L’or rouge du Québec

Le pays des contes merveilleux et colorés de Fred Pellerin, Saint-Élie-de-Caxton, est aussi le territoire de la seule plantation de safran au Québec.
Photo: Lise Gobeille Le pays des contes merveilleux et colorés de Fred Pellerin, Saint-Élie-de-Caxton, est aussi le territoire de la seule plantation de safran au Québec.

À Saint-Élie-de-Caxton, pays de Fred Pellerin, l’entreprise Pur Safran s’est lancée dans une culture surprenante et nouvelle pour le Québec : celle du safran, surnommé l’or rouge. Comme c’est une ferme agrotouristique, on s’y rend pour y découvrir le monde de cette épice mythique et légendaire et sa culture. En passant par Saint-Élie, on fait un tour au sentier botanique, petit mais joli.

 

Les débuts du safran d’ici

 

Pur Safran est une jeune ferme agrotouristique qui s’est donné comme défi de produire un safran de première qualité au Québec, mais également de faire connaître cette épice et sa culture. Qui eût cru qu’un jour quelqu’un se lancerait dans cette culture ? En fait, il est plutôt surprenant que personne n’y ait pensé plus tôt, car Crocus sativus, ou crocus à safran, est rustique ici, en particulier s’il a une bonne couverture de neige, comme le confirme Nicolas Authier de l’Institut québécois du développement de l’horticulture ornementale (IQDHO).

 

Passionnée par le safran, Nathalie Deneault, la propriétaire, a fait une année de recherche et d’analyse, deux voyages de formation en France, a investi d’importants montants, et a reçu le soutien inébranlable de sa famille et de ses amis pour ce projet novateur. L’été dernier, 50 000 bulbes de Crocus sativus ont été plantés dans une belle terre choisie exprès pour cette production. C’est d’ailleurs pour ces terres bien drainées que Saint-Élie est devenu le territoire d’adoption de Pur Safran.

 

La première récolte réalisée à l’automne, grandement appréciée, fut le fruit d’un dur labeur, mais elle fut mince, ce qui est tout à fait normal pour une première. L’espoir est dans l’avenir. Cette récolte est déjà écoulée, mais on peut néanmoins passer une commande pour la prochaine. Par ailleurs, une visite au Pavillon du safran permet de découvrir la culture particulière de cette épice prisée, son histoire longue de 6000 ans, ses propriétés et comment elle est transformée. On peut aussi se procurer des produits safranés ; par exemple, la confiture de poires au safran est succulente.

 

Pour une visite commentée incluant boisson, collation safranée et livret souvenir, il est préférable de réserver. De surcroît, l’entreprise offre des formations dans son académie et des bulbes seront offerts, mais pour cette année, les 9000 disponibles sont tous déjà réservés.

 

Le safran est un produit naturel, authentique et pur, constitué de filaments de stigmates séchés et parfois broyés. Ce qui n’empêche pas qu’il soit abondamment fraudé. Chez Pur Safran, la récolte 2013 a été analysée selon une norme ISO internationale par l’Université Laval et a été classée dans la catégorie 1, la meilleure de quatre.

 

Le safran étant en dormance l’été, l’ébouriffée Monardia fistulosa, ou monarde fistuleuse, prendra — car cette année elle est petite — la relève pour verdir et égayer le décor. Elle fournira en plus une huile antiseptique, énergisante et rafraîchissante ; ce volet de la ferme se nomme Champ d’Élie.

 

Culture de cette « chère » épice

 

Une terre bien drainée qui se ressuie rapidement est une condition essentielle pour cette culture. L’eau ne doit absolument pas stagner, été, comme hiver, car les racines s’asphyxient rapidement. Pour le climat, le safran a les mêmes exigences que la vigne. Il aime les étés chauds et secs et les hivers vivifiants. Surprenante, cette culture est totalement à contre-saison : la végétation est hivernale et la dormance est estivale. Quant aux besoins en pluie, ils sont importants à l’automne pour déclencher la floraison, et au mois de mars lors du grossissement des bulbes, ceux-là mêmes qui donneront des fleurs l’automne suivant.

 

Les étés doivent être préférablement secs, et l’hiver, une bonne couche de neige est essentielle pour protéger les bulbes du gel. Les fleurs et les feuilles ne sont pas sensibles au gel. D’ailleurs, l’hiver le feuillage demeure vert sous la neige. On plante en plein soleil entre la mi-juillet et la mi-août à une profondeur de 15 à 16 cm.

