La tête dans le sable

Avez-vous fréquenté une petite terrasse au cours de cette semaine si chaude ? Il n’y a pas mieux pour prendre le pouls d’une nation qui ne tient pas à être dérangée. C’est le cas des Québécois.

 

Nous ici, la pollution, on s’en fout. La politique, on s’en fout. Ce qui se passe dans le reste du monde, on s’en fout. Les enfants qu’on assassine, on s’en fout. Les femmes qu’on viole, on s’en fout. Les populations qui fuient à pied, transportant tous leurs avoirs dans une valise ou deux, on s’en fout. Ceux qui crèvent sur une terrasse parce qu’une bombe a explosé, on s’en fout. Ceux qui n’ont rien à boire ou à manger… tu parles si on s’en fout.

 

Nous autres, on a du beau temps, c’est rare et on en profite. Et puis, assis à une terrasse, avec une bière froide sur la table et de la musique dans l’air, que demander de mieux ?

 

Nous avons parfois l’air d’un peuple qui se fout tellement du reste de la planète que c’en est gênant. C’est sûr que la perspective de porter la responsabilité de l’état des humains qui vivent sur terre, c’est un fardeau que nous ne voudrions même pas envisager. Mais de faire comme si le reste du monde n’existait pas ne m’apparaît absolument pas la bonne solution non plus.

 

À force de fermer les yeux sur tout ce qui se vit autour de nous, à force de nous comporter comme si nous ne faisions pas partie de la race humaine, à force de fermer les yeux sur tout ce qui craque sur cette planète, nous pourrions bien disparaître de la face de la terre sans que personne s’en rende compte.

 

L’actualité, qui est très souvent porteuse de mauvaises nouvelles, ne trouve plus son public au Québec. Radio-Canada, quant à elle, s’apprêterait à sabrer son service d’information pour économiser au maximum sur les sommes que le gouvernement du Canada acceptera encore de lui verser pendant quelque temps avant, probablement, d’envisager de privatiser toute la boîte (comme on pense à le faire pour le service des postes) et de se débarrasser de tous ces journalistes qui pourraient retrouver le goût de dire la vérité en particulier sur ce gouvernement justement.

 

Le journal qu’on n’a toujours appelé que « LA GROSSE PRESSE » n’est plus que l’ombre d’elle-même. Pour les gens qui avaient leurs habitudes, l’information proprement dite prend de moins en moins de place. TVA fait des efforts, mais pour l’international, il faudrait faire un virage significatif par rapport à la nouvelle « fraîche » qui concerne le petit incident survenu dans un champ de patates. Il n’est pas très éclairant de traiter de la même façon et sur le même ton le melon d’eau et le petit pois. Chacun devrait recevoir sa juste mesure.

 

Autrement, si nous ne réagissons pas rapidement, nos petites sources d’information sur ce qui se passe sur la planète vont se tarir avec une rapidité dont on ne cessera plus de s’étonner. On finira bien par faire livrer l’information par des humoristes qui seront chargés de nous faire rire quel que soit le sujet du reportage. Et peut-être pourrait-on nous faire croire que la bande de Gaza est un petit trio de musiciens venus du Nouveau-Brunswick et qui fait un malheur en ce moment partout où il passe ?

 

Pour ma part, je me sens souvent comme un jardin qui manquerait d’arrosage. J’ai besoin de l’information bien livrée et fouillée pour m’y retrouver dans les haines qui déchirent le monde, dans les pronostics de ce qui nous attend maintenant que les dégâts du réchauffement de la planète sont visibles à l’oeil nu et aussi du rôle que les femmes vont jouer dans la reprise en mains de ce qui s’appelle l’avenir de l’Homme… J’ai besoin de savoir sur quel pied dansent Barack Obama, Mister Poutine et même Stephen Harper. Il voudrait tellement qu’on le découvre le pauvre. Chaque fois qu’il ouvre la bouche, en plus, il prétend parler en mon nom. J’ai beau lui dire que ce n’est pas le cas dans 100 pour 100 de ses déclarations, mais il fait comme s’il ne m’entendait pas. Il ne faut jamais laisser la bride sur le cou de ces gens-là. Ils peuvent être dangereux.

