Un premier contact tiède

Le nouveau modèle du constructeur Lexus se positionne comme l’entrée de gamme des VUS Lexus, mais son design revitalise l’image de la marque.
Photo: Philippe Laguë Le nouveau modèle du constructeur Lexus se positionne comme l’entrée de gamme des VUS Lexus, mais son design revitalise l’image de la marque.

Qu’on les aime ou non, il faudra s’y faire : les VUS sont là pour rester. Les constructeurs généralistes en font tous, et de toutes les grosseurs ; les marques de luxe ont même dû emboîter le pas. Vocation oblige, Land Rover fut le précurseur, mais son Freelander restait un joueur marginal. Curieusement, Lexus brillait par son absence, mais ce ne sera plus le cas avec l’arrivée du NX.

 

Petit frère du RX, le NX se positionne en entrée de gamme des VUS Lexus. Outre l’Audi Q5, clairement identifié comme la cible no 1, il a aussi dans son viseur les Mercedes GLK, VW Tiguan ainsi que les BMW X1 et X3, du côté allemand ; sans oublier les Land Rover LR2, Range Rover Evoque, Acura RDX, l’Infiniti QX50 et le nouveau Lincoln MKC, seul joueur américain de ce créneau (pour l’instant).

 

En Amérique du Nord, l’Acura RDX est le meilleur vendeur de cette catégorie, mais chez Lexus, on nous a clairement dit, à micro ouvert, que la référence était l’Audi Q5. Il est vrai que le prestige des marques allemandes demeure sans égal et il y a des Acura ou des Infiniti qui se vendraient encore plus si elles avaient un logo BMW ou Mercedes.

 

Design audacieux

 

Spectaculaire et résolument agressif, le design envoie un message fort : Lexus veut revitaliser son image, perçue comme trop sage. Le mot sharp (aiguisé) revient constamment dans les présentations et la documentation de presse : « diamond sharp », « sharp styling »… La carrosserie semble effectivement avoir été taillée à la hache et ses formes ciselées, tout en angles, font inévitablement penser à Cadillac.

 

L’énorme calandre trapézoïdale, qui est désormais la signature visuelle de Lexus, se marie parfaitement avec ce style provocateur. Reste à voir si la clientèle de Lexus, plutôt conservatrice, va aimer et si cette audace amènera de nouveaux clients.

 

Note parfaite pour l’habitacle

 

Si vous avez pris place dans un RX récemment, vous ne serez pas dépaysé. Comme toujours, la finition est impeccable, plus cossue aussi que chez les autres marques de luxe japonaises. Même si c’est la même compagnie, il n’y a rien qui donne l’impression d’être dans une Toyota endimanchée. Pour la clientèle cible, ce genre de détail compte.

 

Si je ne suis pas un grand fan du design Lexus, j’aime beaucoup, en revanche, leurs habitacles, plus chaleureux que ceux des Allemands. Plus conviviaux, aussi : malgré l’abondance de technologie, on s’y retrouve plus facilement. Lexus ciblant une clientèle plus jeune pour le NX que pour ses autres VUS, celui-ci est à la fine pointe avec ses commandes tactiles, l’incontournable système d’infodivertissement (téléphonie Bluetooth, navigation, etc.) et même, pour la première fois, un chargeur sans fil pour les appareils portatifs.

 

L’ergonomie est une science que maîtrisent depuis longtemps les constructeurs japonais, aussi ne s’étonne-t-on pas du travail exemplaire de ce côté. Les diverses commandes sont simples, intuitives et bien disposées. On retrouve des espaces de rangement un peu partout ; des vide-poches, mais aussi un coffre dans la console centrale, en plus d’un grand coffre à gants.

 

Plus petit, mais pas moins spacieux

 

Même si elle n’existe que depuis un quart de siècle, la marque de luxe de Toyota s’est forgé une solide réputation pour la qualité de construction, mais aussi pour le confort, au sens large : confort des sièges, confort de roulement, insonorisation poussée… Le NX respecte les standards (élevés) de Lexus en tout point. Seule fausse note, l’appuie-tête, réglable seulement en hauteur, m’a indisposé, m’inclinant trop la tête vers l’avant.

