Le ménage

J'avance lentement, exigeant encore un peu de mollesse de ces vacances arrachées au rythme mongol des jours ordinaires.

 

Tout recommence après deux semaines de géniale apesanteur. Je retourne mon sac à dos avant de l’envoyer à la laveuse, et revoilà la gravité ! En tombent le maillot délavé de ma fille, des papiers chiffonnés, une banane noircie, de la monnaie et beaucoup de sable. Mon bureau est dans un état plus lamentable encore. Constellation de tasses tachées, piles de papiers, d’enveloppes même pas ouvertes, de cartes de fidélité pour le café que je m’obstine à collectionner. Même chose pour ma boîte de courriels, bondée, sans parler de toutes ces notes inutilisées qui noircissent des pages et des pages… Il s’agira donc d’une chronique de ménage, avant la véritable reprise des hostilités.


 

Justement, dans mes notes, j’avais écrit en gros : BOVET. C’est qu’à mes débuts comme chroniqueur, à Voir, vers 2002, le journaliste Sébastien Bovet animait Le téléjournal de 18 h à Québec, et j’avais été bien méchant en condamnant sa performance.

 

Je crois toujours qu’il n’y était pas à sa place. Il l’a cependant trouvée depuis qu’il couvre la politique québécoise. Au dernier débat des chefs, il a magnifiquement embarrassé chaque candidat à tour de rôle. Il rentrait dans le tas. C’était beau à voir. Puis, le voilà qui impose une entrevue aussi serrée au consul israélien il y a quelques semaines, ce qui lui vaut deux plaintes à l’ombudsman de Radio-Canada, qui les a heureusement récusées.

 

Heureusement, parce que Bovet n’a fait que son travail en refusant de laisser la cassette du marketing de guerre se débobiner en ondes. Devant l’ampleur que prenait le conflit, et la disproportion des forces, c’était la chose à faire : contraindre celui qui est entré chez le voisin à s’expliquer. Ce que le consul a eu amplement le loisir de faire, d’ailleurs. Tout ça pour dire qu’il faudrait plus de Sébastien Bovet. De ceux qui brassent un peu leurs invités. Pas pour l’épate, mais parce que, visiblement, le public commence à confondre objectivité journalistique et posture de potiche.

 

Maintenant, si vous croyez que Bovet aurait agi différemment avec un représentant du Hamas, c’est que la mauvaise foi n’est pas où vous la voyez.


 

Dans mes courriels qui niaisent depuis un moment, celui de Martin Pelletier de Cours ta réussite. J’en avais parlé avant Noël : c’est un programme de raccrocheurs où des jeunes s’entraînent en même temps qu’ils terminent le cours secondaire qu’ils avaient abandonné.

 

Martin voulait me donner des nouvelles. Toutes bonnes. C’était le Marathon des Deux Rives en fin de semaine dernière, auquel plusieurs jeunes et accompagnateurs participaient. Le programme revient l’an prochain, pour une quatrième année. Le financement est toujours périlleux, mais il manque aussi de bénévoles, de mentors pour venir courir. Prenez donc ceci comme une invitation à donner autre chose que votre argent pour aider. Tous les détails sont là : courstareussite.com

 


  À propos de la fermeture de librairies à Québec, évoquée dans une récente chronique : quelques bonnes nouvelles aussi. Celle de l’avenue Cartier a été reprise par ses employés. C’est également le cas de Pantoute, qui n’était pas menacée de fermeture, mais dont les deux succursales appartiennent désormais à un groupe de libraires qui y travaillent. Quant à la Librairie du Nouveau Monde, elle sera remplacée par un antiquaire. Ceux qui savent goûter l’ironie trouveront là un bonbon doux-amer à sucer lentement.

 

Encore la banlieue, même si je vous y ai déjà fait passer plus d’un mois. D’abord cette statistique, notée, puis oubliée en cours de route : aux États-Unis, la population croît presque au même rythme en ville et en banlieue. Mais il semble que les urbains souhaitent de moins en moins quitter la cité. Principale raison évoquée : le transport de plus en plus long, et coûteux. Ça s’en vient ici aussi.

 

Enfin, en complément au très beau et drôle Tu dors Nicole de Stéphane Lafleur, je n’ai pas détesté le Palo Alto de Gia Coppola. Sans doute le portrait le plus juste de l’adolescence en banlieue, des fêtes d’amis qui dégénèrent, du sexe, des clopes, de la dope, de tout ce qui viendra engloutir pour un moment l’ennui que ce décor magnifie.


 

Ma fille m’appelle :

 

— Papa, ça fait plus que 24 heures.

 

— Que quoi ?

 

— Que je t’ai nominé pour le Ice Bucket Challenge.

 

— Ah. Ben désolé, je le ferai pas.

 

— Pourquoi ?

 

C’est dur à comprendre, je sais que t’as pas encore dix ans. Mais si, désormais, la maladie des téléthons et des cocktails de financement s’est répandue et que la charité est devenue le spectacle de tous pour tous, je débarque.

 

— De quoi ?

 

— Du monde, bébé. C’est tout cassé.

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