Les deux solitudes

En mai 2013, on avait tenté tant bien que mal de sauver les apparences et de minimiser l’échec patent des efforts de « convergence » en faisant parader sur la scène les représentants des divers partis souverainistes.

En fin de semaine, on a eu le bon sens d’éviter ce genre de mise en scène qui n’abuse personne. Malgré la présence — discrète — de quelques députés parmi les 1000 personnes réunies au théâtre de l’Olympia, il aurait été impossible de cacher le fossé qui sépare toujours les partis et la base souverainiste. Ou plutôt indépendantiste, puisqu’on a maintenant décidé d’appeler les choses par leur nom.

Le cri du coeur de l’ancienne présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, traduisait parfaitement la pensée des participants : l’unité des forces indépendantistes doit devenir une véritable « obsession », sans quoi rien ne sera jamais possible.

Il est évident que la société civile a un rôle essentiel à jouer pour remettre le projet de pays à l’ordre du jour, comme en Catalogne ou en Écosse, mais il est tout aussi clair qu’elle ne peut pas suppléer les partis. Si certains semblent voir dans une « démarche constituante » une façon d’éviter la répulsion que la perspective d’un autre référendum provoque dans une grande partie de la population, l’élection d’une majorité de députés indépendantistes à l’Assemblée nationale demeure un passage obligé, que ce soit pour tenir un référendum ou convoquer une assemblée qui aurait le mandat de rédiger une constitution.

 

La méfiance demeure cependant grande. Samedi, en atelier, un militant péquiste a dit tout haut ce que plusieurs pensent encore au PQ : « Québec solidaire a fait élire trois députés, mais nous a fait perdre vingt comtés. Fontecilla [Andrés, président de QS] a la grosse tête. Il ne lâchera pas le morceau. Il y a trop d’ego en jeu. »

Une militante solidaire a appelé à la trêve en faisant valoir qu’il y a des progressistes dans les trois partis indépendantistes, mais elle a convenu qu’il serait illusoire de penser former un seul parti où tous pourraient se sentir à l’aise.

Un mode de scrutin proportionnel pourrait à terme permettre d’aménager une zone de confort pour chacun, mais on revient toujours au point de départ : seule une majorité indépendantiste réussirait peut-être à modifier le système actuel. Dans l’immédiat, une alliance électorale dans un nombre limité de circonscriptions semble la seule hypothèse sérieusement envisageable.

Un sondage Léger Marketing-Le Devoir réalisé en juin 2013 avait clairement démontré que la très grande majorité des électeurs du PQ, de QS et d’Option nationale étaient disposés à reporter leur vote sur un candidat souverainiste unique. C’était le cas de 80 % des péquistes, de 75 % des onistes et de 62 % des solidaires. Devant une division du vote fédéraliste entre le PLQ et la CAQ, une telle « convergence » pourrait très bien permettre l’élection d’une majorité indépendantiste — et peut-être même péquiste — à l’élection de 2018.

Les nouvelles Organisations unies pour l’indépendance (OUI), comme sera rebaptisé le Conseil de la souveraineté, ne pourraient évidemment pas organiser des « primaires » pour présenter un candidat unique si les partis refusent d’y participer.

Marc Laviolette a proposé de profiter de la course au leadership au PQ pour forcer les divers candidats à prendre position : sont-ils favorables à une alliance entre les partis et, surtout, que proposent-ils concrètement pour y parvenir ? Il ne suffit pas de dire, comme l’a fait Stéphane Bédard, que chacun devrait mettre de l’eau dans son vin.

 

Encore faudrait-il reconnaître qu’il y a péril en la demeure. Qualifier d’« éteignoir » le discours que Jacques Parizeau a livré par vidéocassette confine au déni. Il est vrai que le constat de l’ancien premier ministre est brutal, mais il faut être aveugle pour ne pas voir le désarroi du mouvement indépendantiste et la confusion du PQ. L’arrivée d’un nouveau chef devrait sans doute permettre de freiner la chute, mais les événements d’Écosse ont très bien montré que la présence d’un chef habile et charismatique ne suffit pas.

Les moins de trente ans étaient nettement minoritaires à la réunion de la fin de semaine, mais il y en avait. S’il est vrai qu’une majorité de jeunes est devenue indifférente ou même opposée au projet indépendantiste, la qualité et l’enthousiasme de ceux qui l’appuient demeurent remarquables.

L’incapacité ou le refus des partis de mettre leurs divisions de côté pour en revenir à l’essentiel commence cependant à en exaspérer plus d’un. Il serait impardonnable de les écoeurer de la politique par des chicanes et des « sparages » stratégiques qui risquent de leur apparaître comme le résultat du carriérisme ou de la mesquinerie partisane.

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