 

L’habitabilité est un autre point fort du NX. Même s’il est plus petit que le RX, il n’est pas moins spacieux (ou si peu). À l’avant comme à l’arrière, il y a du dégagement pour la tête et les épaules ; même chose pour les jambes de ceux et celles qui prennent place sur la banquette arrière. Celle-ci est aussi confortable que les baquets avant, ce qui mérite d’être souligné parce que peu fréquent. Autre considération importante pour la clientèle visée, le compartiment à bagages est l’un des plus vastes de sa catégorie.

 

Manque de tonus

 

Pour la première fois, un moteur suralimenté loge sous le capot d’une Lexus. En cette ère de réduction des cylindrées, le turbo est à la mode et le NX suit la tendance avec son 4-cylindres biturbo de 2 litres, jumelé à une boîte automatique à 6 rapports. La suralimentation permet d’en extirper 235 chevaux, tandis que sa faible cylindrée et l’injection directe devraient lui permettre de consommer moins qu’un V6.

 

À l’usage, cependant, la puissance m’a semblé un peu juste : les accélérations comme les reprises n’ont rien de foudroyant. Avec 235 chevaux et un couple de 258 livres-pied, je m’attendais à plus de vigueur. Ce moteur n’a pas, non plus, la souplesse et le raffinement de ses rivaux allemands. Cible avouée, l’Audi Q5 est beaucoup mieux nanti : sur papier, son 4-cylindres est moins puissant et pourtant, il donne l’impression du contraire. Les chevaux allemands seraient-ils plus vigoureux que les chevaux japonais ? Je l’ai aussi trouvé moins souple, plus rugueux, que les 4-cylindres d’Audi et BMW.

 

Si la consommation est votre priorité, Lexus propose également une version hybride, la NX 300 heures, qui utilise un 4-cylindres de 2,5 litres jumelé à une nouvelle batterie à deux blocs, pour une répartition optimale du poids. La puissance maximale atteint 195 chevaux.

 

Lors du lancement, nous avons pu conduire les deux versions pendant plus de deux heures, essentiellement sur l’autoroute Sea-to-Sky reliant Vancouver à Whistler. Encore une fois, ce premier contact m’a laissé tiède. Si on regarde le verre à moitié plein, on notera que la conduite des Lexus est de moins en moins aseptisée. Par ailleurs, si le confort et la douceur de roulement sont au sommet de votre liste de priorités, vous êtes à la bonne adresse. Mais si vous cherchez une conduite avec plus de sensations et plus d’aplomb, regardez plutôt du côté des Audi Q5, VW Tiguan ou encore BMW (X1 et X3).

 

Conclusion

 

Pour ce premier contact, le Lexus NX m’a laissé sur ma faim. L’arrogance des constructeurs allemands m’indispose au plus haut point et je rêve du jour où les Japonais vont leur botter le derrière, mais force est d’admettre qu’ils n’y sont pas encore. La mécanique des petits VUS germaniques est plus raffinée, plus sophistiquée, et leur agrément de conduite est comparable à celui de leurs automobiles. C’est tout dire.

 

Cela dit, Lexus rime avec fiabilité, tandis que celle des marques allemandes tient plutôt du mythe. Ajoutez à cela des frais d’entretien exorbitants et des concessionnaires souvent peu amènes avec leurs clients. À l’inverse, Lexus traite les siens avec beaucoup d’égards.

 

Il n’a pas été possible, par ailleurs, de connaître les prix des différentes versions du NX puisque les gens de Lexus ont refusé net de les communiquer. Même chose pour les cotes de consommation des deux motorisations. Les constructeurs japonais sont réputés pour leur obsession du secret et c’est leur droit ; inviter des journalistes à un lancement sans révéler des informations aussi essentielles est cependant incompréhensible. Tout ce qu’on a trouvé à nous répondre, c’est que le prix se situerait dans les mêmes eaux que ceux de la concurrence — grosso modo, entre 35 000 et 50 000 $. Dans la liste des choses à ne pas faire lorsque vous faites de la communication d’entreprise, ceci est un exemple éloquent. J’aurais aimé tirer une conclusion plus élaborée, mais il me manque des informations essentielles pour le faire.


Collaborateur