Le démon du midi

Amal Alamuddin en compagnie de son nouvel époux, l’acteur George Clooney, la fin de semaine dernière lors de leur mariage à Venise. Le démon du midi peut prendre des allures de conte de fées.
Photo: Pierre Teyssot Agence France-Presse Amal Alamuddin en compagnie de son nouvel époux, l’acteur George Clooney, la fin de semaine dernière lors de leur mariage à Venise. Le démon du midi peut prendre des allures de conte de fées.

Tu te demandes comment un homme réputé intelligent, féministe et militant, père de tes trois jeunes enfants de surcroît, peut tout balancer du jour au lendemain pour aller croquer la pomme (et tomber dans les pâmes) avec une jeune prof de kick-boxing de 15 ans sa cadette ?

Il y a plusieurs réponses à cela, mais l’homme mûr, quadra ou quinqua, est une espèce vulnérable dont il ne faut pas sous-estimer le pouvoir d’attraction et la capacité à se tirer dans le pied. Il part à la chasse avec une arme qui n’a pas servi depuis longtemps, la buck fever lui monte au cerveau et tout peut arriver. Même le bonheur. Le sien, évidemment.

Mais au fond, ta question se résume à ceci : « Comment n’ai-je pas vu durant toutes ces années qu’il était à ce point prévisible, commun et superficiel ? Me suis-je trompée ? » Un gars comme les autres, quoi ! Toi qui avais revêtu de tant d’espoirs ce héros hors du commun, cet être d’exception et ce chevalier à vélo, te voilà devant le dernier des adulescents, te renvoyant l’image de l’égarement béat doublé d’une jouvence empruntée. Et c’est toi qui éponges les pleurs des enfants, le soir, sur l’oreiller.

Tu te voyais fendre le vent à ses côtés, bravant toutes les marées parce qu’on est plus forts à deux, parce que vous étiez mythiques ensemble, parce que vous vous aimiez passionnément. Le jeune coyote exalté que tu as connu s’est transformé en coq de basse-cour. Du passage des ans, de l’usure du temps, de la peur de vieillir, de la routine du quotidien, de la fuite des idéaux ou du déclin des bélugas, qu’est-ce qui aura eu raison de votre amour ? Tant qu’à tout perdre, aussi bien donner un dernier coup de semence avant de quitter le décor.

Je ne juge pas, je comprends. C’est terriblement humain de se comporter en caniche. Nous abritons tous ce potentiel banal au fond de nous. Voilà pourquoi les vrais chevaliers sont si admirables. Ton Braveheart n’est plus qu’un orignal sans panache qui t’asticotera pour une pension alimentaire de misère, car au Québec, nous nous distinguons là aussi. Au final, on ne connaît vraiment les gens que dans l’adversité.

Monogame ou polygame

Tu n’as qu’à regarder autour de toi : le démon du midi frappe sans discernement. À gauche comme à droite, riche ou pauvre, beau ou laid, célèbre ou pas, féministe ou macho, intello ou nono, quand ce n’est pas les deux. Car ce démon-là loge à l’enseigne de l’instinct, de l’acte pulsionnel et d’un regain d’énergie vitale communément désigné sous le vocable de « sexe ».

Dans un cas, tu as le démon qui attire l’homme hors du foyer après une ou deux décennies de comportement (quasi) irréprochable. Dans l’autre, le démon nous prive d’un George Clooney (fantasme universel féminin dans une relation qui tenait de la polyandrie collective) et l’unit maritalement, à 53 ans, à une trentenaire de rêve prénommée Amal, le QI enviable, tirée des Mille et une nuits et de la danse des sept voiles.

Tu devines qu’on ne peut pas se battre contre une peau lisse, une boxeuse sans enfant qui dort sans escale entre deux séances d’étirements des ischiojambiers.

Tout comme nous ne faisons pas le poids contre une brillante avocate en droit international d’un exotisme à faire bander un cerf et d’une féminité à déprimer toutes les fleurs d’oranger sur son passage.

Malheureusement, la monogamie est une invention contre-nature commanditée par Disney et Toyota. De toutes les espèces animales, moins de 10 % prétendent être monogames, dont la majorité sont des oiseaux. On peut tenter de faire durer l’illusion, mais on se bat contre une armée de pulsions antédiluviennes bien implantées dans le cerveau reptilien de la bête.

