Glissons-nous vers la «démocrature»?

Je dédie cette chronique à la mémoire de Félix Leclerc, qui aurait eu 100 ans demain, le 2 août, en souvenir de son Alouette en colère.

 

La démocrature… Le mot est assez étrange. Il serait issu de l’union de « démocratie » et de « dictature », parce que, mine de rien, plein de pays dans le monde sont aux prises avec des chefs d’État qui jouent des deux instruments à la fois pour tenir leur peuple dans la soumission, la peur et l’ignorance, lesquelles sont les ingrédients essentiels pour assurer leur pouvoir. Comment font-ils ? La recette est facile.

 

Les démocrateurs tiennent des élections dites libres, histoire d’avoir l’air d’être en règle et surtout parfaitement démocrates. Ils s’assurent toujours de les gagner, qu’importent les moyens. C’est essentiel pour être reconnu à l’international. Ils sont tous devenus maîtres des « spéciaux clés en main ». Une fois que les bulletins de vote ont été comptés en leur faveur, ils assurent une dictature mur à mur, basée le plus souvent sur les mauvais traitements et la misère du peuple. Les dictateurs élus s’assurent d’être irremplaçables, mais ils préparent la relève, souvent dans la famille immédiate, histoire de mettre au monde une dynastie qui régnera pendant des siècles et des siècles. Du moins, l’espèrent-ils.

 

Les pays qui s’identifient comme démocrates sont nombreux. On n’y insiste pas trop sur la partie « dictature ». Le pourquoi est assez évident. Parmi ces pays qui se gargarisent du mot « démocratie », il y en a des très grands et très populeux et des très petits, dont tous les dirigeants sont habituellement infiniment riches. Ils ont l’habitude de faire à leur tête, quel que soit l’effet de leurs décisions sur le bon peuple, qui attend la prochaine élection pour leur apporter la délivrance. Déjà, vous avez quelques noms qui vous viennent à l’esprit. Vous pourriez même faire une liste.

 

Bien sûr, je ne parle pas du Canada, ce « plus meilleur pays du monde ». Quoique, depuis l’arrivée de Stephen Harper au pouvoir, on sent bien son gouvernement glisser doucement vers autre chose que la démocratie à laquelle nous serions en droit de nous attendre. Il nous aura fallu toutes ces années de pouvoir conservateur pour se rendre compte à quel point le Québec n’a rien en commun avec ces dirigeants qui ont l’air de venir d’une autre planète, tellement leurs décisions nous paraissent étrangères.

 

Stephen Harper mène sa barque comme un dictateur. M. Harper et son gouvernement majoritaire n’en font qu’à leur tête. Ils nous imposent des lois qui sont loin de répondre aux attentes que nous avons, car il a doucement supprimé des valeurs qui nous étaient essentielles, sans même se soucier des réactions négatives qui pouvaient en découler.

 

Des exemples ? Les armes à feu. Ça vous dit quelque chose ? Tout ce combat mené par les femmes de ce pays après les meurtres de l’École polytechnique, dans l’espoir de voir cesser la violence criminelle envers les femmes. Tout ce travail des femmes vient d’être mis à la poubelle. M. Harper a choisi de donner satisfaction au lobby des armes à feu plutôt que d’honorer la parole d’autres premiers ministres avant lui.

 

Il n’attaque pas de front mais le fait sournoisement en passant par-dessus toutes les ententes qui accordent un peu de pouvoir aux provinces dans tous les dossiers. C’est le cas pour le pont Champlain, pour la centralisation des marchés boursiers, pour son envie de se donner plus de pouvoir sur le système de santé, sur l’éducation et sur la Cour suprême. Il étire son sens de l’éthique au maximum par ses nominations au Sénat, par son étonnante sélection de juges à la Cour suprême, par ses déclarations incendiaires au sujet des conflits qui sévissent dans le monde. Il aime les guerres et les armements de guerre. Il ne s’en cache même pas.

