La douche écossaise

Le scénario était trop beau pour être vrai. Au lendemain d’un Oui qui, à partir de l’Écosse, aurait résonné aux quatre coins du globe, les militants souverainistes québécois qui se réunissent en fin de semaine au théâtre de l’Olympia auraient réellement pu espérer donner le signal d’un « nouveau départ ». Qui sait, cet alignement inespéré des planètes aurait peut-être même convaincu Jacques Parizeau de se déplacer plutôt que de transmettre son message par vidéocassette.

On aura beau souligner « l’avancée importante » des indépendantistes écossais et trouver leur démarche « inspirante », la victoire claire et nette du Non constitue une véritable douche froide. Avec un résultat de 55-45, personne ne pourra crier à la tricherie, ni s’en prendre au vote ethnique. Bien sûr, l’establishment financier a jeté tout son poids dans la balance, mais il n’y a pas eu orgie de dépenses illégales.

Le simple fait qu’il y a eu un référendum en Écosse démontre peut-être que le projet souverainiste n’a rien d’obsolète, mais la thèse des fédéralistes québécois selon laquelle un peuple peut choisir d’affirmer son identité dans un plus grand ensemble, plus sécurisant, ne s’en trouve pas moins renforcée.

Avec son passé d’État que nul n’a jamais conquis, la fierté nationale légendaire de ses habitants, son pétrole, sans oublier les talents de communicateur et la roublardise d’Alex Salmond, qui a complètement éclipsé les ténors du Non durant la campagne, l’Écosse semblait avoir toutes les raisons de vouloir quitter le Royaume-Uni et tous les atouts pour prospérer sans lui.

Le débat n’est peut-être pas définitivement clos. S’il y a une chose dont le Québec peut témoigner, c’est que des négociations de nature constitutionnelle peuvent réserver bien des déceptions. Le premier ministre Cameron a promis des changements, mais il ne transformera pas son pays en fédération. Les Écossais pourraient bien déchanter dans quelques années. Une éventuelle sortie de l’Union européenne, à laquelle ils sont nettement plus attachés que leurs compatriotes anglais, pourrait également les indisposer.

 

« Pour l’Écosse, la campagne continue et le rêve ne mourra jamais », a lancé M. Salmond en annonçant sa démission. René Lévesque puis Jacques Parizeau ont aussi évoqué une prochaine fois, mais on attend toujours la bonne. S’il devait y avoir un match revanche en Écosse, il n’aura pas lieu avant des années. Or c’est maintenant que les souverainistes québécois ont besoin d’encouragement.

Certes, il reste la Catalogne, mais l’attitude antidémocratique de Madrid, qui contraste avec lefair-play démontré par Londres, rend la comparaison moins probante. On ne peut que sympathiser avec les Catalans, qui ont décidé de faire fi de l’opposition du gouvernement espagnol à la tenue d’un référendum, mais une collision frontale ne serait pas de nature à inspirer les Québécois. On peut toujours accuser Ottawa ne pas avoir respecté les règles du jeu en 1995, mais il n’a jamais été question de leur interdire le droit de s’exprimer.

Tout le monde a loué avec raison la façon dont Londres et Édimbourg se sont entendus sur le libellé de la question et la règle des 50 % plus 1. Même si le gouvernement fédéral annonçait dès aujourd’hui qu’il serait disposé à suivre cet exemple, la tenue d’un référendum n’en serait pas rapprochée pour autant.

 

Le premier ministre Couillard a raison : une idée ne meurt pas, mais la question est plutôt de savoir si elle peut trouver le moyen de sa mise en oeuvre. Il y aura toujours des gens qui souhaiteront que le Québec devienne un pays indépendant, mais le véhicule fait manifestement problème.

Le député de Lac-Saint-Jean, Alexandre Cloutier, qui a donné l’impression de vivre un véritable conte de fées durant son séjour en Écosse, a dit en avoir tiré la conclusion que les souverainistes devaient retrouver la « capacité de s’unir », sans quoi ils n’arriveront à rien.

