Le temps de payer sa dette à la société

Après des années d’attente, le bras vengeur de la justice américaine plonge finalement la main dans les poches des banques responsables de la crise financière. S’arrêtera-t-il là ? Osera-t-il aussi mettre la main au collet de ceux qui dirigeaient ces banques ?

L’effondrement des marchés financiers, il y a six ans, et le bal des plans d’aide des gouvernements pour sauver l’économie mondiale du naufrage complet nous ont accoutumés aux chiffres astronomiques. La valse des milliards a repris, depuis quelque temps, mais cette fois sous forme d’amendes imposées aux banques qui ont été mêlées au fiasco financier.

 

Un nouveau record en la matière a été établi cette semaine alors que Bank of America s’est vu infliger, par les autorités américaines, le paiement de 16,6 milliards en amende et remboursement de dommages pour son rôle dans la création et la vente des crédits immobiliers toxiques (subprimes) à l’origine de la crise financière mondiale.

 

Le fruit d’une entente hors cour entre la banque et les autorités américaines, la sanction a été présentée par le secrétaire américain à la Justice, Eric Holder, comme « le plus gros accord civil de l’histoire avec une entreprise individuelle » ainsi qu’une « étape historique dans nos efforts visant à protéger le peuple américain de la fraude financière ».

 

Constituée d’une amende de 9,6 milliards et de 7 milliards en aides et en allégements divers destinés aux ménages frappés par la crise des subprimes, la peine vient surtout sanctionner des gestes posés par d’autres institutions financières (Countrywide Financial et Merrill Lynch) que Bank of America (encouragée alors par les gouvernements) a eu la mauvaise idée d’acheter lorsque les choses ont commencé à mal tourner pour elles à Wall Street.

 

Le record de l’amende individuelle la plus salée appartenait, depuis novembre, à JPMorgan Chase avec 13 milliards, alors que le mois dernier, Citigroup avait accepté de verser 7 milliards. Tous ces montants viennent s’ajouter à d’autres amendes déjà infligées pour d’autres gestes répréhensibles commis durant la crise, comme la vente d’actifs pourris à des agences gouvernementales et la reprise d’hypothèques abusive. Le total des amendes liées à la crise des subprimes en serait aujourd’hui à environ 125 milliards, dont 70 milliards seulement pour Bank of America.

 

La grande majorité de ces affaires se sont réglées au cours des deux dernières années. D’autres annonces sont attendues sur Wells Fargo, Goldman Sachs, Crédit Suisse et Royal Bank of Scotland.

 

Pression publique

 

Signe du soulagement des investisseurs de voir enfin toute cette histoire derrière eux, l’action de Bank of America a augmenté de 4 % après l’annonce de son amende record, bien qu’elle représente une fois et demie ses profits de l’an dernier.

 

Il n’a pas échappé aux observateurs qu’au moins une partie de cette amende sera déductible d’impôt ou avait déjà été passée aux pertes de l’entreprise. On a aussi remarqué que les autorités américaines ont attendu que la santé des banques se soit rétablie et que l’opinion publique exprime sa frustration devant le peu de mordant des premières amendes pour en relever considérablement le niveau. Tout le monde a senti la volonté du gouvernement de pousser les sanctions aussi loin que possible sans toutefois compromettre la stabilité du marché financier.

 

D’aucuns ont regretté que ces affaires fassent l’objet d’ententes négociées et que ces délinquants de la finance n’aient pas été soumis à des procès en bonne et due forme afin que toute la lumière soit faite sur leurs agissements. On admet que cette façon de procéder est sans doute la plus simple et la plus rapide, mais ce n’est pas la seule.

 

On a remarqué, entre autres, qu’aucune institution financière américaine n’a été forcée de reconnaître explicitement avoir violé la loi. Les deux seules banques qui se sont vu infliger cette humiliation publique aux États-Unis ces derniers mois ont été deux banques étrangères, soit le Crédit Suisse, pour avoir aidé des clients à frauder le fisc américain, et BNP Paribas, pour avoir violé des embargos américains contre le Soudan, Cuba et l’Iran. Les deux institutions fautives se sont respectivement vu imposer une amende de 2,5 milliards et de 9 milliards. Mais peut-être plus douloureux encore, la première banque de France s’est vu interdire, pour un an, le droit de négocier en dollars américains des transactions de pétrole et de gaz.

 

À quand un banquier menotté?

 

On attend encore de voir un banquier devoir répondre de ses actes devant un tribunal. Les autorités américaines ont répété, cette semaine, qu’elles se réservaient toujours le droit de poursuivre personnellement au civil et au criminel l’un de ces petits génies de la finance à l’origine de la crise de 2008.

 

Là encore, la pression populaire fera peut-être la différence. Les Américains ont, par exemple, très mal pris de voir le conseil d’administration de JPMorgan Chase gratifier son p.-d.g., Jamie Dimon, d’une augmentation de sa rémunération de 74 % pour avoir habilement négocié les sanctions qu’encourait la banque dans diverses affaires, dont celle des subprimes.

2 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 23 août 2014 08 h 52

    Enrichissons notre vocabulaire

    Arrogance:
    Fierté qui se manifeste par une attitude insolente.

  • Jean-Pierre Audet - Abonné 24 août 2014 21 h 16

    Enfin

    Il était temps !