Les cowboys de la politique

Ils parlent haut et fort, convaincus de détenir la vérité en tout. S’ils ont des doutes, ils ne les expriment jamais car ça pourrait avoir l’air d’être un aveu de faiblesse. La peur, sous toutes ses formes, est une alliée précieuse qui fait augmenter le thermomètre du stress vécu par des citoyens qu’il vaut mieux garder dans le désespoir que dans la joie. Écraser pour régner est une devise qui a fait ses preuves à travers le temps.

Ma question ce matin est « combien de stress des citoyens normaux peuvent-ils endurer avant de perdre la tête » ? Si on fait un petit tour de la planète en ce moment, on constate assez rapidement que ça éclate partout. Vous avez l’embarras du choix. Il y a quelques semaines à peine, les yeux du monde entier étaient tournés vers le sort qu’Israël faisait vivre à Gaza, semant la mort et la destruction massive sans que quelque autorité intervienne pour mettre fin à cette haine insensée qui n’a pas de fin.

Puis, le ton a soudainement monté du côté de l’Ukraine et les accusations portées contre la Russie dans ce dossier étaient assez graves pour alerter le monde entier. Le conflit est-il réglé ? C’est peu probable, et il a peut-être bien tout ce qu’il faut pour se rallumer d’un seul coup.

Comment est-ce seulement possible que l’extrême droite française, qui n’offre pourtant pas un comportement dont la France peut se glorifier, arrive à se frayer un chemin chez les électeurs et électrices ? La France est-elle tellement sous le stress devant les chiffres du chômage, devant l’avenir bloqué pour ses étudiants désespérés d’accéder un jour à une vie pleine et entière, qu’elle se jette dans les bras des apôtres de l’extrême droite, oubliant un passé pourtant porteur de bons conseils à ce sujet ?

Les chiffres avancés sur les ravages de l’Ebola en Afrique font peur aussi. L’incapacité du monde entier de répondre rapidement aux besoins des peuples touchés est un désastre collectif. Devant l’évidence qu’il sera impossible de tout faire, comment partager les ressources disponibles avec justice ? Imaginez le stress de ces citoyens qui attendent une aide internationale qui n’arrive pas alors que la maladie continue ses ravages dévastateurs.

Comment partager adéquatement les ressources disponibles pour sauver l’Afrique d’une part et détruire les tueurs qu’on a nommés « État islamique » qui sèment la terreur en Irak et en Syrie, qui coupent la tête d’autres humains devant les caméras dans l’espoir de faire avancer leur cause grâce à la peur ?

Les citoyens de Hong Kong sont dans la rue pour réclamer que la démocratie à laquelle ils aspirent leur soit rendue par le gouvernement de Beijing. Ils sont nombreux et les Chinois ont la réputation d’être tenaces. Ils ont déjà tout vu, tout retenu, et ils ont une mémoire fabuleuse de leur propre Histoire. Juste à côté, les Japonais vivent la terreur des secousses sismiques, des éruptions de volcans, des tsunamis et des dangers que représentent encore les déversements des eaux des réservoirs des usines atomiques touchées par le dernier tsunami.

Je n’ajouterai rien au sujet du Canada. Les Canadiens que je connais n’ont pas mérité le gouvernement qui sévit à Ottawa. Comme le Québec n’a pas mérité M. Denis Lebel non plus.

 

Vous aurez compris que je crois sincèrement que la politique des cowboys, où qu’elle se pratique dans le monde, est une politique dangereuse. De là ma question avec des mots plus simples : « combien de stress un être humain peut-il supporter avant de péter les plombs » ?

Au Québec, les puissants cowboys, au pouvoir depuis six mois dans quelques jours, ont volontairement fait monter le stress de la population. Entre le « serrez-vous la ceinture » et le « ça va faire mal » qu’on nous répète ad nauseam depuis des mois, je sens la moutarde qui monte au nez des citoyens qui commencent à se dire qu’ils n’ont jamais voté pour ça.

Les manifs sont commencées. Il y en aura d’autres. La commission Charbonneau déçoit, car elle donne l’impression de se terminer en queue de poisson et finit par semer le doute sur le fait qu’il pourrait y avoir des intouchables au pays du Québec et des « au-dessus de toutes les lois » comme si cela allait de soi. C’est un climat favorable pour la mauvaise humeur.

M. Couillard répète à qui veut l’entendre que « tout est sur la table ». Tout quoi ? Tout ce qu’on a gagné de peine et de misère ? Tout ce qui a été mis dans la poche de tellement de monde qu’on ne connaît toujours pas ? Tout l’argent des paradis fiscaux ou seulement celui du monde ordinaire qui voudrait bien joindre les deux bouts de temps en temps ? Nous avons passé l’âge d’avoir peur du Bonhomme Sept Heures.


 
37 commentaires
  • Jacques Baril - Inscrit 3 octobre 2014 02 h 14

    «Ad nauseam» comme vous le dites.

    Mais ce que je préfère c'est: «Les cowboys de la politique.» Cowboys dans toutes ses acceptions. Mon père «franco-français québécois irlandais (beau métissage) aurait dit: «Cowboys rock the house!». Misère.

