À l’école des cépages: le pinot noir… hors Bourgogne

Le « témoin » bourguignon et ses camarades pinots noirs.
Photo: Jean Aubry Le « témoin » bourguignon et ses camarades pinots noirs.

Ce gros dictionnaire que je persiste à feuilleter parce que mes doigts parcourent encore plus de kilomètres sur papier fin que mes pouces sur clavier glacé, eh bien, ce dodu dictionnaire dit du verbe« relativiser » : « Faire perdre son caractère absolu à quelque chose en le mettant en rapport avec quelque chose d’analogue, de comparable ou, avec un ensemble, un contexte. »

 

Depuis quelques mois, alors que se terminent les dégustations du Guide Aubry 2015, j’ai l’impression que le verbe en question me colle aux fesses comme le liège à son goulot. Cela, même si certains vins m’ont littéralement placé dans cet état de relativité qui aurait fait friser Einstein lui-même !

 

Tout ça pour vous dire quoi ? Que l’exercice de la dégustation est et demeurera toujours somme toute relatif. Qu’on le veuille ou non, impossible de ne pas évaluer par rapport à un « témoin », cette espèce d’étalon de mesure qui, sournoisement, oriente déjà un point de vue, une finalité.

 

Ajoutez à cela qu’il n’y a pas de vérité absolue en matière de dégustation et c’est à se demander ce que je fais dans ce métier ! Personne n’est parfait.

 

Je vous ai déjà fait ici le coup du pinot noir (ledevoir.com/art-de-vivre/vin/356979/a-l-ecole-des-cepages-8-le-pinot-noir). L’exercice d’aujourd’hui consiste à briser ce rapport à la mère patrie qu’est la Bourgogne en lui offrant la tribune qui est la sienne, dans son contexte à lui.

 

Encore une fois, tâche périlleuse pour un fan fini de la Côte-d’Or élargie ! Calibrons-nous tout de même avec ce Bourgogne 2012 du Domaine Michel Juillot(21,75 $ – 107922 67) avant d’avaler les 15 autres, histoire de se mettre en bouche. Tous les vins ont été dégustés à 15 °C précis. Millésime de délicatesse que ce bourgogne 2012, avec ce goût léger de cerise, cette dentelle de texture, cette finale qui, sans être ni longue ni large, demeure nette et fort séduisante. Le pinot noir mis à nu, subtil, sans artifice.(5)★★★

 

Pinot Noir 2013, Chevalier de Dyonis, Roumanie (10,75 $ – 00554139) : si le caractère variétal peine à éblouir, l’ensemble demeure simple, souple et friand, un rien chauffant sur la finale. Tout ce qu’il y a de correct, servi frais. (5)★★

 

Pinot Noir de la Chevalière 2012, Laroche, Pays d’Oc, France (15,55 $ – 1037 4997) : robe déjà plus soutenue pour un pinot terrien, souple, bien frais, relevé d’une pointe végétale de tabac frais, d’épices. Souhaiterais plus d’éclat. (5) ★★ ©

 

Menetou-Salon 2010, Domaine Philippe Gilbert, Loire, France (29,30 $ – 11154988) : il n’a rien à cacher, ce « bio » porteur du fruité le plus convaincant du monde, derrière ses tanins tout justes étoffés, ses saveurs nettes qui ne savent ni ne veulent mentir. Un bijou ! (5 +)★★★1/2 ©

 

Pinot Noir 2012, Jean Perrier, Savoie, France (16,95 $ – 00856997) : fruité croquant et pimpant, vivant et très lisible, le tout décliné avec une insoutenable légèreté. (5)★★1/2

 

Pinot Noir 2012, Mazzacorona, Dolomiti, Italie (16,20 $ – 10780311) : accroché aux Dolomites, ce pinot offre le vertige en format réduit, mais avec ce qu’il faut de matière pour ne pas décrocher. Touche végétale et épicée de noyau sur une matière serrée qui tient la route. À défaut d’élégance, un bon verre de vin. (5)★★1/2 ©

 

Pinot Noir 2013, Oyster Bay, Marlborough, Nouvelle-Zélande (22,25 $ – 10826105) : on est loin du témoin bourgogne ! L’autre hémisphère, assurément. C’est ouvert, telles les portes du paradis pour l’abbé Gravel, avec ce fruité peu orthodoxe typique de Nouvelle-Zélande, un fruité substantiel, bien mûr, simple mais charnu à souhait. Il volera sans battre de l’aile avec le pigeon rôti. (5)★★★ ©

 

Pinot Noir 2010, Churton, Marlborough, Nouvelle-Zélande (33 $ – 10383447) : les deux échantillons dégustés présentaient des notes d’évolution anticipée derrière une robe profonde et une bouche large, étoffée, harmonieuse et longue. À revoir, donc. (n. n.)