La monogamie est une construction sociale qui permet de protéger à la fois la mère et la progéniture contre le rut passager. C’est bancal, comme tu peux le constater. Et certaines sociétés — plus matures ? — acceptent les infidélités comme faisant partie du programme « monogamie +», afin de préserver les acquis.

Les Français ont ce génie d’intégrer les écarts de conduite dans leur couche conjugale afin d’épargner la commode Louis-XV et la maison de campagne dans le Gers, d’éviter les déchirements ainsi que la fragilisation économique des conjoints. Au Québec, nous tolérons mal l’ambiguïté matrimoniale et la polygamie déguisée ; nous sommes plus portés sur le tout-ou-rien, le oui ou le non, la monogamie sérielle. Ikea a beaucoup d’avenir chez nous.

Boulevard des rêves brisés

Tu t’en doutes, parce que tu n’es plus une oie blanche, il revit à travers elle, il retrouve l’adrénaline oubliée de ses prouesses d’antan. Son ego de paon redoré par une admiration qu’il n’espérait plus, il fondera peut-être une autre famille pour réparer ou refaire les mêmes erreurs, rajeunir une dernière fois.

L’ingénue lui redonne son pouvoir, il est à nouveau un héros même s’il doit endosser le rôle de zéro en arrière-plan. Toi, tu as le choix entre te transformer en Valérie Trierweiler et le traîner dans la boue de ton mépris, ou te draper dans ta dignité et ravaler.

Pourquoi échoit-il aux femmes de rester seules sur le boulevard des rêves brisés, les enfants sous le bras, le temps que monsieur en termine avec sa tempête hormonale ?

Ça aussi, c’est inscrit dans notre ADN, semble-t-il. On a évalué l’instinct maternel de rates cocaïnomanes. Le temps de sevrer leurs nourrissons et de les amener à une certaine autonomie, les rates préféraient leurs bébés à la poudre blanche. Elles y retournaient après le dernier biberon seulement.

Bien sûr, on croise des exceptions, des femmes qui plaquent tout pour le jeune Brummell de brume. Mais ces « cougars » (on les a affublées d’un nom potentiellement dangereux) sont de plaisantes anomalies dans le grand plan de survie de Dame nature.

Quand on y pense, l’homme est une curiosité dont il ne faut jamais oublier les origines. Et comme disait Wagner, il importe peu de descendre du singe, l’important est de ne pas y remonter…

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L’effet Coolidge

Je me demandais pourquoi les femmes suivent la mode et changent de robes à chaque saison. C’est à cause de ce que les biologistes appellent « l’effet Coolidge ». L’histoire va comme suit : le président américain Calvin Coolidge (1923-1929) visitant une ferme avec sa First pas trop loin derrière, voit un coq monter une poule : « Il fait ça souvent ? » Le directeur de la ferme de répondre : « Environ dix fois par jour. »

« Avec la même femelle ? »

Et l’autre d’ajouter : « Non, chaque fois une femelle différente. »

« Eh bien, vous direz cela à mon épouse… »

Il a été prouvé avec des rats que vous n’avez qu’à changer la femelle (ou la couleur de la cage) pour que ce monsieur retrouve ses ardeurs après s’être lassé de sa compagne. La libido a besoin de diversité et la femme, de designers. Incidemment, précipitez-vous pour voir le film Yves Saint Laurent. En voilà un qui avait tout compris. Source : L’angoisse du morpion avant le coït.
 
Parcouru le livre Merci pour ce moment de Valérie Trierweiler. Tout le monde en a parlé sans le lire. Ce n’est pas le torchon attendu, plutôt la chute d’Icare d’une femme qui a aimé et a été aimée du Roi Soleil, puis reléguée aux oubliettes de l’Élysée, n’étant plus la favorite. Elle aurait dû se taire ? En tout cas, le livre lui tient lieu de thérapie et a fait perdre bien des plumes au coq hollandais. Un accent de sincérité et d’amertume véritable s’en dégage. Pour les mensonges, chacun aura eu sa part, j’imagine. Valérie n’a pas su « retenir les cris de haine qui sont les derniers mots d’amour » (Aznavour). Et comme le dit mon mec : « Il ne faut pas sous-estimer la vengeance d’une femme bafouée publiquement. » Un livre Paris-Match sur papier buvard.

