Du calme, on panique

Le 6 septembre, un sondage donnait pour la première fois le Oui en avance sur le Non dans les intentions de vote en Écosse. Les ténors des trois grands partis britanniques, évidemment tous opposés à l’indépendance, ont tout de suite promis que de nouveaux pouvoirs de taxation et de nouveaux champs de compétence seraient « dévolus » à Holyrood, le Parlement local à Édimbourg, selon un échéancier accéléré, si les Écossais décident de continuer à faire partie du Royaume-Uni.

Le chef du camp du Oui et premier ministre d’Écosse, Alex Salmond, a riposté en accusant les unionistes de tenter, dans un geste de panique, d’acheter les consciences avec des promesses de dernière minute.

Jusque-là, le camp du Non, rassuré par des sondages défavorables aux troupes de M. Salmond, n’avait fait campagne que très mollement. Le premier ministre écossais n’a pas tout à fait tort quand il parle de promesses tardives. Ni tout à fait raison. En fait, les conservateurs (au pouvoir), les libéraux-démocrates et les travaillistes s’étaient déjà engagés à mettre en oeuvre plusieurs mesures décentralisatrices, mais pas avant les élections générales prévues en mai 2015. Aujourd’hui, ils parlent de procéder dès le lendemain du référendum si celui-ci donne le résultat qu’ils souhaitent.

Quant à la presse britannique, elle a commencé le 6 septembre à placer l’Écosse en manchette et continue de le faire chaque jour, après s’être contentée de publier de petits articles en pages intérieures. Les grands titres ne brillent pas toujours par leur subtilité, soit dit en passant.

Hors d’Écosse, que ce soit à Londres ou dans les comtés du sud de la Grande-Bretagne, on ne peut pas dire que le débat référendaire dominait les conversations dans les rues, les restaurants et les pubs avant la publication du sondage de la maison YouGov, le 6 septembre. Et on ne peut pas dire que ç’a beaucoup changé ensuite. Les politiciens et quelques vedettes médiatiques déchirent peut-être leur chemise, mais le Britannique moyen, lui, garde la tête froide et conserve son fameux flegme.

 

Aux yeux des unionistes, les indépendantistes écossais ont toujours tort. Ils peuvent être accusés un jour d’être trop émotifs et pas assez conscients de la dure réalité de l’économie, et le lendemain, d’être des égoïstes et des sans-coeur parce qu’ils présentent des arguments chiffrés.

Cela étant dit, depuis une semaine et demie, ce sont manifestement les partisans de l’unité du royaume qui donnent dans le pathos. Ils prédisent la catastrophe si le Oui l’emporte, ne réalisant peut-être pas qu’ils esquintent eux-mêmes la livre sterling et les titres britanniques avec leurs propos alarmistes et leur refus affiché de négocier avec les Écossais si ces derniers ne leur obéissent pas au doigt et à l’oeil.

Alex Salmond et ses troupes ne sont pas les seuls à penser que les Écossais se retrouveront le bec à l’eau s’ils votent Non aujourd’hui. Henry McLeish, un ancien premier ministre travailliste d’Écosse, prédit que les partis britanniques ne tiendront pas leurs promesses après un vote contre l’indépendance. M. McLeish n’est pas un partisan du Oui, mais il aurait souhaité qu’en cas de victoire du Non, une deuxième question soit posée aux Écossais pour qu’on sache quel genre de relations ils souhaitent avoir avec leurs voisins anglais et gallois. Il n’est pas allé jusqu’à affirmer qu’un Oui leur donnerait de meilleures chances d’obtenir des concessions de Westminster, le Parlement de Londres, mais il a clairement dit que les chances seraient minces en cas de victoire du Non.

La campagne du Oui, qui s’est associée à des causes progressistes, a paru beaucoup plus festive que celle du Non, qui n’a rien de bien emballant à proposer. L’Écosse est riche, grâce à son pétrole certes, mais aussi parce que sa population est instruite et que ses universités comptent parmi les plus prestigieuses du monde. Pourtant, de nombreux Écossais hésitent à mettre fin à une union qui a duré plusieurs siècles, qui n’a pas été trop malheureuse et qui a même permis à certains d’entre eux de s’enrichir prodigieusement dans l’aventure coloniale.

Les temps ont changé. Qu’ils soient d’Écosse ou d’ailleurs, les Britanniques ne rêvent ni d’empire ni de domination planétaire. Ils s’intéressent à la qualité de la vie, à l’environnement et à l’agriculture bio, comme Charles, le prochain roi…

2 commentaires
  • Pierre Bernier - Abonné 18 septembre 2014 08 h 58

    Ah oui !

    "... prédit que les partis britanniques ne tiendront pas leurs promesses" ?

    • Jean-Pierre Papineau - Inscrit 18 septembre 2014 17 h 12

      Belle analyse. Encore faut-il que le Kingdom soit d'accord avec les résultats de cette nuit. Je ne serais pas surpris que dès demain, il y ait contestation des résultats et que le Royaume indique une panoplie de réactions à l'encontre des Écossais qui relèvent jusqu'à aujourd'hui le pnb de l'Empire.