Gilles Jourdenais, le fromager d’Atwater

«Évidemment, dit Gilles Jourdenais, je souhaite que ma fille [Catherine] reprenne un jour le commerce familial, mais je ne lui en voudrais pas si elle optait pour un autre choix professionnel.»
Photo: Philippe Mollé «Évidemment, dit Gilles Jourdenais, je souhaite que ma fille [Catherine] reprenne un jour le commerce familial, mais je ne lui en voudrais pas si elle optait pour un autre choix professionnel.»

En 1972, Gilles Jourdenais, enfant, accompagnait déjà son père au marché Atwater, qui comportait alors un comptoir de vente de miel, d’oeufs de la ferme, de tabac en feuilles et de confitures maison.

 

Bien loin d’être alors ce qu’il est devenu aujourd’hui, le marché tomba au plus bas en 1976, ce qui permit à la famille Jourdenais d’acheter la fruiterie du voisin. Puis le commerce évolua jusqu’à devenir la réputée Fromagerie Atwater actuelle.

 

Dans les années 1980, l’arrivée massive d’immigrants redonne vie au marché et Gilles Jourdenais assure la relève dans l’entreprise familiale.

 

Alors que la fromagerie proposait à l’époque 25 fromages et une trentaine de charcuteries, et comptait seulement six employés à temps plein, elle offre aujourd’hui, avec les deux autres commerces qui font partie du groupe, quelque 850 fromages différents et compte 60 employés.

 

Les commerces sont ouverts sept jours sur sept.

 

Si la consommation québécoise de fromage a largement augmenté, précise l’artisan, il reste que la population du Québec ne dépasse pas sept millions. Même si le fromage en tranches et le fromage à tartiner demeurent populaires pour certains, selon lui le consommateur aguerri a des goûts raffinés. Les voyages et la découverte de nouveaux produits et de nouvelles saveurs y ont largement contribué.

 

Après ses boutiques de Lachine et du marché Atwater, Gilles Jourdenais en a récemment ouvert une au magnifique marché Saint-Jacques de Montréal, un bâtiment historique trop peu visité dans le quartier Ville-Marie.

 

Il y propose, malgré un achalandage pour le moment discret, un grand choix de fromages du Québec, comme dans ses autres commerces.

 

Selon lui, il n’y a aucune inquiétude à avoir quant à l’ouverture de nos frontières aux fromages européens.

 

Dans bien des cas, il est impossible de consommer davantage, dit-il, et de toute façon, un grand nombre de producteurs d’ici ne peuvent déjà pas fournir toutes les boutiques. Et puis, il reste tout le Canada et les États-Unis, alors il n’y a pas de crainte à avoir.

 

De plus, ce sont les grandes multinationales comme Saputo et Agropur, implantées au Québec comme ailleurs, qui dirigent le marché du fromage. La Vache qui rit, par exemple, est fabriquée ici avec du lait d’ici. C’est l’ouverture des marchés depuis la mondialisation.

 

Une histoire de famille

 

Si Gilles Jourdenais considère qu’il doit tout à son père, sa fille Catherine le juge trop modeste, car il ne dit pas à quel point il a travaillé durant de nombreuses années pour valoriser le fromage artisanal au Québec.

 

Bien sûr, comme bien d’autres artisans fromagers, il se rappellera longtemps l’épisode de la listériose et la destruction, dans ses boutiques, de dizaines de kilos de fromages sans pouvoir dire un mot. Mais la page a été tournée.

 

Gilles Jourdenais éprouve une grande reconnaissance envers ses employés, notamment son bras droit, Vincent, tout aussi passionné que lui, qui gère la boutique.

 

« Évidemment, dit-il, comme tous les pères, je souhaite que ma fille de 22 ans reprenne un jour le commerce familial, mais je ne lui en voudrais pas si elle optait pour un autre choix professionnel. »

 

À 48 ans, Gilles Jourdenais jouit du plus grand respect des gens de son métier et des fromagers producteurs.

 

Même s’il manque, au Québec, de pâtes molles et de croûtes fleuries, pour lui, c’est le choix des consommateurs qui compte. « Mais il y a trop de fromages québécois qui se ressemblent. »

 

Le fromage oka est toujours populaire auprès de la clientèle et un Roquefort Carles n’aura jamais d’équivalent.

 

« Cela ne m’empêche pas de valoriser le fameux Bleu d’Élizabeth, un des meilleurs bleus au Québec. Chez nous, l’objectif consiste à bien comprendre le client, à l’aider à faire des découvertes et à vivre des plaisirs gastronomiques. »

 

La Fromagerie Atwater, comme Hamel, Hachim et tous les autres fromagers québécois, fait en sorte que le Québec se démarque par rapport aux autres provinces. Les artisans comme Gilles Jourdenais sont de vrais pèlerins du goût.

 

Fromagerie Atwater, 134, rue Atwater (marché Atwater), Montréal,  514 932-4653.

Dans la bibliothèque

Dictionnaire de la gourmandise
Annie Perrier-Robert
Éditions Robert Laffont
France, 2012, 1279 pages

Dans cet ouvrage titanesque, on découvre toute l’histoire du sucré depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours. Du rituel de la dragée aux cérémonies festives comme Noël, en passant par les termes qu’utilisent les confiseurs et pâtissiers, tout est présent dans cette véritable bible qui sent la guimauve et le caramel au lait.

Découverte: vins de plaisir

Deux découvertes pour poursuivre l’été, à la veille des vendanges au Québec… Le Domaine des Marrans, Chiroubles 2011: voici un vin parfait et tout en harmonie pour accompagner les viandes grillées, saucisses et charcuteries. Bel équilibre. À prendre légèrement rafraîchi.

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