À cheval sur l’étiquette?

Photo: Fred Dufour Agence France-Presse

La prochaine livraison du Courrier vinicole s’ouvre sur le thème de « L’Odyssée ». Vous pouvez d’ailleurs faire votre sélection à compter d’aujourd’hui, à 14 h pile (commande.saq.com). Une occasion pour le buveur d’étiquettes ou le scaphandrier du pinard dont les gros sabots ne s’embarrassent d’aucune étiquette, de s’en mettre plein les mirettes.

 

Tout près de 100 produits (96 exactement) de tous horizons calés dans une fourchette allant de 31 $ à 1129 $, pour une moyenne de prix s’établissant à 133,15 $. Une plongée sous-narines qui a tenu votre chroniqueur en haleine lors d’une dégustation organisée par la SAQ et couvrant le tiers de produits offerts.

 

Le voyage

 

De belles étiquettes, oui, graphiquement, rares sans doute, mais aussi prestigieuses, ne serait-ce que pour la qualité des contenus. Surtout au chapitre des vins blancs, du moins ceux qu’il m’a été permis de goûter.

 

Le thème ? Le voyage, bien sûr, là où nous entraînent grandes et petites maisons artisanes en proposant ces perles souvent réservées à une poignée d’élus tant elles sont confidentielles.

 

Les Grange de Penfold’s (trois millésimes) sont de la partie, bien sûr, mais aussi de brillants allemands (Emrich-Schönleber) et autrichiens (Pichler), sans oublier ces Tissot (La Tour de Curon, « Le Clos »), Foillard (Morgon Côte du Py), Boulay (« La Côte » en Sancerre), ou encore, plus rarissimes, ces irréductibles Nady et Charly Foucault, dont les saumur-champigny sont si soyeux et satinés qu’en comparaison le p’tit Jésus lui-même en est réduit à troquer ses culottes de velours pour le slip de bure. Aïe !

 

Certains trouveront sans doute la note salée. Je parle du véritable amateur, à cheval sur l’étiquette, et non de ce buveur d’étiquettes pour qui le vin (ou la femme, désolé mesdames) n’est qu’un autre trophée de chasse à son actif.

 

Trois exemples au hasard permettent de constater que la SAQ est très concurrentielle sur ce plan : « Les Poyeux » des frères Foucault, vendu 94 $ (SAQ) contre 120 euros (165 $ hors taxes) en Europe ; Tempier « Cabassou » à 99 $ (SAQ) contre 109,61  $US hors taxes ; et Schubert Pinot Noir Block B à 48 $ (SAQ) contre 53 $ hors taxes en Nouvelle-Zélande.

 

Le monopole

 

Le monopole l’est aussi, mais dans la moyenne mondiale, cette fois, pour le Clos Ste-Hune à 205 $ (SAQ) contre 198 $ hors taxes, ou L’inédit du Domaine Weinbach à 83 $ (SAQ) contre 89 $ hors taxes. Pour ma part, débourser 45 $ (12320 520 – n°74) pour le brillant Clos du Papillon 2009 du Domaine des Baumard est non seulement une catapulte pour l’intelligence mais une bouffée de bonheur qui vous met presque l’alarme à l’oeil tant c’est… beau. Un chenin de haute gastronomie, éclatant, puissant, racé (10 +)★★★★ ©.

 

Voici quelques autres candidats racontés avec une émotion à peine contenue. À noter que le n° correspond à celui du bulletin de commande.

 

Les rouges

 

La Marginale 2011, Roches Neuves, France (49 $ –123472 55 – n°79) : pas très large ni puissant mais d’une pureté d’expression qui touche. Élégant. (5 +)★★★1/2

 

Pinot Noir Block B 2011, Schubert, Nouvelle-Zélande (48 $ – 12297454 – n°31) : détaillé en profondeur, avec une texture serrée, puissante, saline, longue. (5 +)★★★1/2

 

Bela Rex 2011, Gesellmann, Autriche (68 $ – 12298414 – n°42) : étonnant ! C’est ici riche, vivace, sophistiqué, puissant mais fin, d’une longueur admirable. Le renouveau autrichien ? (10 +)★★★★ ©

 

Grande Cuvée 2011, Mas Laval, France (36 $ – 12320327 – n°70) : tout est ici à sa place. C’est capiteux, riche, parfumé, bref, complet. (5 +)★★★1/2 ©

 

Domaine de Trévallon 2010, France (69 $ – 12292901 – n°64) : la griffe est manifeste et inspirée. Fusion parfaite entre le vigneron, ses cépages et son terroir. Du grand Trévallon, de grande expression, qui porte l’émotion à bout de bras. (10 +)★★★★ ©

 

Syrah 2011, Lammerschoek, Afrique du Sud (37 $ – 12305 389 – n°20) : on tourne autour de cette syrah comme un fauve autour d’une gazelle, tant on veut s’en repaître en totalité. À ce prix, étonnante virtuosité fruitée, grande fraîcheur et ce goût profond de tapenade… Top ! (10 +)★★★★ ©

 

Alfa Centauri 2010, Chili (52 $ – 12307325 – n°7) : le fruité est touffu comme une jungle amazonienne. Demeure harmonieux et détaillé malgré la puissance assumée. Du sérieux ! (10 +)★★★1/2 ©

 

