Range Rover Sport: tout sauf utilitaire

Le Range Rover Sport se différencie du Range Rover par ses dimensions réduites et, conséquemment, son poids inférieur. Il possède aussi des réglages de suspension plus fermes et des pneus plus larges.
Photo: Jaguar Land Rover Le Range Rover Sport se différencie du Range Rover par ses dimensions réduites et, conséquemment, son poids inférieur. Il possède aussi des réglages de suspension plus fermes et des pneus plus larges.

Qu’obtient-on si on croise un Range Rover et un Evoque ? Un Range Rover Sport. L’énoncé est un peu réducteur, mais pas complètement faux non plus : dans la gamme Land Rover, le Range Rover Sport se positionne entre l’Evoque et le Range Rover « tout court ». Small, médium et large.

 

Un oeil profane pourra facilement les confondre, mais ceux qui ont un intérêt plus marqué pour la chose automobile auront tôt fait de remarquer que le Sport ressemble davantage à l’Evoque qu’au titanesque Range Rover. En ce qui me concerne, c’est un compliment ; de toute façon, je tiens les Land Rover pour les plus beaux VUS de l’industrie. Il convient de préciser ici que je ne raffole pas de ce genre de véhicule ; l’appréciation (subjective, au demeurant) est donc purement esthétique.

 

Un VUS pour l’asphalte

 

Le Sport se différencie donc du Range Rover par ses dimensions réduites et, conséquemment, son poids inférieur. Dire qu’il est moins lourd (plutôt que plus léger) serait cependant approprié, la bête accusant tout de même 2144 kilos sur la balance. Comme son gros frère, le Sport a suivi une diète à l’aluminium, qui lui a fait le plus grand bien.

 

La différence majeure vient de la plateforme : le modèle précédent reposait sur un châssis de camion, en échelle, emprunté au LR4. Pour jouer dans la neige et la boue, c’est bien mais c’est un handicap si on veut menacer les Porsche Cayenne, BMW X5 et autres 4X4 aux prétentions sportives. (Oui, je sais, c’est un oxymoron, mais bon…)

 

Avec son nouveau châssis monocoque en aluminium, le Sport a désormais les moyens de ses ambitions. Comme ses rivaux allemands, il sera plus à l’aise sur l’asphalte que dans une tempête de sable ou de neige, en quel cas ses gros pneus à profil bas imposeront rapidement leurs limites.

 

Même si le Sport dispose de tout l’attirail hors route de Land Rover (suspension Adaptive Dynamic et mode Terrain Response capable d’analyser les conditions routières, l’altitude et la température), ses souliers de course ne sont pas faits pour le trekking.

 

Si le confort est votre priorité, optez plutôt pour un Range Rover « classique » car le Sport « porte plus dur », comme on dit en bon québécois. La faute à des réglages de suspension plus fermes et des pneus plus larges (encore eux).

 

Amenez-en, des Porsche Cayenne !

 

Côté moteurs, le menu est le même que celui du Range Rover : un V6 de 3 litres et un V8 de 5 litres, tous deux suralimentés par un compresseur. Et tous deux gentiment prêtés par Jaguar. Il y a des cadeaux, comme ça, qui ne se refusent pas !

 

Le premier génère 340 chevaux et il est moins à la peine que dans l’éléphantesque Range Rover. La différence de poids entre les deux, même si elle n’est pas énorme, se fait sentir. Avec ses 510 chevaux, le V8 n’a peur de personne : amenez-en, des Porsche Cayenne et des Mercedes AMG !

 

Le Sport n’est peut-être pas le plus doué de la famille pour les excursions mais sur le bitume, c’est un TGV. Sa tenue de cap donne d’ailleurs l’impression que le véhicule est sur des rails mais attention, ses larges pneus à profil bas n’aiment pas les ornières et peuvent occasionner de brusques changements de trajectoire. Idéal pour vous rappeler qu’il faut garder les deux mains sur le volant en tout temps…

 

Seul bémol : la consommation du V8 est directement proportionnelle à sa puissance. Pour ceux qui ont les moyens d’en avoir un, c’est un détail, mais pour l’infortuné chroniqueur auto, dont le salaire est inversement proportionnel, ça fait mal. Très mal. Avec le V6, c’est un peu mieux — ou plutôt, « moins pire » : 16,5 litres au 100 kilomètres, si vous conduisez comme un curé.