En mai 2103, les membres des divers clans souverainistes s’étaient déjà réunis en congrès à l’UQAM, dans l’espoir de faire naître cette « convergence » qui permettrait de s’entendre au moins sur l’essentiel et d’éviter de s’entre-déchirer en campagne électorale, mais la rencontre avait surtout permis de mesurer l’étendue de leurs divergences. Les politiques d’austérité du gouvernement Marois et la valse-hésitation du PQ sur la tenue d’un référendum n’ont fait que creuser le fossé.

En fin de semaine, au théâtre de l’Olympia, la « convergence » n’est qu’une des nombreuses questions que les militants souverainistes sont invités à discuter, et les porte-parole des différents partis qui assisteront à l’événement le feront à titre strictement personnel. De toute manière, malgré le désastre du 7 avril, le PQ n’a manifestement pas encore fait le deuil de son hégémonie d’antan.

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31 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 19 septembre 2014 22 h 43

    La stratégie

    La stratégie de la peur fonctionne.
    Pourquoi les tenants du non sont-ils si tristes?

    • André Michaud - Inscrit 20 septembre 2014 13 h 10

      On rêve tous à un pays idéal comme à une femme ou un homme idéal.

      Mais avant de changer de femme ou de pays il faut être sur qu'on ne change pas pour moins bien..et ne tombe pas la pensée magique.

      Les écossais n'ont pas eu de garanties que leur condition serait meilleure après le divorce...et ont donc rejeté le divorce.

    • Gilles Théberge - Abonné 20 septembre 2014 21 h 34

      Il est facile de dire que le changement n'aurait pas été pour le mieux.

      Ça me fait penser à ces historiens Québécois qui ont bâti une thèse sur le fait que d'être devenus sujets Britannique a été une heure issue pour le peuple canadien français. L:argument étant que cela nous aurait sauvé de la Révolution française... Ayoye!

      L'image que l'on se fait de l'avenir dépend toujours du côté de la lorgnette avec laquelle on regarde au loin.

      Et si c'eut été mieux pour les Écossais? On ne le saura pas. Cela dit rien n'autorise à dire voire à affirmer que la défaite du oui est meilleure que la victoire du non.

      Quand on ne prend pas de risque dans sa vie, on reste à moisir sur son derrière.

    • Jean Richard - Abonné 21 septembre 2014 10 h 39

      @M. Michaud – Les fédéralistes aiment bien parler de divorce et comparer l'union politique à une union matrimoniale. Or, à moins de vivre au passé, l'union matrimoniale qu'est le mariage suppose deux partenaires égaux, ayant le même pouvoir de décision.

      L'union entre les provinces et le fédéral n'en est pas une de droits égaux. Le fédéral décide des pouvoirs qu'il accepte de confier aux provinces. Ça ressemble davantage à une relation parents-enfants.

      En réclamant sa souveraineté, un peuple affiche probablement sa maturité. Et quand un peuple voudrait bien la souveraineté mais qu'il a peur de l'avenir, que la voie de la facilité l'emporte sur celle de l'autonomie, n'a-t-on pas là quelque chose qui ressemble au phénomène Tanguy, ces ado-adultes qui ne veulent pas quitter le nid familial car ils y trouvent un confort douillet contre lequel ils sont prêts à renoncer à leur statut d'adulte autonome.

      Le Québec ressemble plus à un Tanguy incapable de faire face à l'avenir qu'à un époux qui veut larguer sa conjointe pour cause de mésentente.

      Le Québec est un Tanguy, un adolescent à l'âge adulte, qui voudrait bien quitter la maison pour aller vivre en appartement, comme un adulte, mais il a peur du lendemain. De quitter la maison à la post-adolescence n'a rien d'un divorce. Le divorce implique des relations horizontales entre deux parties. Entre le fédéral et les provinces, les relations ne sont pas horizontales mais bien verticales.

      Il est possible qu'il y ait aussi des Tanguy écossais – et ceux qui ont lutté pour le non le savaient fort bien : la faiblesse d'un Tanguy, c'est la peur, l'insécurité.

    • Raymond Turgeon - Inscrit 21 septembre 2014 11 h 26

      Vous visez juste messieurs Théberge et Richard; les Écossais ont choisi la dépendance.