 

Je propose qu’il y ait chaque jour, à la radio, à la télévision et dans les journaux, un bulletin de bonnes nouvelles… Disons une demi-heure pour commencer. Des bonnes nouvelles, ça doit exister, mais il faudra des spécialistes pour les trouver.

 

Prochain sujet à discuter sur les terrasses : Êtes-vous d’accord avec la position de Stephen Harper qui appuie Israël de façon inconditionnelle en votre nom ? Et la bande de Gaza, ça appartient à qui, en fait ? Pour remplir les silences, il y a toujours le sport !


 
72 commentaires
  • Jacques Baril - Inscrit 25 juillet 2014 02 h 23

    Gaza!? L'autre sauce...

    [...] indigeste par définition(!) Encore que... Bref. Vous avez raison Lise, on peut toujours remplir les silences par le sport, mais à quel prix?! M'enfin!

  • Jean-Marc Simard - Abonné 25 juillet 2014 04 h 18

    Non, on ne s'en fout pas...

    Non Madame Payette ! Je ne crois pas comme vous dites que le bon peuple se fout de ce qui se passe dans le monde...Il s'informe, il s'instruit, il en parle partout sur les réseaux sociaux...Le problême, c'est qu'il ne sait pas quoi faire pour corriger les choses, à part de faire une petite manifestation à l'occasion...

    Certains prennent parti, comme ces nombreux canadiens et européens qui s'enrôlent comme jdihadistes pour prendre part à la guerre de religion menée par les Islamistes. Et ils y laissent leur peau...Personnellement je ne m'en fous pas...Comme bien d'autres je donne mon opinion et je participe aux débats afin d'essayer d'éveiller les consciences...Mais à part que de débattre que puis-je faire d'autre ? Aller combattre moi aussi. Je suis trop vieux pour ça...Ne me reste plus qu'à débattre pour mieux voir venir...

    Nous vivons dans un monde en très grande effervescence et en très grand bouleversement...Il semble être en voie d'accoucher de quelque chose. Mais de quoi ? Je ne le sais pas...Et comme tout accouchement, c'est douloureux et souffrant...Nous connaissons tous la solution pour que l'humanité vive en paix...Mais personne ne veut comprendre et agit à l'envers de ce qu'il faut faire...Comme le disait Saint-Paul: «Je ne fais pas le bien que je voudrais faire et je fais le mal que je ne veux pas faire...»

    Nous sommes tous embarqués dans une grande aventure qui est celle de la vie en évolution et personne ne peut deviner vers où cette évolution nous amène...Laissons faire pour mieux voir...Peut-être qu'un jour viendra où nous verrons-nous la lumière au bout du tunnel... Déjà c'est faire beaucoup que d'en discuter et d'en débattre...Ça permet d'éveiller nos consciences sur ce qui se passe...

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 25 juillet 2014 07 h 35

      Magnifique commentaire. J'ajouterai que des fois, le bon peuple, quand il prend un verre sur les terrasses, c'est aussi pour se distraire de ses petites et grandes misères... qui ne sont pas moins dignes pour n'être que domestiques.

    • Jean-Pierre Audet - Abonné 25 juillet 2014 09 h 00

      Vous avez raison, M. Simard. Madame Payette aussi, sauf quand elle se prononce sur les Québécois en général. Non on ne s'en fout pas. Et nous avons une panoplie d'outils d'information que n'avaient pas nos devanciers. Nous pouvons même, grâce à l'internet, aller voir ce qu'écrivent ou disent les journalistes partout ailleurs dans le monde. Je ne crois pas être le seul à y recourir. Comme vous écrivez, le bouleversement «semble en voie d'accoucher de quelque chose». Il faudra bien que ce soit positif, sinon nous allons vers le gouffre. Merci de votre beau commentaire. Et merci à Madame Payette pour l'essentiel de ce qu'elle écrit aujourd'hui : qu'il est bon de rester branchés sur la souffrance des autres. La nôtre viendra bien un jour, car personne n'échappe à la mort.

    • Gaston Bourdages - Inscrit 25 juillet 2014 09 h 42

      Mercis monsieur Simard pour votre pondération pleine d'espoir voire d'espérances. De «quoi», au juste, accoucherons-nous ? Est-ce «bête» de penser que l'Homme doit...(j'évite d'écrire «...a besoin de...) souffrir pour appendre ? Je me console à cibler ce que feu monsieur Jacquard nous a aussi laissé en si bel héritage. À l'effet ? Que je fais partie de cette «humanité en devenir...»
      Gaston Bourdages,
      Saint-Mathieu de Rioux, Qc.

