Noir design à la Montréal

Une des créations de la collection d’UNTLD.
Photo: Allen McEachern Une des créations de la collection d’UNTLD.

Le passage de l’illustratrice et blogueuse française installée à New York depuis quelques années, Garance Doré, à titre de commissaire du festival Mode et Design (FMD) qui s’est terminé samedi dernier sur la place des Festivals, a été ressenti comme une bouffée d’air frais. Charismatique, généreuse et d’une simplicité toute naturelle, elle a su conquérir tous les who’s who de la mode montréalaise.

 

Celle qui aujourd’hui influence la planète mode entière avec sa french touch et qui sera dorénavant juré au sein de l’incontournable émission de télé-réalité américaine Project Runway, diffusée sur la chaîne Lifetime, avait accepté de jouer ce rôle exigeant en sélectionnant ses coups de coeur parmi l’ensemble des designers québécois. Inspiré par sa culture française, son expérience new-yorkaise et ses influences internationales, son oeil avisé s’est posé sur six designers émergents, aux talents indéniables mais diamétralement opposés.

 

Un très beau cocktail qui nous proposait certaines découvertes intéressantes mais qui excluait nos stars locales. Lors de notre rencontre, madame la commissaire, qui en était à sa première visite à Montréal, m’a avoué qu’elle connaît très peu la mode québécoise, de même que ses principaux acteurs. C’est donc sans aucun préjugé ni intérêt biaisé qu’elle s’est engagée dans une recherche rigoureuse afin de confirmer sa sélection parmi la centaine de noms et de dossiers qui lui ont été soumis.

 

Ce qu’elle m’a dit, toutefois, et qui me fait réfléchir depuis, c’est que plusieurs personnes de son entourage et d’horizons différents lui avaient mentionné, avant son arrivée, à quel point les Montréalais s’habillent de noir. C’est en consultant les portfolios, les sites et les documents reçus que Garance Doré a pris conscience de cette caractéristique qui semble positionner la métropole et ses créateurs.

 

Pourquoi tout ce noir?

 

Parfois, un oeil d’ailleurs vient en quelques secondes confirmer une vague impression latente. Cette prise de conscience mérite sans doute qu’on s’y attarde. Force est de constater que les designers de Montréal semblent se vautrer de plus en plus dans les méandres du noir, ce qui suscite une réflexion pour la suite des choses.

 

Les designers qui ont connu leurs premières heures de gloire au cours des années 1990 semblent avoir été à l’origine de ce mouvement qui allait devenir irréversible, rejetant les délires et les excès reliés au look tapageur des années 1980. Ces disciples du minimalisme et d’un certain conformisme s’inscrivaient alors en toile de fond du look et de l’allure des nineties, ces années sages qui allaient adopter la philosophie du less is more, du retour à l’essentiel, aux basiques, à l’absence de couleurs et à une certaine forme d’anti-fashion, avec comme gourou Martin Margiela.

 

Fascination pour la non-couleur

 

Cette fascination pour la non-couleur chez les créateurs montréalais n’aura fait que s’accentuer au cours de la dernière décennie, mais n’a-t-elle pas envers et contre tous imposé aujourd’hui sa loi et ses diktats auprès d’une certaine intelligentsia qui revendique dorénavant les règles du bon goût et de l’ultime élégance ?

 

À titre d’exemple, Rad Hourani a su, au cours des dernières années, séduire le monde en noir intégral avec comme seule concession le blanc, parfois. On retrouve la même passion pour la carence de couleurs chez Ying Gao, notre grande artiste de mode conceptuelle qui expose dans les plus grands musées internationaux. Idem pour UNTLD, les deux créateurs qui furent de la finale du défilé d’ouverture du FMD au Musée d’art contemporain et qui ont décliné pour l’occasion leur fascination pour le noir sur tous les fronts, avec en touches le blanc et le gris.