  • Marcel Lemieux - Inscrit 20 septembre 2014 07 h 42

    Excellent commentaire M.David. Les Alex Salmond sont rares au P.Q.

    Marcel Lemieux

    • Sylvain Rivest - Abonné 20 septembre 2014 10 h 27

      Les Alex Salmond sont rare tout court!

      Y a pas, actuellement, en Amérique du Nord de politicien inspirant.
      Au mieux, certains, sont inspirants pour les charlatans et vendeurs ambulants de sirop qui guéri tout, même la pauvreté.

    • Pierre Samuel - Abonné 20 septembre 2014 12 h 02

      M. Lemieux:

      Bien d'accord avec vous. Et ce n'est certes pas avec une <berlusconisation > du Québec à la sauce PKP que le P.Q. réussira à convaincre une majorité de citoyens, non obnubilés par la partisanerie, que le Québec deviendra la Terre promise dont ils rêvent depuis des lustres.

      Déjà, une Véronique Hivon, digne représentante de leur aile progressiste-sociale-démocrate passablement amochée, réalise qu'elle n'a absolument aucune chance face à l'oligarque du Québécoristan. Et la course n'a même pas encore officiellement débuté...

      N'ont-ils pas, d'ailleurs, clairement stipulé par leurs exigences financières, à l'instar d'un PLQ tant décrié, que les figurants sont déjà prêts, comme dans tout bon vaudeville, à effectuer < leurs trois p'tits tours et puis s'en vont...> ?

    • Gilles Théberge - Abonné 20 septembre 2014 21 h 43

      e trouve ça grave que l'on puisse ici affirmer sans rire que l'arrivée éventuelle de PKP serait une Berlusconisation dela politique Buébécoise.

      Berslusconi c'est un bouffon monsieur Samuel. Je ne connais pas les détails des décisions de la Cour Italienne mais je vous rappelle qu'il a été reconnu coupable et condamné pour fraude fiscale. Et qu'il a subi un procès pour pédophilie suite à ses orgies sexuelles avec des mineures.

      Qu'est-ce qu'un oligarque monsieur Samuel? En quoi ce vocable peut-il être atrtribué et s'appliquer à PKP?

      Et si je comprends bien, quand on est indépendantiste on est obnubilé par la partisanerie. Par contre, je présume que quand on est fédéraliste, on nage dans la vertu. Comme en 95 au moment du référendum, et dans les années suivantes dans l'application du plan B par exemple...

    • Raymond Turgeon - Inscrit 21 septembre 2014 11 h 34

      Pourtant, monsieur Samuel, souffrions nous actuellement d'une ''berlusconisation'' à la sauce ''Couillard''?
      Pas plus que ce dernier, PKP ne peut être comparé à l'imposture consacrée qui est personnalisée par Berlusconi.

  • André Michaud - Inscrit 20 septembre 2014 09 h 58

    Changer pour mieux ?

    Quand on veut que quelqu'un change de pays ou de femme, ont doit lui prouver que ce sera vraiment pour avoir bien mieux!

    Combien de divorcés pourraient vous en parler ...

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 21 septembre 2014 08 h 25

      Tout juste, M. Michaud...Vous me prenez les mots des lèvres..

    • Raymond Turgeon - Inscrit 21 septembre 2014 12 h 03

      Mais vous n'y êtes pas du tout. Le ''beau risque'' (pas celui de René Lévesque) consiste justement à ne pas inclure le potentiel de bonheur dans une équation qui confine inévitablement l'individu dans le refus d'y accéder.

  • Jean-Pierre Aubry - Abonné 20 septembre 2014 10 h 28

    Une question et un commentaire

    Je me demande quel aurait été le résultat au référendum québécois de 1995 si la question avait été simplement «Voulez-vous que le Québec forme un pays indépendant?» au lieu de « Acceptez-vous que le Québec devienne souverain, après avoir offert formellement au Canada un nouveau partenariat économique et politique, dans le cadre du projet de loi sur l'avenir du Québec et de l'entente signée le 12 juin 1995 ? ». 9 mots versu 39 mots.

    Face à la possibilité de faire un grand changement dans un sytème politique, il y aura toujours une crainte de l'inconnu et plusieurs mentionneront l'argument: un tiens vaut mieux un que deux tu auras. On ne peut nier cette réalité. Ce qu'il faut c'est convaincre une grande proportion des électeurs d'aller au delà de cette crainte.

