Les hydrangées, ces chouchous des Québécois

Quelque 42 % des jardiniers ont des hydrangées sur leur terrain. H. paniculata « Phantom » (sur la photo) est l’une des espèces que l’on retrouve au Québec.
Photo: Lise Gobeille Quelque 42 % des jardiniers ont des hydrangées sur leur terrain. H. paniculata « Phantom » (sur la photo) est l’une des espèces que l’on retrouve au Québec.

Depuis des décennies, nous sommes tombés sous le charme des hydrangées, tant pour leur facilité de culture que pour leurs superbes fleurs, aussi jolies fraîches que séchées.

Les hydrangées sont les chouchous des Québécois. À preuve, 42 % des jardiniers en ont sur leur terrain. Elles font partie du paysage, de notre patrimoine végétal. Pourtant, ce ne sont pas des plantes indigènes, mais leur facilité de culture en général sous notre climat nous a permis de les adopter.

Entretien avec Denis Bernard, horticulteur, spécialiste et passionné des hydrangées. Il est l’auteur du livre de référence sur le sujet au Québec, Les hydrangées, éditions Du Sommet (2014, 351 pages)

Quelles sont les différentes espèces d’hydrangées que l’on retrouve sur le marché québécois?

Les plus courantes sont des cultivars de H. arborescens, H. macrophylla, H. serrata, H. paniculata et H. quercifolia, si on s’en tient aux arbustes. Si on ajoute les grimpants, on doit aussi penser au magnifique H. petiolaris et à Schizophragma hydrangeoides, un genre apparenté.

Pourriez-vous nous expliquer les deux termes qui entraînent souvent de la confusion : hydrangée et hortensia?

Hortensia est le nom commun de Hydrangea macrophylla et/ou de Hydrangea serrata, finalement mieux connu au Québec sous le nom de quatre-saisons. Un classique pour Pâques, mais peu résistant sous nos latitudes. Quant au terme « hydrangée », il est utilisé pour toutes les autres espèces, arborescens, paniculata, H. quercifolia et petiolaris.

Est-ce qu’on peut tout de même cultiver le quatre-saisons?

Cultiver un hortensia n’est pas difficile, mais le voir fleurir est une autre histoire. Comme ses boutons floraux se forment à l’automne et qu’ils sont gélifs sous nos latitudes, ils doivent être protégés. En zone 5, si l’arbuste est bien couvert de neige et à l’abri du vent, parfois on obtient une floraison, mais elle est rarement abondante.

Bref, pour avoir de nombreuses fleurs, vers la fin de novembre on emballe la plante dans un géotextile et on paille son pied. Au fond, cette espèce n’est pas adaptée à notre climat, mais certains jardiniers apprécient le défi afin de voir leurs grandes fleurs en forme de boules ou de bonnets de dentelle. Aussi, ce sont les seules qu’on peut colorer en bleu, soit avec du soufre, soit avec du sulfate d’aluminium. Hydrangea macrophylla et H. serrata sont originaires du Japon.

L’hydrangée arborescente, un classique, est un arbuste qui ne pose aucune difficulté. Avez-vous quand même quelques trucs de culture à donner?

Très facile, cet arbuste est indifférent au type de sol et à la sécheresse. Il est fantastique. Tous ses cultivars se cultivent jusqu’en zone 3. Pour une bonne floraison, la mi-ombre ou la position au soleil est essentielle. Étant donné que les boutons floraux se forment sur les tiges de l’année, on peut tailler à l’automne ou au printemps.

Plusieurs types de tailles peuvent être effectués. Le rabattage à environ 15 cm donne des fleurs plus grosses, mais alors les tiges, ne pouvant les supporter, ont tendance à s’écraser et on doit parfois les tuteurer. En éliminant seulement les fleurs, les tiges demeurent plus solides. Toutefois, les fleurs seront plus petites, mais plus nombreuses.

On peut aussi tailler les tiges de moitié pour avoir un entre-deux. La sélection naturelle « Annabelle » a été découverte dans un boisé de l’Illinois, aux États-Unis, car l’espèce est originaire de ce pays. Cette hydrangée est la plus connue et la plus vendue à travers le monde.

Facilement reconnaissable grâce à ses spectaculaires fleurs coniques, Hydrangea paniculata est une espèce populaire. Est-ce que sa culture est semblable?

