriture.

Les feuilles mortes sont aussi un excellent élément pour la fabrication du compost. Un peu de lecture nous apprend que c’est tout simple à faire. De plus, cela nous permet d’économiser sur l’achat de compost et les feuilles retrouvent leur raison d’être : nourrir la terre. On évite de garder les feuilles de chêne et celles de noyer à cause de leur tanin qui nuit à la décomposition. Comme la température de notre compost domestique n’est pas assez élevée pour éliminer les maladies, on doit mettre les feuilles infectées au compost municipal.

Orchidées en fête

Deux expositions d’orchidées, la fleur des fleurs, ont lieu chaque année à Montréal?: l’une se tient au printemps et la seconde, l’Orchidfête, a lieu cette fin de semaine. Voilà une superbe occasion de mettre la main sur des orchidées diverses et fascinantes, car des vendeurs viennent d’aussi loin que de l’Équateur et du Pérou pour offrir des espèces de leur riche flore. De plus, des hybrideurs de Taïwan, des États-Unis et du Canada y proposent leurs dernières beautés.

Cégep André-Laurendeau, 1111, rue Lapierre, à LaSalle, H8N 2J4.

Le samedi 18 octobre de 11 h à 17 h. Le dimanche 19 octobre de 9 h à 17 h. ecosorchids.ca/show.html

Un arbre pour mon quartier

Grâce à l’opération Un arbre pour mon quartier, les Montréalais ont eu la chance pour une deuxième année de se procurer un arbre fruitier ou un arbre indigène pour la modique somme de 25 à 30 $ auprès de leur écoquartier. Ce programme est un partenariat entre la Ville de Montréal et la Société de verdissement du Montréal métropolitain, qui, on le souhaite, se poursuivra l’an prochain. L’objectif est d’augmenter la canopée montréalaise et d’encourager la biodiversité urbaine. En 2014, 810 arbres ont été plantés.