 

Restons calmes

 

L’impact de la diminution de poids se ressent aussi dès les premiers tours de roue. Les accélérations sont plus instantanées et dans les virages, c’est le jour et la nuit si on compare avec le gros Range Rover. Pour les avoir conduits l’un après l’autre, j’ai vu la différence tout de suite.

 

L’éléphant ne s’est pas encore transformé en gazelle mais il n’a rien à envier à ses rivaux allemands. Cela dit, restons calmes : ce n’est pas une Ferrari, une Corvette ou une Porsche 911 non plus. Même si sa garde au sol est abaissée, même s’il est chaussé pour la piste, ça reste un VUS, et un gros.

 

Je dois cependant admettre que le comportement de ces gros machins est impressionnant au regard de leurs dimensions. Mais si vous voulez une tenue de route de voiture sport ET une traction intégrale, achetez-vous plutôt une Audi S ou RS. C’est le même prix, c’est aussi spacieux et ça consomme moins.

 

Noblesse intacte

 

Avec tout ça, je ne vous ai pas parlé de l’habitacle. Même si le Sport est moins long que le Range Rover, l’empattement est le même et on ne perd pas d’espace — ou si peu. Un Land Rover ne serait pas un Land Rover s’il n’y avait pas au moins une incongruité et dans le cas qui nous préoccupe, c’est la présence d’une troisième rangée de sièges.

 

Attendez, je ne comprends pas, là : il n’y en a pas dans l’énorme Range Rover, mais on en a mis une dans le Sport… L’explication de Land Rover est un peu bancale : le Sport serait plus souvent l’unique véhicule de la famille que le Range Rover. N’importe quoi.

 

L’assemblage est aussi soigné que dans les autres véhicules de la marque, la finition aussi. Il y a du cuir à profusion et la noblesse requise est là. La déco intérieure ne gagnera pas de prix mais elle n’est pas terne non plus. Autre bon point : les commandes et l’interface multimédia sont relativement simples. Rien à voir avec le délire technologique des Allemands ou de Cadillac avec CUE, le « système-qui-rend-fou ».

 

Ce qui est moins bon, ce sont les nombreuses options : il y en avait pour 10 000 $ sur notre véhicule d’essai. Avec un prix de départ flirtant les 80 000 $, il me semble que le toit ouvrant panoramique ne devrait pas exiger de supplément, tout comme la chaîne audio haut de gamme… Même la peinture métallique (1800 $) est en option ! À ce prix, c’est franchement scandaleux. Les Allemands ne sont pas mieux, mais est-ce nécessaire de singer leurs mauvaises habitudes ?

 

Conclusion

 

En toute franchise, j’ai goûté chaque minute passée au volant du Range Rover Sport. Ça, c’est le passionné d’auto qui parle. Mais quand le rationnel embarque, mon enthousiasme se refroidit. Pas tant à cause du prix, inhérent aux objets de luxe, qu’à cause de la consommation délirante, anachronique en cette époque de conscientisation environnementale ; et de la fiabilité, qui demeure le talon d’Achille de la marque. Et toujours sur une note rationnelle, je n’arrive pas à comprendre l’utilité d’un VUS incapable de s’aventurer hors route.

Fiche technique - Range Rover Sport

Moteur : V6 3 litres à compresseur

Puissance : 340 ch

Couple : 332 lb-pi

Consommation moyenne : 16,5 l/100 km

Prix de départ : 78 990 $

Prix du véhicule d’essai : 89 910 $

 
2 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 28 juillet 2014 07 h 46

    De l'utilité

    Le VUS sport sert à impressionner son voisin et à accélérer plus vite que lui jusqu'au prochain feu rouge.

  • Charles Lebrun - Abonné 30 juillet 2014 13 h 06

    Un jouet...

    Comme me disait un vieux vendeur de voiture... Les autos, c'est comme un gros jouet... C'est comme quand tu étais p'tit gars... c'est juste le prix et la grosseur du jouet qui ont changés!!! Mais ça reste un JOUET!!! Chez Rover, ils l'ont bien compris... ça vraiment l'air d'un beau jouet!!!