 

Il y a quelques jours, en plus, nous avons appris qu’il avait récupéré un prix hommage, destiné à des bénévoles qui le méritent et qui portait le nom de Mme Thérèse Casgrain. Ce prix, depuis 2010, s’appelle le Prix du premier ministre. Quelle mesquinerie. Thérèse Casgrain a été une inspiration pour beaucoup de femmes québécoises et canadiennes. Chef du NPD Québec, elle a été la première femme à occuper un tel poste. Thérèse Casgrain aura toujours droit à notre admiration et à notre reconnaissance pour sa longue lutte pour les droits des femmes. Quel mépris de la part d’un premier ministre. Quel manque de respect. Stephen Harper devra faire face à des élections en 2015. Peut-être pensez-vous qu’il est temps de cesser de rigoler ? Il faut y penser dès maintenant, car le choix sera difficile. Le menu de candidatures sera assez limité. Vous allez voter pour qui ? Parce que voter n’importe comment, c’est jouer avec le feu. La démocrature est si vite arrivée.


 
48 commentaires
  • François Ricard - Inscrit 1 août 2014 05 h 50

    Le Canada: une démocrature

    À sa base même, le Canada et ses provinces sont sous un régime de démocrature.
    Le parlementarisme à la britannique, en ne faisant pas une nette distinction entre le législatif et l'exécutif, fait du premier ministre un véritable dictateur pour la durée de son mandat. Il est dieu et maître à bord. D'autant plus que ce phénomène antidémocratique est renforcé par la fameuse ligne de parti.
    Nous devons nous donner une constitution républicaine qui fera une nette distinction entre les trois pouvoirs: législatif, exécutif et judiciaire. Et cette constitution s'assurera de garder le pouvoir du peuple au peuple en réglementant de façon stricte le financement des partis.

    • Guy Vanier - Inscrit 1 août 2014 21 h 09

      Je vous supporte dans votre analyse. Ns avons besoin de démocratie et non de dicta....!

  • Gilles Bousquet - Abonné 1 août 2014 06 h 58

    Le PM Harper et les Québécois francophones

    Le Yin et le Yang. Le feu et l'eau. Le chaud et le froid etc.

    • Roger Gauthier - Inscrit 1 août 2014 21 h 08

      Aucun philosophe sérieux n'associerait le mal à un individu et le bien à un peuple.

  • Michel Richard - Inscrit 1 août 2014 07 h 09

    Pour quelqu'un qui dit ne pas parler du Canada

    Vous en parlez pas mal.

    • Jean-Pierre Corbeil - Inscrit 1 août 2014 10 h 43

      Commentaire plutôt étroit.

    • Roger Gauthier - Inscrit 1 août 2014 21 h 11

      "Commentaire plutôt étroit."

      Le commentaire est bref, mais il me rejoint.

      J'ai aussié remarqué que les indépendantistes sont ceux qui sont le plus obsédés par Harper, Trudeau, Toronto et le Canada Anglais.

      Les Québécois non-indépendantistes ne parlent généralement jamais du Canada, encore moins de Toronto. Et quand ils discutent de politique internationale, d'influence entre les pays et de diplomatie, l'idée ne leur vient jamais d'inclure Harper dans la discussion.

  • Roger Gobeil - Inscrit 1 août 2014 07 h 30

    Mais pour qui voter alors ?

    Le problème est justement de savoir pour qui voter, aucun parti au fédéral ne m'attire. Alors... dites-moi donc, c'est quoi le choix que j'ai?

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 1 août 2014 14 h 05

      M Harper pense beaucoup à ses propres prochaines élections au fédéral en s'attaquant aux souverainistes québécois, espérant ainsi récolter des appuis ches les Rednecks du ROC. Mais attention!

      Aux prochaines élections fédérales, les Québécois auront quatre choix : Parti conservateur de Harper, parti NPD, parti libéral de Trudeau fils, parti NPD, et le Bloc québécois.