    Jean-Pierre Aubry

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 20 septembre 2014 14 h 09

      Convaincre avec des vérités...Une présentation honnête des avantages et des risques...

      Toute manoeuvre stratégique qui n'est pas parfaiement ouverte, tranparente et véridique n'aura aucune chance de convaincre et encore moins de surmonter les craintes du changement et du nouveau!

    • Diane Gélinas - Abonnée 20 septembre 2014 16 h 50

      Monsieur Aubry,

      9 mots ou 39 mots, TOUT LE MONDE - sans exception - dans l'isoloir en 1995, savait hors de tout doute, que :

      Un vote pour le OUI, c'était POUR un pays, le Québec; en d'autres mots, POUR la séparation d'avec Canada;

      Un vote pour le NON, c'était POUR un pays, le Canada: en d'autres mots, pour le statut quo, d'un «Trou d'eau à l'autre».

      Jean Chrétien, qu'on ne peut qualifier de politicien complexé ni au verbe complexe, avait clairement expliqué l'enjeu de ce référendum.

      Alors, pour l'argument de la question à 9 ou à 39 mots, on repassera.

    • Gilles Théberge - Abonné 20 septembre 2014 23 h 24

      Ce n'est pas la longueur des mots d'une phrase qui compte. C'est la capacité de ceux qui la lisent de la comprende. Quand le vote c'est tenu en 95, qui ne savait pas ce qu'il faisait?

      Cette histoire de phrase soi-disant trop longue est un faux débat. Quand on veut comprendre on comprend. Quand on ne veut pas comprendre on dit que la phrase est rop longue.

    • Réal Ouellet - Inscrit 21 septembre 2014 10 h 58





      @Sol Wandelmaier

      Vous dites: "convaincre avec des vérités...Une présentation honnête des avantages et des risques...Comme la promesse de Trudeau...un non sera un oui...et tutti quanti!

    • J-F Garneau - Abonné 21 septembre 2014 11 h 00

      Mme Gélinas, quand vous dites 9 "mots ou 39 mots, TOUT LE MONDE - sans exception - dans l'isoloir en 1995, savait hors de tout doute"... je vous répond NON. Le vieil adage dit que les paroles s'envolent et les écrits restent.
      Parizeau, afin de ratisser le plus large possible, nous a demandé non pas de réaliser la souveraineté, mais de négocier une entente entre le Canada et le Québec ... qui incluait une forme de souveraineté qui ne serait pas totale puisque la question parlait de partenariat.
      On était loin de la question suggérée par Parizeau en 1993, qui à l'époque voulait demander aux Québécois "s'ils voulaient faire l'indépendance du Québec"!

      Peu importe qui explique quoi à qui, la question, écrite, n'était pas claire. L'hypocrisie résidait dans le fait que Parizeau aurait essayé de négocier, mais ça aurait été ardu. Les négociations, probablement rompues ou impossibles, Parizeau, à l'intérieur d'un an, aurait eu en poche le mandat de décréter l'indépendance du Québec... alors que là n'était pas la question posée. La cage à homard.

  • Colette Pagé - Inscrite 20 septembre 2014 12 h 00

    La nécessité du regroupement des forces souverainistes !

    Sans regroupement des forces souverainistes il est raisonnable de penser que le Parti libéral aura de belles années devant lui. N'y a-t-il pas plus sourd que celui qui ne veut rien entendre !

    • Raymond Turgeon - Inscrit 21 septembre 2014 12 h 31

      En effet, la convergence des forces souverainistes est désormais indispensable car le PQ tel qu'il est devenu ne peut tenir la route. Les égos doivent cependant céder la place à l'intérêt commun.
      Le PQ n'a pu faire de consensus à cause de sa suffisance. Et qui voudrait retourner au bercail pour y être dévoré? Une refonte qui ''laisse de l'air'' à ON et à QS s'impose.
      Je crois aussi qu'une participation de la CAQ mérite d'être considérée, car la confrontation des idées de la droite et de la gauche peut être bénéfique.