Climat électoral

Le premier ministre Stephen Harper a boudé — encore une fois — une rencontre onusienne sur les changements climatiques. Il a préféré y dépêcher sa ministre de l’Environnement, Leona Aglukkaq, qui a dû se sentir perdue parmi les quelque 120 chefs d’État et de gouvernement. Venus préparer la voie à l’importante conférence sur le climat qui aura lieu à l’automne 2015.

Tout ce qu’elle avait dans sa besace était l’annonce selon laquelle le Canada imiterait les États-Unis en adoptant de futures normes pour réduire les émissions de certains véhicules. De l’esbroufe qui ne trompe personne.

Malgré cela, les conservateurs répètent sans rire que le gouvernement Harper « est un chef de file mondial en matière de lutte contre les changements climatiques ». Encore mardi, le secrétaire parlementaire de la ministre de l’Environnement, Colin Carrie, n’avait que le mot « leadership » à la bouche.

Ses collègues et lui en veulent pour preuve l’approche réglementaire du gouvernement (qui ne vise toujours pas le secteur du pétrole et du gaz dont on attend les règlements depuis au moins trois ans). Ils citent la baisse des émissions observées depuis quelques années (sans dire que les provinces et les entreprises ont fait le gros du travail, comme le montre un rapport du commissaire à l’environnement). Ils évitent, évidemment, de rappeler qu’ils ont retiré le Canada du protocole de Kyoto ou encore fait de l’obstruction lors de nombreuses rencontres internationales.

Finalement, tant qu’à être le cancre de la rencontre, il était peut-être mieux que M. Harper n’y soit pas. Son absence est, après tout, le reflet le plus fidèle de sa politique.

 

Elle donne par contre des munitions aux partis d’opposition, qui l’ont évidemment dénoncée. Mais eux qui rêvent de le remplacer feraient-ils mieux ? Quand on y regarde de près, on constate que leur force dans les sondages est inversement proportionnelle à la précision de leurs politiques sur le sujet. Les verts remportent la palme de la clarté, ce qui ne surprend personne, avec un plan détaillé impossible à résumer ici. Cela va de la réduction « concrète » des émissions à l’aide de cibles exigeantes, un système de plafonnement et d’échange de crédits, une taxe sur le carbone, une stratégie d’adaptation aux changements climatiques et j’en passe.

Les libéraux, en revanche, nagent en plein du flou artistique. On ne trouve pratiquement rien sur leur site. Un communiqué publié lundi, dans lequel le parti reproche à M. Harper son absence, en dit déjà plus. Il déplore que le gouvernement conservateur n’ait jamais offert « une supervision transparente, des peines plus sévères et un prix sur le carbone ». Un prix sur le carbone ? C’est-à-dire ?

Les méthodes pour attribuer un prix aux émissions de carbone sont, pour l’instant, l’imposition de règlements, l’imposition d’une taxe ou la mise en place d’un système de plafonds et d’échange de crédits. Les conservateurs ont opté pour une approche réglementaire bancale, ce qu’a relevé Justin Trudeau en point de presse mardi, laissant ainsi entendre qu’il l’écartait.

Le choix entre les deux autres attendra cependant. Il veut consulter et discuter, dit-il, et invite tout le monde à attendre son programme. En fait, il est plutôt face à un casse-tête. Il doit trancher entre une taxe que son parti a mise de l’avant en 2008, sous Stéphane Dion, et qui a été rejetée ou opter pour un système de plafonnement et d’échange, la solution préconisée par le NPD depuis 2011.

 

Le NPD s’est mouillé davantage. Sans entrer dans la mécanique d’un système de plafonnement et d’échange, Thomas Mulcair répète depuis des mois que son parti suivra cette avenue, avec des cibles pour chaque secteur industriel. Dans un discours prononcé en décembre dernier, il a largement exposé sa façon de concilier protection de l’environnement et développement économique, en particulier dans le secteur énergétique.

Il n’est pas question d’arrêter les sables bitumineux, mais d’en assurer un développement durable et plus respectueux de l’environnement, dit-il. Il peut difficilement dire le contraire s’il ne veut pas se faire rayer de la carte en Alberta et en Saskatchewan, mais est-ce possible ? Comme disent les anglophones, le diable est dans les détails.

M. Mulcair s’est aussi engagé, s’il est élu, à être à la Conférence de Paris, à relancer les projets d’économie d’énergie, à investir dans les énergies renouvelables, à adopter une loi-cadre sur le développement durable et ainsi de suite.

En juin dernier, son député Matthew Kellway a présenté, avec son appui, un projet de loi qui obligerait le gouvernement fédéral à établir un plan de lutte contre les changements climatiques et à adopter pour cible, d’ici 2050, une réduction de 80 % des émissions de gaz à effet de serre par rapport à leurs niveaux de 1990.

Pourquoi ce survol ? Parce que même s’il reste un an avant les prochaines élections, les partis sont déjà en campagne. Il est donc de bonne guerre, chaque fois qu’ils se vantent ou déchirent leur chemise, de leur demander des comptes de plus en plus précis. Ils nous doivent bien ça.

1 commentaire
  • Sylvain Auclair - Abonné 24 septembre 2014 15 h 58

    Développement durable des sables bitumineux?

    Comment est-ce possible? Toute extraction de combustible fossile augmente la quantité de CO₂ dans les cycles bio-géo-chimiques, donc contribue à l'effet de serre et à l'acidification des océans.