Evangelo 2010, Gerovassiliou, Grèce (64 $ – 12344281 – n°45) : les proportions sont justes, le style moderne, un rien sophistiqué. Cohésion, vigueur, élégance. (10 +)★★★1/2 ©

 

Alpha One 2008, Grèce (79 $ – 12340070 – n°46) : la pointe de surmaturité n’altère en rien l’équilibre de fraîcheur. C’est charnu, souple, bien serré. (5 +)★★★1/2 ©

 

Mvemve Raats de Compostella 2012, Afrique du Sud (75 $ – 12321418 – n°22) : quel vin ! Je dirais unique et déstabilisant. Une ouverture d’esprit s’avère nécessaire. C’est ambitieux, austère aussi, étoffé, racé, très long. Plus de ★★★★ ici ! ©

 

Sena 2010, Chili (118 $ – 12301839 – n°10) : une cuvée travaillée jusque dans ses moindres détails. Tanins somptueux, galbe fruité, intensité. Sophistiqué à souhait ! (10 +)★★★★ ©

 

Les blancs

 

BG 2013, Clos Canarelli, France (46 $ – 12339079 – n°65) : le Vatican a peut-être aboli les limbes mais Canarelli vous les embouteille en mode félicité ! Tout est ici luxe, calme, raffinement, tendresse et volupté. Un ange passe. (5 +)★★★★ ©

 

Les Monts Damnés 2012, François Cotat, France (49 $ – 12270665 – n°76) : attention, ceci n’est pas du sauvignon, c’est du Cotat. C’est une manière, une mise en lumière, une friction de roche consumant une chaleur froide. C’est précis, discret, très fin, vertical, agile et racé. (10 +)★★★★ ©

 

Reserve White 2012, Reyneke, Afrique du Sud (45 $ – 12320175 – n°18) : glorieux sauvignon, à l’opposé de celui de François Cotat, pulsant avec précision, vivacité, salinité et longueur au-delà de l’élevage sophistiqué. (10 +) ★★★★ ©

 

Assyrtiko French Oak Fermented 2011, Argyros, Grèce (31 $ – 12338800 – n°43) : la version non boisée est magique, celle-ci magnifie l’expression hautement minérale du terroir. Finale longue et consistante. (5 +)★★★1/2 ©

 

Loibner Steinertal Grüner Veltliner Smaragd 2012, F.X. Pichler, Autriche (63 $ – 12352601 – n°39) : ça démarre en lion, poursuit sa course en guépard et termine en ocelot. Étonnante densité fruitée, vivacité saline ensuite, finale agile, aérienne. Cher, mais top ! (5)★★★★

 

Riesling Clos Ste-Hune 2007, Trimbach, France (205 $ – 12293621 – n°50) : on a beau dire, majestueux tout de même. Mélange de tension et de textures, de profondeur et de puissance avec, pour clore le tout, cette finale serrée ascendante digne de la race d’un cru. (10 +)★★★★1/2 ©

 

Hunting Hill Chardonnay 2011, Kumeu River, Nouvelle-Zélande (45 $ – 12298422 – n°30) : un chablis croisé avec un pouilly-fuissé sous le ciel de Nouvelle-Zélande. Un blanc de haute voltige, contracté, tendu, très fin. Magistral d’exécution. (10 +)★★★★ ©

 

Côte du Jura 2008, Macle, France (35 $ – 12281823 – n°51) : vous n’avez aucune raison, aucune, dis-je, d’éviter ce blanc singulier, à la fois opulent et austère, d’une flamboyante palette organoleptique. Un grand « moelleux » par sa texture, discipliné sous la noble amertume, éternel de longueur. Coq au vin jaune ? (10 +)★★★★ ©

 

Château Chalon 2007, Tissot, France (95 $ – 12291554 – n°53) : puissance, race et noblesse pour un grand blanc sec qui joue des contrastes avec une malignité digne de Lucifer.

 

Mais aussi avec la probité de l’archange. Vertigineux de profondeur, de complexité (morilles, noisettes), d’une longueur d’anthologie, voire d’éternité (10 +)★★★★1/2 ©

 

Monzinger Halenberg Riesling Trocken 2012, Emrich-Schönleber, Allemagne (54 $ – 12283511 – n°36) : luminosité et précision de scalpel aiguisées sous les schistes locaux mais surtout par une maîtrise de vinification aboutie. Contrastes sucres/acidité simplement magiques.(10 +)★★★★ ©

 

Les eaux-de-vie

 

Talisker Storm, Single Malt Scotch Whisky, Écosse (99 $ – 12361057 – n°93) : une entrée en matière pour les « moines » abonnés aux Laphroaig et autres Ardbeg, mais plus qu’une initiation pour les autres. Plénitude, malgré ce « resserrement » iodé/salé/ fumé qui cerne une bouche puissante, aussi vigoureuse que moelleuse.

 

Parfaitement harmonieux, avec beaucoup de gueule, de classe aussi. ★★★★

 

Ardbeg, Corryvreckan, Islay Single Malt Scotch Whisky, Écosse (162 $ – 12362797 – n°120) : palais sensibles, s’abstenir ! L’impression de boire une soupe de varech assis sur des charbons ardents dans un fumoir de tourbe.

 

Le trait d’eau glacée qui calmera la bête ouvre une palette aussi intense que complexe, à la fois épicée, balsamique et empyreumatique pour ne jamais la refermer, tant l’énergie interne aveugle et fascine. Immense !★★★★1/2