 

La récolte débute en général au début d’octobre et s’étend sur quatre à six semaines. Cette période est particulièrement intense : les fleurs doivent être récoltées rapidement, car elles ne vivent que 24 à 48 heures, et elles doivent être séchées immédiatement. Cette dernière étape demande beaucoup de doigté, et elle est cruciale pour obtenir un produit de qualité. On dit que ce qui fait la différence entre un bon et un excellent safran dépend plus de la qualité de la dessiccation des stigmates que du terroir.

 

Finalement, la meilleure façon de conserver le safran est au sec et à l’abri de la lumière, dans une boîte métallique non oxydable ou dans un bocal fumé ayant un bouchon de liège.

 

Tous les travaux de safranier se font exclusivement à la main : plantation, entretien, cueillette, émondage, séchage, conditionnement, arrachage des bulbes, tri… Pour vous donner une idée du labeur, il faut de 150 000 à 200 000 fleurs pour obtenir un kilo de safran sec. Seuls les pistils sont récupérés et séchés pour faire le safran. Il est appelé « or rouge » car c’est l’aliment le plus cher au monde. Sa valeur est 10 fois supérieure à celle du caviar et 100 fois supérieure à celle de la truffe.

 

Au sentier botanique de Saint-Élie

 

Joliment aménagé, le sentier botanique de Saint-Élie vaut un arrêt quand on passe dans la région. Loin d’être à maturité, car les plates-bandes ne sont pas encore très touffues, on y apprécie tout de même le choix des végétaux, le design du jardin et l’excellent entretien. Deux belles structures, une arche et une pergola en bois de grève créées par un artiste de la région, Carl Chevari, donne beaucoup de personnalité à l’endroit, qui d’ailleurs a aussi une touche « caxtonnienne » typique. Je m’attendais à ce que plus de plantes soient identifiées, à cause du nom « Sentier botanique », mais quand même plusieurs le sont. Du même coup, on fait une tournée des municipalités du comté de Maskinongé, dont chacune est représentée par un bac à fleurs, leur fleur emblème, et un panneau descriptif.

 

Dans la première partie de ce très beau livre, on voyage à travers l’histoire des plantes à parfum de l’Antiquité jusqu’à l’industrialisation et on nous entretient sur les techniques d’extraction. Puis, comme à leur habitude chez Plume de carotte, la deuxième partie se consacre aux portraits de plantes, dans ce cas-ci des plantes parfumées du monde entier. Toujours bien documentés et magnifiquement illustrés, ces livres sont un plaisir pour les yeux et l’esprit. Celui-ci est particulièrement passionnant pour quiconque s’intéresse au parfum.

 

***
 

Au jardin cette semaine

 

 

L’Iris xgermanica, ou iris des jardins, est sans contredit une des plantes vivaces préférées des Québécois. On le distingue des autres par ses poils ou barbes sur ses sépales, d’où son nom commun, iris barbu. Celui-ci, s’il n’est pas rajeuni, décline assez rapidement. Au bout de trois à cinq ans, il ne fleurit plus au centre, et même sa floraison en général diminue. À partir de maintenant, et ce jusqu’à la fin d’août, nous sommes en saison propice pour la division. Comme référence, je vous recommande le site Espace pour la vie (espacepourlavie.ca/division-des-vivaces), où toutes les étapes sont clairement illustrées et expliquées.

 

Maison Saint-Gabriel

 

La Maison Saint-Gabriel propose des conférences horticoles tous les dimanches à midi.

 

Demain, je vous invite à venir visiter ce magnifique endroit et à assister à ma conférence sur l’aménagement d’un balcon pour les quatre saisons.

 

Le 13 juillet à midi, 2146, place Dublin, Pointe-Saint-Charles, maisonsaint-gabriel.qc.ca

 

***

Dans la bibliothèque

Plantes à parfum
Serge Schall
Plume de carotte, coll. « Terra curiosa »
156 pages

Dans la première partie de ce très beau livre, on voyage à travers l’histoire des plantes à parfum de l’Antiquité jusqu’à l’industrialisation et on nous entretient sur les techniques d’extraction. Puis, comme à leur habitude chez Plume de carotte, la deuxième partie se consacre aux portraits de plantes, dans ce cas-ci des plantes parfumées du monde entier. Toujours bien documentés et magnifiquement illustrés, ces livres sont un plaisir pour les yeux et l’esprit. Celui-ci est particulièrement passionnant pour quiconque s’inté- resse au parfum.

Pur Safran

Plantes à parfum

Serge Schall

1 commentaire
  • Sol Wandelmaier - Inscrite 12 juillet 2014 17 h 01

    Merveilleuse idée..

    Bravo!