Découvrir l’architecture de notre paysage

Historiquement, l’architecte du paysage partait d’un concept et utilisait la végétation pour arriver à ce but, explique l’architecte et professeur Ron Williams. Depuis 20 ou 30 ans toutefois, ce sont les paysages eux-mêmes qui dictent le concept au créateur.
Photo: Lise Gobeille Historiquement, l’architecte du paysage partait d’un concept et utilisait la végétation pour arriver à ce but, explique l’architecte et professeur Ron Williams. Depuis 20 ou 30 ans toutefois, ce sont les paysages eux-mêmes qui dictent le concept au créateur.

Fruit de près de 25 ans de recherche et de 9 ans d’écriture, le livre tant attendu de Ron Williams, Architecture du paysage du Canada, est maintenant sur les tablettes. Architecte, professeur retraité de l’École d’architecture du paysage de l’Université de Montréal, l’auteur est un érudit fascinant. Entrevue.


Quels sont les grands jalons de l’histoire de l’architecture du paysage au Canada?

La fin du XIXe siècle et le début du XXe sont marqués par la forte influence britannique et l’apogée des jardins anglais, puis les années 20 et 30 seront une importante période d’inégalité économique favorisant la création de jardins haut de gamme. Les grands industriels de l’époque pouvaient se permettre d’engager les meilleurs concepteurs et jardiniers, et parfois s’investissaient eux-mêmes dans la réalisation, comme Elsie Reford [la créatrice des Jardins de Métis].

Ensuite, durant les années 60, ont été élaborés plusieurs projets remarquables importants avec des universités ainsi que des projets impensables aujourd’hui, tels que l’Expo 67. Finalement, dans les années 80, est arrivé le postmodernisme, une période de réaction où l’on voulait tout sauf le modernisme.

Aujourd’hui, l’approche est très riche et le vocabulaire de la végétation est beaucoup plus vaste qu’il y a 30 ans. C’est le jour et la nuit par rapport aux années 70.

Y a-t-il une signature canadienne et est-ce que le Québec est distinct dans ce domaine?

Au départ, il n’y avait pas beaucoup de respect de la part des Canadiens pour les traditions canadiennes en architecture du paysage. L’histoire passe par ailleurs ; les influences et les paysagistes proviennent de l’Angleterre, des États-Unis, de l’Europe et du Japon. Après la guerre, un nombre grandissant de Canadiens se rendent aux États-Unis pour y recevoir une formation en architecture du paysage. Et depuis les années 60-70, on enseigne la discipline dans cinq universités et deux nouvelles écoles sont en structuration, à Halifax et à Calgary.

Avec le temps, les traditions étrangères ont été adaptées et on reconnaît aujourd’hui une signature canadienne. Maintenant, les travaux sont réalisés par des gens d’ici, ce qui était rare il y a 50 ans. Il n’en demeure pas moins qu’à travers l’histoire, les gens au pouvoir sont influencés par les mêmes vogues et les mêmes vagues horticoles.

Quant au Québec, en particulier Montréal, la ville a été et est encore à l’origine de beaucoup de tendances. Entre autres, le square montréalais caractéristique, un hybride entre les lieux pavés des quartiers d’affaires anglais et les places vertes françaises, se retrouve par exemple à la place Centrale de Calgary. Du reste, les Québécois, dont le plus connu est Claude Cormier, se démarquent par leur univers plus léger, imaginatif et ludique.

Est-ce que les paysages du pays ont influencé l’architecture du paysage au cours de l’histoire?

D’une façon subtile, oui, mais pas délibérément, jusqu’à tout récemment. Auparavant, l’architecte du paysage partait d’un concept et utilisait le paysage pour arriver à son but. Notamment, les aménagements de la Renaissance italienne utilisaient beaucoup le paysage pour la perspective, les villas étaient toujours surélevées afin d’avoir une belle vue sur l’eau ou la vallée.

Dans la ville de Québec, un exemple de ce concept où le paysage est utilisé de façon imaginative et originale se trouve le long du fleuve, dans le quartier Sillery. Toutefois, depuis 20 à 30 ans, les paysages sont souvent à la base du concept. L’aménagement du Musée des beaux-arts du Canada en est une belle démonstration. Pour sa réalisation, l’architecte du paysage canadienne Cornelia Oberlander, reconnue internationalement, s’est inspirée des paysages nordiques du Groupe des Sept.

Vous avez étonnamment consacré un chapitre complet aux cimetières. Pourquoi?

Au départ, il n’était pas question d’écrire un chapitre sur ce sujet. Mais comme les cimetières sont des aménagements charnières parce que ce sont les premiers traitements des grands espaces naturalistes dans les zones urbaines et qu’ils ont inspiré les premiers grands parcs, le sujet s’est imposé de lui-même.