 

La petite robe noire lancée par Chanel dans les années 1920, alors que le noir représentait en ce temps-là un vêtement lié au deuil uniquement, peut-elle être considérée comme révolutionnaire ? Pourquoi la petite robe noire si misérabiliste portée par Edith Piaf prend-elle des allures aussi sensuelles chez Juliette Gréco, et si dramatiques chez Barbara ?

 

L’animatrice Christiane Charette, aficionado du noir depuis toujours, pourrait peut-être nous expliquer sa loyauté indéfectible au noir, dans lequel elle semble ressentir une valeur refuge.

 

Pour certains, le noir est une couleur triste et lugubre, alors que pour d’autres, elle est l’expression même de la classe et de la sophistication.

 

Qui a tort, qui a raison?

 

S’agit-il d’un cycle appelé à disparaître, à se redéfinir ou à s’inscrire de façon inéluctable dans l’air du temps ? Le paysage modesque d’ici et d’ailleurs, avec ses fantasmes et ses falbalas, ne se nourrit-il pas un peu trop de la nature sublime et intrinsèque du noir, ainsi que de son aura teintée de symbolisme et de mystère? Voilà, le débat est lancé.

Carnet de styles

Nathalie Rykiel, propos sur l’élégance

Nous retiendrons du passage à Montréal de la présidente d’honneur du festival Mode et Design 2014, Nathalie Rykiel, une formidable classe de maître au cours de laquelle la créatrice nous a entraînés au coeur de l’histoire et de l’évolution de la célèbre maison parisienne fondée par sa mère Sonia. Elle nous aura laissé également deux livres écrits de sa main et qui témoignent de son regard unique porté sur la vie, le style et la mode de l’autre côté du miroir.

Le premier est un roman autobiographique où elle se dévoile sans tabou, en toute liberté. Le second est un bel ouvrage pour lequel elle s’est entourée d’invités, soit 15 personnalités de tous les horizons venues partager leur vision de l’élégance. Le résultat est alluré, audacieux, singulier, jamais banal, bref totalement séduisant.

Tu seras une femme, ma fille (Le livre de poche) ; L’élégance (Autrement).

À la découverte du design d’ici

La première édition du circuit Index-Design Montréal convie tous les designers, architectes et mordus de style à une journée de célébration du design d’ici. Le vendredi 19 septembre prochain marquera un tournant dans la démocratisation de la créativité si typique de Montréal. Cette journée découverte proposera une foule d’activités allant d’une panoplie de conférences données par des professionnels du milieu à des visites d’ateliers et de studios aux quatre coins de la ville.

Chaque visiteur sera libre de créer le circuit qui lui plaît selon ses champs d’intérêt particuliers. Des navettes circuleront en continu dans les différentes zones branchées de la métropole de 10 h à 21 h. On doit s’inscrire sans frais, mais obligatoirement, sur circuit-index-design.ca, où l’on trouve toute la programmation. Un must pour tous ceux qui veulent vivre au rythme du design.

Le film Yves Saint Laurent manque d’étoffe

Le dernier long-métrage de Jalil Lespert, qui raconte les 20 années les plus intenses de la prodigieuse carrière du couturier Yves Saint-Laurent et de l’homme de sa vie, Pierre Berger, a d’indéniables qualités. Mais les interprétations magistrales de Pierre Niney, Guillaume Gallienne et Charlotte Le Bon, de même que la très belle reconstitution d’époque, ne parviennent pas à masquer le vide et la superficialité qui flottent sur l’ensemble de ce film au goût d’inachevé.

Avec des personnages secondaires à peine esquissés, jamais approfondis, notamment de sa mère qu’il adorait à Loulou de la Falaise qu’il vénérait, le réalisateur ne semble s’attarder que sur les névroses, les travers et les obsessions sexuelles d’un être fragile et déchirant, certes, mais qui fut avant tout un grand artiste inspirant et visionnaire qui a révolutionné la mode et son époque.

Jouant délibérément la carte des clichés trop faciles et du sensationnalisme malsain et racoleur, le film de Lespert s’est laissé porter par la tendance people qui carbure surtout au voyeurisme. Monsieur Saint Laurent méritait mieux.


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