Souri en lisant Juste une fois, le dernier roman made dans les Laurentides d’Alexandre Jardin. Pour décrire l’amour et ses complexités, pour sonder les coeurs, Jardin n’a pas son pareil. Et pour nous reconduire vers l’un de ses thèmes favoris (la flambée ou la romance à l’état de grâce), il sait trouver les mots. Roman d’été alors qu’il automne déjà ; on se prend à regretter les vacances. Je me suis reconnue en Kiki (journaliste au Devoir et croqueuse d’hommes), mais j’aurais pu être Hannah aussi, sa meilleure amie assagie. L’auteur est un fidèle de Zeitgeist, dit-on…

Aimé le dossier de Nature sauvage (automne 2014) sur les luttes de pouvoir entre mâles des différentes espèces. Canards souchets, pics mineurs, morses, cerfs et orignaux sont montrés en pleine bataille. « Le plus fort, ou celui perçu par l’autre comme le plus imposant, gagnera son droit de se reproduire. » Même les grenouilles (qui cachent un prince charmant) s’y mettent.
31 commentaires
  • Gaetane Derome - Abonnée 3 octobre 2014 01 h 06

    Il faut faire attention..

    Meme si actuellement,on constate qu'il y a plus d'hommes qui vont quitter leurs conjointes a l'aube de la cinquantaine,il y a quand meme de plus en plus de femmes aussi qui quittent le nid vers 40-50 ans.Et souvent pour un homme plus jeune que leur epoux.C'est une question de generation,d'education,de circonstances.

    Et,peut-etre que dans quelques annees,sait-on jamais,on verra plutot beaucoup de femmes "cougars" et peu d'hommes d'age mur avec des femmes plus jeunes..Car je ne crois pas que ce vous decrivez est propre a un sexe,mais plutot a l'humain.

  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 3 octobre 2014 07 h 07

    Bravo

    Bravo pour ce joli morceau d'anthologie.

    Il se peut aussi que l'homme ne soit rien d'autre que le moyen utilisé par l'ADN pour se perpétuer.

    Desrosiers
    Val David

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 3 octobre 2014 07 h 10

    OK !

    Demain Mme. Blanchette, allez-vous nous expliquer le point de vue de la jeune madame qui s'entiche d'un renégat de 20 ans son ainé; ou n'a-t'elle rien à dire ? Ces jeunes beautés ne sont-elles que des potiches ? Le curé qui les a marié n'a-t'il pas posé LA question : "Voulez-vous..." à cette grande flute ? Pour former un "couple"... il faut être "deux" ! Ces hommes plus vieux sont-ils si irrésistible que la "pauvre" en tombe en pamoison à en perdre tout raisonnement ?

    Ou est-ce ce "désir de survie atavique" qui trône encore dans le cerveau primal de la femelle ? Il semble que l’évolution n’est pas encore rendue très loin dans certains domaines. Je veux bien croire que certains "adultes masculins avancés" fassent le jar, mais il semble que certaines jeunesses féminines ne se retiennent pas de faire la dinde !

    S'il y a "victime" ici, je me pose la question : "Qui est la victime de qui ?" Nous le verrons peut-être bientôt au divorce quand cette splendeur exigera la moitié des biens de ce vieux cave pour avoir "profité" de sa jeune prise.

    C'est dont beau l'amour !

    Bonne journée.

    PL

  • Normand Ouellet - Inscrit 3 octobre 2014 07 h 39

    Le nous et l'homme

    Il est drôle de voir la passivité féminine d'arrière plan de ce texte comme si la bête ne vit que dans le corps masculin! N'êtes vous pas d'avie que les tentations pulsionnelles sont bien partagées entre les deux sexes!

    • Lise Bélanger - Abonnée 3 octobre 2014 08 h 28

      Bien sur, mais il semble que les hormones de la femelle rate préfère s'occuper de sa progéniture à la drogue. Autrement dit, les enfants inhibent les hormones sexuelles des femmes. La fatigue aussi ...s'occuper d'une progéniture.....et amour inconditionnel d'une maman, ça existe!

      Autrement dit, c'est le ventre qui fait la différence.

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 3 octobre 2014 07 h 46

    Et l'amour dans tout ça ?

    Dans votre commentaire, je n'ai pas trouvé le mot «amour».
    Serait-ce que, dans votre livre à vous, c'est quelque chose d'impossible entre des personnes d'âges différents. C'est quoi la différence d'âge permise ou décente selon vous?