À Montréal, notamment, les deux cimetières sur le mont Royal ont précédé le parc de 20 ans, et c’est le cas dans la plupart des villes. Puisque les cimetières urbains étaient remplis et que l’on craignait la transmission de maladies, on les déménageait à l’extérieur de la ville. On les concevait tels des endroits de réflexion, de contemplation, mais ils étaient aussi très populaires pour la balade et les pique-niques du dimanche.

D’ailleurs, au XIXe siècle, le cimetière Notre-Dame-des-Neiges était la destination préférée des promeneurs montréalais, malgré les objections de l’évêque, Mgr Bourget.

Quel est votre site préféré?

Le Lieu historique national du Canada des Jardins-Publics-d’Halifax, un magnifique vieux jardin conçu entre 1874 et 1879. Depuis plusieurs générations, la même famille est responsable de son entretien, les objectifs sont clairs et l’espace est beau et cohérent.

L’ouvrage

Cet excellent livre, le premier à traiter de l’évolution de l’architecture du paysage au Canada, est méticuleusement documenté et appuyé par une abondance de photos et de documents d’archives. Son principal objectif est de fournir aux architectes du paysage et aux membres des professions connexes, mais aussi au grand public, une synthèse du développement des paysages « conçus ».

Depuis les interventions significatives, mais peu connues, des Premières Nations, en passant par les manifestations des divers courants culturels jusqu’aux années 2000, les paysages ruraux et urbains y sont expliqués. Ces derniers, qui expriment nos valeurs, nos croyances, nos mythes et symboles, représentent le caractère essentiel d’une civilisation.

Le chapitre de la fin est une réflexion sur les paysages canadiens à une époque de changements rapides. L’auteur y aborde différents sujets tels que la ville du XXIe siècle, la crise des ressources et le développement durable. Un outil de référence exceptionnel.

Ron Williams fait actuellement une tournée promotionnelle intitulée « Conversation », une belle occasion de rencontrer un homme d’exception et de mieux comprendre le rôle des architectes du paysage. Il sera au Jardin botanique de Montréal le 5 novembre à 19 h.

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Au jardin cette semaine

Si les bananiers, les papyrus et les autres plantes tropicales que l’on met dans nos plates-bandes sont encore à l’extérieur, il est temps de les rentrer au chaud. Faites un bon nettoyage, éliminez du feuillage devenu trop volumineux, faites un traitement contre les insectes au besoin et placez-les sous une lumière adéquate.

En mettant ces plantes dans une pièce peu chauffée, les arrosages seront moins fréquents et les risques d’infestation par les ravageurs seront diminués. Dans le cas des colocasias, on peut ne conserver que les rhizomes nettoyés et les entreposer au sec dans de la mousse de tourbe ou dans leur pot, à une température autour de 15 °C, ou encore les garder en culture tout l’hiver.

Après une première bonne gelée, on rentre les dahlias, les glaïeuls, les bégonias tubéreux et les cannas, que l’on nettoie bien, sans eau. On enlève le feuillage et on les entrepose dans des caisses ajourées, dans de la vermiculite, de la mousse de tourbe ou des papiers journaux déchiquetés, au sec, à une température autour de 10 °C.

En vrac...

Hectare urbain

Hectare urbain est la première forêt nourricière de HEC. Au début, cet été, le projet était petit, avec la plantation d’une centaine d’espèces, mais cela n’est que la première phase d’un plan de verdissement des terrains et des toitures de l’immeuble, selon Jacques Fortin, directeur sortant de la Direction du développement durable.

Le projet sera accompagné d’un programme éducatif, d’ateliers, d’activités de jardinage, etc. Les Amis de la montagne sont heureux de s’associer à cette forêt nourricière car elle rappelle une des vocations premières de l’endroit : la production agricole, notamment les vergers, souligne la directrice générale Sylvie Guilbault. Arbres Canada, Evergreen et les associations étudiantes ont également collaboré à sa réalisation.

Distribution de compost

Pour les citoyens de Montréal, les 11 et 12 octobre représentent une grande fin de semaine de distribution de compost gratuit, au Complexe Saint-Michel, entre 8 h et 16 h.

Au Jardin botanique

Un tour au Jardin botanique de Montréal, en fin de journée, permet de visiter l’exposition d’automne dans la grande serre avec ses citrouilles, de sillonner dans la pénombre les sentiers du Jardin chinois pour y admirer les lanternes, et ensuite de se rendre au Jardin japonais pour le découvrir illuminé.