      Prenons le parti conservateur, on constate de plus en plus que les valeurs et les priorités du Canada véhiculées par M Harper ne sont pas représentatives de celles du Québec. Ainsi les récentes nominations d’unilingues anglophones à des postes-clé et es épisodes de monarchite aigüe et de fierté (?) militariste chez Harper par Harper et son gouvernement ultra-conservateur, droitiste et rétrograde nous révèlent que les Québécois ne se reconnaissent pas dans ce pays bancal qu’est le Canada.

      Quant au NPD, le feu de paille allumé par Jack Layton s’éteint progressivement. Peu de Québécois connaissaient les idées du NPD de Jack Layton. Beaucoup ont alors voté pour des poteaux, des fantômes ou des unilingues anglophones en pleine Mauricie!

      Les gens au Québec qui ont voté NPD ne l'ont pas fait pour son côté fédéraliste et centralisateur ( qui n’a pas du tout été mis en évidence lors de la campagne électorale), mais pour être plus sûrs de chasser Harper du pouvoir absolu. Mais ça n’a pas marché … La vague orange au Québec n'était PAS FÉDÉRALISTE. Alors, la prochaine fois c’est Bloc!

      Quant au parti libéral, sa fourberie séculaire vis-à-vis le Québec le discédite à jamais à mes yeux.


      Le Bloc a apporté une contribution importante aux questions touchant le Québec. Il est toujours pertinent pour la défense des intérêts du Québec, de plus en plus avec ce gouvernement Harper tellement à l’opposé des valeurs québécoises.

      Devenons membres du Bloc.

      Votons en Bloc pour le Bloc!

    • Diane Gélinas - Inscrite 1 août 2014 19 h 45

      Suggestion : Envoyer à Ottawa le grand nombre possible de députés et députées du Bloc québécois... tout en espérant que le vote ROC se divise également entre Conservateurs, Libéraux et Néo-démocrates...

      Résultat logique et normal : Bloc Québécois = Opposition officielle !

      Rôle des députés et députées du Bloc :
      - Représenter les revendications du Québec à Ottawa.

      Rôle des députés et députées des trois autres partis (PC, PLC, NPD):
      - Servir de courroie de transmission - sinon d'imposition - des décisions d'Ottawa «envers et contre tous» au Québec, sans égard à leur acceptabilité sociale, comme en font foi les nombreux exemples de démocrature énumérés par Madame Payette.

    • Pierre Brosseau - Abonné 1 août 2014 22 h 45

      Bloc québécois.

  • Lise St-Laurent - Inscrite 1 août 2014 07 h 42

    Non!

    Les choses sont gérées différemment et on ne peut toujours vivre en pensant au passé. Aujourd'hui ça va vite, une nouvelle n'attend pas l'autre et on a pas le temps de la digérer, que nous sommes déjà rendus ailleurs. Je ne suis pas offusquée par le geste de Stephen Harper en renommant le prix Thérèse Casgrain, le prix du premier ministre, ça ne veut pas dire qu'on oublie ce qu'elle a accomplie et réalisée, idem pour Félix Leclerc.

    • Nicole Moreau - Inscrite 1 août 2014 11 h 44

      quand un nom disparaît du paysage médiatique, comme c'est le cas pour le prix Thérèse Casgrain, on a davantage tendance à oublier, d'autant qu'au Québec, certains politiciens ne voient pas l'intérêt que l'histoire soit enseignée, sur l'histoire nationale.

      en conséquence, les plus jeunes semblent, pour le moment, destinés à oublier ce qu'a réalisé madame Casgrain, qui n'était pas rien, puisque plusieurs acteurs étaient vraiment très défavorables à l'accès des femmes au droit de vote.

    • Victoria - Inscrite 1 août 2014 12 h 37

      Le récent passé municipal ressemble beaucoup à la DÉMOCRATURE. On n’a pas envie de le revivre.
      Mais, on vit avec les conséquences et, le redressement semble ardu.

    • Pierre Brosseau - Abonné 1 août 2014 22 h 48

      C'est l'appropriation par Stephen Harper d'un prix pour le bénbévolat qui fait le plus scandale. Sans compter que Mme Casgrain était une avant-gardiste et femme.

      En quoi Harper et bénévolat ont-ils un lien ?