  • Yves Côté - Abonné 3 octobre 2014 04 h 33

    Tout...

    "Tout est sur la table"...
    Tout ce qui nous appartient et qu'il veut donner généreusement en partage aux Canadiens.
    Et nous, où sommes-nous donc ?
    Mais mon ami, dessous la table; à cette seule place que lui et ses amis nous attribuent comme la nôtre.
    Là même où une cowgirl (sincèrement désolé Madame Payette) leur a donné l'occasion de nous reléguer en allant prétentieusement en élection et qui plus est, pour de mauvaises raisons et avec des idées anachroniques de fermeture à ce qu'elle considère comme "les autres".
    Ce qui ne correspondait à la volonté que des plus frileux d'entre nous...
    Et heureusement, pas à nous tous.
    C'est avec le courage que les Québécois auront bientôt rendez-vous Madame. Pas avec cette peur que nos maîtres ont toujours voulus percevoir et convaincre comme étant la nôtre, en propre.
    Et alors, c'est dans un temps de bourrasque fait par leurs "amis" canadiens, que les Québécois montreront de quel bois ils se chauffent. Celui avec lequel ils se sont toujours vraiment chauffé, sans avoir pour autant besoin de jouer les fanfarons.
    J'en ai l'intime et la stricte conviction.
    Vive le Québec libre, Madame !

  • André Chevalier - Abonné 3 octobre 2014 06 h 18

    Couillard: «Tout est sur la table»...

    ... même le gun.

    Couillard joue un jeu dangereux avec ses sbires qui intimident les gestionnaires des services publics pour qu'ils portent l'odieux de la sale job des coupures de service.

    Sur quelles bases les sinistres (sic) Bolduc, Coiteux et Barrette le matamore ont-ils établi qu'il se fait un tel gaspillage de fonds dans les services publics? Où sont les analyses documentées des problèmes de gaspillage?... Néant!

    Ils jouent au cowboy en s'imaginant mater les prestateurs de service comme un troupeau de bestiaux. On ne les a pas élus pour qu'ils mettent le chao dans les services publics. Si l'équipe de Couillard continue dans cette direction, le printemps érable n'a été que de la petite bière à côté du mur vers lequel elle fonce.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 3 octobre 2014 06 h 26

    La fin

    La fin du monde était annoncée en 2012 par les Mayas dans leur calendrier... mais qui a dit qu'elle arriverait en un seul coup ? En additionnant tout ce qui se passe, il me semble que c'est par "dégradation" qu'elle survient cette fois-ci.

    En attendant... bonne journée.

    PL

    • André Le Belge - Inscrit 3 octobre 2014 10 h 50

      «Je pense que le calendrier maya ne prévoyait pas la fin du monde mais bien la fin d'une période» nous disait une professeure mexicaine d'etnologie du Museo Nacional de Antropología de Mexico.

    • Jacques Gagnon - Abonné 3 octobre 2014 14 h 19

      Ah bon ! Je croyais qu'elle était arrivée.

      J'ai vraiment peur maintenant de savoir que ça n'était pas cela.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 3 octobre 2014 14 h 49

      J'étais au courant M. Le Belge, mais ça ne supporterait pas mon argumentaire :)

      Et si cette fin de période annoncerait la disparition de la supprématie des humains, votre prof et moi ne serions pas complètement en désaccord, n'est-ce pas. Car si j'ai bien compris, les mayas ne disent pas ce qui arrive «Après».

      PL

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 3 octobre 2014 07 h 24

    Saisissant parallèle !

    Ce matin, à ceux qui en doutaient encore, madame Payette a clairement fait ressortir que le gouvernement Couillard appartenait à la même classe de tortionnaires fanatiques sans humanité que l'«État islamique», Poutine et autres dictateurs de Beijing. Quand donc allons-nous cesser de nous museler nous même, cédant à cette peur qu'on nous cheville au corps pour nous tenir dans le désespoir plutôt que dans la joie. C'est aujourd'hui qu'il faut chasser la peur, qu'il faut affronter l'ennemi. C'est aujourd'hui qu'il faut vivre debout. Eille, la majorité, où êtes-vous donc? Où sommes-nous donc? Rendez-vous dans la rue. Il fera froid? Tant mieux: il est plus que temps qu'on se tienne chauds, ensemble!

    Merci, madame.

    P.S.: oui oui: c'est de l'ironie.

    • Gilles Théberge - Abonné 3 octobre 2014 12 h 50

      Ironie? La première partie ou la seconde...? Dur à suivre.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 3 octobre 2014 13 h 26

      De l'ironie ...jaune...mais on ne se laisse pas berner...!

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 3 octobre 2014 15 h 19

      De bout en bout, monsieur. Je l'ai précisé pour être bien sûr que cela n'échappe à personne, madame.

      Dans la première partie à cause du rapprochement parfaitement outrancier qu'elle fait semblant de ne pas faire, avec ce petit sourire narquois qu'on lui connaît.

      Dans la deuxième à cause de ces outrances victimaires qu'on a déjà commencé à entonner et qui dispensent de regarder les choses d'une façon un peu rationnelle.