Hydrangea paniculata est un arbuste, mais on le trouve aussi en petit arbre. C’est d’ailleurs la seule espèce d’hydrangée que l’on forme sur tige. Comme H. arborescens, il a une rusticité à toute épreuve et se cultive sans inquiétude jusqu’en zone 3. Il pousse aussi dans tous les types de sol, pour autant qu’ils soient bien drainés. Pour la lumière, il a des besoins identiques. Quant à la taille, les mêmes principes que pour H. arborescens s’appliquent : plus la taille sera sévère, plus les fleurs seront grosses, mais moins abondantes, et vice versa.

À retenir : cette espèce est la plus tolérante à la sécheresse. De nombreux cultivars superbes sont arrivés sur le marché au cours des dernières années, entre autres une lignée intéressante de cultivars compacts pour les petits jardins ou pour la culture en pot : « Little Lime » (1-1,5 m), « Bobo » (1 m), « Sunday Fraise » (1,5 m). H. paniculata est originaire du Japon.

Que pensez-vous de H. quercifolia, une espèce splendide mais rare dans nos jardins?

Unique, l’hydrangée à feuilles de chêne est un arbuste magnifique qui gagnerait à être mieux connu d’abord des jardineries, qui pourraient en faire la promotion, puis des amateurs. Ce qui fait la beauté de cet arbuste, ce sont ses feuilles qui ressemblent à celles du chêne, comme son nom l’indique.

Et ce qui le rend sublime, ce sont ses couleurs automnales, qui passent par une gamme de jaunes, de roses et de rouges, particulièrement s’il est en plein soleil, mais il se cultive aussi à l’ombre. Ses fleurs sont belles, mais puisqu’il forme ses boutons floraux à l’automne et qu’ils sont gélifs comme ceux de l’hortensia, si on veut les voir, l’arbuste doit être protégé.

Néanmoins, celui-ci est digne d’intérêt simplement pour son feuillage et pour son écorce décorative qui s’exfolie. Il tolère bien les sols secs mais ne supporte par les sols mal drainés. Cette hydrangée originaire des États-Unis se cultive en zone 5.

Sans être indigènes, ces plantes diversifiées font partie de notre patrimoine végétal.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

Au jardin cette semaine

Certains végétaux ne se comportent pas bien et vous n’arrivez pas à mettre le doigt sur le problème ?

Il peut être avantageux, alors, de faire faire une analyse de sol. On obtient ainsi le pH, les éléments minéraux disponibles et le pourcentage de matière organique présente dans le sol.

Certaines jardineries le font pour environ 25 $. Je vous conseille de téléphoner avant de vous y rendre pour demander si on offre le service, et profitez-en pour obtenir des conseils afin de bien prendre votre échantillon. Puis, sollicitez leur aide par la suite pour faire les corrections nécessaires.

Il n’est pas toujours nécessaire de rabattre les plantes à l’automne car plusieurs d’entre elles, une fois séchées, feront un joli décor hivernal. Toutefois, ce que vous décidez de tailler qui n’est pas trop ligneux, coupez-le en petits morceaux pour qu’il se décompose plus rapidement, et conservez-le sur place. Ainsi, vous amendez le sol, vous laissez une protection hivernale et… vous travaillez beaucoup moins.

Si, esthétiquement, ça vous embête, alors placez cette matière verte dans une zone moins visible de la platebande. Enfin, faites attention de ne pas en mettre trop épais au même endroit.

À l’automne, on passe régulièrement la tondeuse pour déchiqueter les feuilles qui tombent sur la pelouse : c’est une excellente source de matière organique pour celle-ci, mais il ne faut pas qu’il y en ait trop à la fois.

Cette saison, l’application d’une bonne couche de compost et/ou d’un paillis, une fois que les végétaux ont dépéri et qu’on voit mieux, permet de prendre de l’avance pour le printemps prochain et aussi de protéger le système racinaire des dégels et des grands froids. Renseignez-vous : certaines municipalités donnent du compost et d’autres donnent aussi du paillis.

Avant les gels, il ne faut surtout pas oublier de fermer toutes les conduites d’eau à l’extérieur.

Soyons réalistes et créons l'impossible!

Pour la huitième édition des Créations-sur-le-champ, Land Art Mont-Saint-Hilaire, 14 artistes sont invités à réaliser 11 oeuvres inspirées de la nature et de ses fantastiques matériaux. L’événement se tient du 15 au 19 octobre au Pavillon de la pomme et au site de la relève au Verger du Flanc Nord.