    • Jean-Pierre Bédard - Inscrit 26 juillet 2014 00 h 26

      Dire que les Québécois se tamponnent de tout ce qui accable leurs amis Terriens est de toute évidence une généralisation bien maladroite de la part d'une intellectuelle de la trempe de Madame Payette.
      Il se trouve simplement que des gens ne sont pas d'accord avec elle et mènent leur vie comme ils le peuvent avec les moyens dont ils disposent. La misère humaine ne date pas d'hier, et l'Homme et sa Fiancée voient habituellement à tenter d'améliorer leur sort en servant leurs intérêts. Quelquefois, cela profite à leur entourage, quelquefois pas. Quelquefois, ils votent pour les Libéraux, quelquefois, pour les Conservateurs. Ce n'est pas une question d'inhumanité, d'indifférence ou d'ignorance. C'est affaire de survie, ici ou là, maintenant.
      Madame Payette devrait relire Machiavel, et tenter de comprendre cette fois-ci les enseignements de ce philosophe essentiel. Et peut-être réussir en même temps à constater que Machiavel n'était pas, mais pas du tout, machiavélique...

    • Jacques Deschesnes - Inscrit 28 juillet 2014 10 h 54

      Très juste M.Simard. Dans mon jargon je dirais ceci : " Ok mais on commence où " Question existentielle peut-être mais pertinente lorsqu'on vit des nouvelles tristes et douloureuses au quotidien.

      Moi j'ai opté pour l'attitude de petit geste que je peux faire. Aimer la vie du mieux que je peux et de le transmettre au quotidien. Aimer et le répandre. Qui sait peut-être que si nous sommes nombreux à le faire que ça finira par changer quelque chose.

  • Denis Paquette - Abonné 25 juillet 2014 04 h 57

    Au ciel j'irai un jour

    Serait-ce que les humains naissent anarchistes , peut etre que c'est seulement a partir d'un effort constant qu'il arrive a se conscientiser, encore faut-il qu'il ait des maitres qui ne pense pas qu'a l'argent. A la lumiere de ce qui se passe au Québec, a force de vouloir lui mette dans la tête, des balivernes, je crois que nous y sommes devenus un peuple indifférent et on se demande pourquoi, c'est simple il est sur d'aller au ciel comme dit la chanson

  • Denis Paquette - Abonné 25 juillet 2014 05 h 02

    Dans les nuages

    Pourquoi dites vous que c'est dans le sable qu'il a la tete tandis que c'est dans les nuages qu'elle est

    • Victoria - Inscrite 25 juillet 2014 14 h 54

      Les autruches se mettent la tête dans le sable pour vérifier leurs œufs, la survie de leur espèce.

      Les lunettes roses sont disparues.

      Malgré tous les débats qu’ont menés nos parents et grands-parents pour qu'eux-mêmes et leurs enfants aient une vie meilleure, plus qu'une impression: on avance à reculons avec de nouveaux moyens. Difficile de refuser, on nous l’impose de presque de force. Une force subtile.

      Alors, « la tête dans le sable » est une description très représentative. La nouvelle armure contre les attaques des nouvelles sociétés est le masque de l’indifférence pour oublier, vivre l'instant présent. Demain, ça risque d'être pire. Vaut mieux ne pas y penser.

      Profiter du beau temps, rencontrer du monde et rire, ce n'est pas taxé pour l'instant et, on peut encore le faire librement.

  • Roger Gobeil - Inscrit 25 juillet 2014 06 h 51

    Désespérant

    Hélas madame Payette, vous avez malheureusement raison. À la télévision, les analystes connaissant de quoi ils parlent sont de plus en plus remplacés par des badauds qui nous lisent des messages genre Facebook des téléspectateurs de tout acabit. Quelle misère!

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 25 juillet 2014 16 h 26

      M. Gobeil, vous oubliez que présentement c'est l'été. À l'automne les émissions sérieuses reviendront, comme à chaque année. Pourquoi un tel mépris pour les Québécois, le Québec, dont pour la plupart ici nous voudrions faire un pays?