 

Pinot Noir 2013, Trapiche Réserve, Mendoza, Argentine (15,20 $ – 10669533) : si je ne suis pas friand des vins de la maison (parfois trop boisés), je reconnais tout de même quelques millilitres de plaisir naïf et candide pour ce rouge sec qui réussit, malgré le corps de l’ensemble, à laisser filtrer le fruité avec un équilibre certain. À ce prix, une affaire. (5)★★1/2 ©

 

Barda 2012, Bodega Chacra, Patagonie, Argentine (25,25 $ – 11517515) : le léger flou sur le plan aromatique place ici le pinot noir sur une orbite plus animale que florale. Le fruité de belle maturité offre tout de même texture, volume et un caractère épicé et minéral particulièrement relevé sur la finale. À servir sur du petit gibier qui a du goût. (5)★★★ ©

 

Pinot Noir 2013, Cono Sur Reserva Especial, Vallée de la Casablanca, Chili (16,20 $ – 00874891) : bon, rien à voir avec le musigny grand cru 2011 de madame Lalou Bizes Leroy (en m’excusant à l’avance pour l’allusion à une personne connue dans le but d’impressionner), mais un pinot noir costaud, certes, qui réussit toutefois le pari de l’équilibre, à défaut peut-être de nuances et de finesse. Pas mal sur les rognons simplement sautés. (5)★★1/2 ©

 

Pinot Noir 2012, 20 Barrels, Cono Sur, Vallée de la Casablanca, Chili (30,25 $ – 1133 1745) : une sélection des meilleures barriques mais aussi un pinot noir somptueux, au fruité/floral émancipé, aux saveurs riches, élégantes, stylées, bref, un des meilleurs pinots chiliens dégustés à ce jour. Et puis, l’équation puissance/finesse fonctionne, ce qui n’est pas rien à ce prix ! (10 +)★★★★ ©

 

Pinot Noir 2012, La Crema, Sonoma Coast, Californie, États-Unis (33,25 $ – 00860890) : nez en retrait, un rien timide mais bouche veloutée, presque coussinée, immédiatement charmeuse, à défaut peut-être de nuances et de profondeur. Surtout à ce prix. (5) ★★★ ©

 

Pinot Noir 2009, La Crema, Los Carneros, Californie, États-Unis (47 $ – 11882248) : toujours ce style propre sans être propret, ces arômes fruités vanillés, cette souplesse soutenue, ces tanins sphériques qui s’ancrent en profondeur, cette finale bien en chaire, de belle tenue. Pas donné mais vaut le détour. (5 +)★★★1/2 ©

 

Pinot Noir 2013, Meiomi, Belle Glos, Californie, États-Unis (26,20 $ – 10944208) : dans l’esprit chaleureux, entreprenant et débordant de la très séduisante Californie, l’assemblage des fruits de six comtés est là pour un rendez-vous fruité fort festif, volumineux même, mais privilégiant des tanins mûrs, civilisés de fraîcheur. L’impression de manger une part de gâteau aux cerises ! (5)★★★ ©

***

Jean Aubry est l’auteur du Guide Aubry 2014 Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $.

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2 commentaires
  • Marc O. Rainville - Abonné 15 août 2014 09 h 54

    Pinot noir roumain

    Jean, je ne sais pas si tu connais le Chevalier de Dyonis, un Pinot noir produit en Roumanie par un exilé bourguignon. Moins de $11.00 à la SAQ ici, c'est mon vin de table depuis un bon moment.

  • Marc O. Rainville - Abonné 15 août 2014 16 h 46

    Oups...

    Désolé, je vois que tu en as parlé. En tous cas, un bon achat à mon avis que ce Chevalier fort agréable servis avec des plats épicés.