Vivre l’été avant qu’il ait été

Le 1er juillet et même le 1er décembre, il n’y a aucune raison de bouder le vin rosé.
Photo: Jean Aubry Le 1er juillet et même le 1er décembre, il n’y a aucune raison de bouder le vin rosé.

Les journées raccourcissent et, je sais, l’hiver nous regarde déjà de cet air torve qui nous dit que nous n’y échapperons pas. Sans vouloir anticiper, consultons tout de même ces mixologues pour qui les mots « été » et « soif » ont toujours un bel avenir devant eux. Bien sûr, il y a l’eau plate. Mais, comme le souligne le mathématicien pour qui 0 + 0 = 0, de l’eau + de l’eau, ça ne fait bien toujours que de l’eau. Sans vouloir froisser le cartésien en question, j’avoue un petit faible pour le mixologue pour qui la somme des parties est plus percutante encore que les parties prises séparément. Un exemple ? gin + tonic = gin tonic.

 

Ceci n’est pas un exemple au hasard. Ce serait même l’exemple parfait — et je ne suis pas le seul à le penser — du cocktail qui tue la soif et lui redonne vie dans la foulée, à l’intérieur d’un cycle que ne reniait pas du tout Churchill, Sinatra, Dickens ou encore, histoire de rester dans la famille, ma tante Huguette. Mais soyons sérieux. D’abord, qu’est-ce qui fait un bon cocktail ? Selon Fabien Maillard, Fanny Gauthier et Lawrence Picard, trois mixologues québécois de haut vol, une règle s’impose d’office : ne pas dépasser cinq ingrédients car « trop de saveurs… tuent la saveur ».

 

Dans le cas du gin tonic, du gin, bien sûr, que je préfère pour ma part parfumé, délicat, nuancé. Ce pourrait être ce Broker’s Premium London Dry Gin, Royaume-Uni (25,50 $ – 11034492 – ★★★1/2), ce Citadelle, Pierre Ferrand, France (28,90 $ – 12039682 – ★★★1/2), ce Gabriel Boudier, France (35 $ – 11997707 – ★★★★) ou encore, plus marqué sur le plan de la personnalité (une affaire de goût ici), cet Ungava, Québec(34,75 $ – 11156764 – ★★★) et ce Hendrick’s, Royaume-Uni (45 $ – 10254012 – ★★★1/2).

 

Le tonic ensuite. Ou devrais-je dire soda tonique ou encore eau tonique ? Oubliez déjà le Schweppes (trop sucré !) pour vous concentrer sur des marques moins édulcorées, où la gamme des amers dominent. De plus en plus de gens élaborent leur soda tonique maison (avec de l’extrait de quinine), comme nous l’apprenait Lesley Trites dans une édition de The Gazette en mars dernier. Ma suggestion est d’en déguster plusieurs pour mieux cerner celui qui colle à votre goût. Les marques Fentimans, Fever-Tree sont recommandables, ainsi que Tonic Maison élaboré par le duo Palmer Lemaire, en vente, entre autres, au Marché des saveurs (marché Jean-Talon). Enfin, l’eau pétillante. Personnellement, l’Eska me plaît. À vous d’ajuster vos bulles.

 

Ah oui ! Le classique gin & tonic ? Dans un verre de type highball, versez et agitez sur glaçons :

 
  ¾ once de soda tonique
  1 1/4 once de gin
  2 1/2 onces d’eau pétillante
  zeste d’un citron vert

 Vous préférez boire de l’eau ? Ceci est pour vous.
 

Quelques vins rosés

 

À l’aube du 1er juillet, aucune raison de bouder le rosé. Vous pourriez même en mettre de côté pour le 1er décembre. Non seulement seront-ils alors meilleurs, mais ils feront palpiter de nouveau ce coeur de l’été que vous avez bien malgré vous laissé filer. Vous pourriez même être surpris de voir la dinde de Noël rosir à son tour à son contact ! Quelques coups de coeur :

 

Col de L’Orb Rosé 2013, Saint-Chinian, Cave de Roquebrun, France (14,50 $ – 642504). La maison impose ici un style, une couleur, une référence fruitée qui gagnera rapidement la ferveur des amateurs de rosés hauts en couleur et dotés d’une vinosité qui leur assure de belles dispositions pour s’asseoir à table avec des mets de caractère. C’est bien sec, de belle ampleur, d’un équilibre certain. (5) ★★1/2

 

Il Brecciarolo Rosé, 2013, Marche, Italie (15,65 $ – 12220721). Nuances florales et fruitées affriolantes pour des saveurs calibrées et pour le plaisir à ce point immédiat qu’il renvoie illico toute idée de procrastination aux calendes grecques. Bien sec, vivant, vibrant, léger et équilibré, voilà un montepulciano rieur et décontracté qui appelle déjà la salade niçoise en renfort. (5) ★★1/2

 

Domaine Houchart 2013, Côtes de Provence, France (16,35 $ – 11686503). Ce beau rosé consensuel et hautement polyvalent plaira aux « chercheurs de goûts » tout en offrant nuances, vinosité et présence. Le type de rosé sec qui ne se formalisera pas de la tendre amertume de l’atoca servi avec votre grosse dinde au jus ! (5) ★★★

 

Vieux Château d’Astros 2013, Côtes de Provence, France (17,25 $ – 10790843). Même tonalité rosée que le Miraval du tandem Jolie-Pitt mais avec, sur le plan des arômes et des saveurs, une impression plus substantielle sur le plan du volume comme de la vinosité. Un rosé sec, particulièrement jaseur de ses cépages qui contribuent, au-delà du simple profil levurien, à exprimer à la fois le terroir et le variétal. (5) ★★★

 

Pétale de rose 2013, Côtes de Provence, France (19,95 $ – 425496). Régine Sumeire peut être fière de sa cuvée 2013 qui place la subtile finesse des meilleurs rosés de Provence au premier plan. Tel un flacon libérant des essences rares, ce rosé sec, sans avoir l’air d’y toucher, gagne et envoûte, en légèreté comme en profondeur. Joli paradoxe ! (5) ★★★1/2

 

Terre Rouge Rosé 2012, Vin Gris d’Amador, Sierre Foothills, États-Unis (24 $ – 11629710). Le mourvèdre, comme à Bandol, constitue l’essentiel de l’armature de ce « gris » bien sec, passablement substantiel sur le plan fruité. Une année supplémentaire de bouteille l’approfondit plus encore, élargissant l’horizon épicé, traçant une décisive pointe d’amertume en finale. Rosé de repas. (5) ★★★

 

Miraval Rosé 2013, Côtes de Provence, France (24,95 $ – 12296988). Subtilité, discrétion mais aussi une certaine grâce résument l’édition rosée 2013 de ce « nouveau » domaine provençal. Le registre est bien sec, floral et épanoui, concentrant l’essentiel du fruité autour d’un axe minéral qui crée et maintient la tension sans fléchir. La beauté du flacon ne nuit en rien à l’ensemble. (5) ★★★

 

Whispering Angel 2013, Caves d’Esclans, Sacha Lichine, Provence, France(25,40 $ – 11416984). Difficile de demeurer insensible à cette proposition concoctée par Sacha Lichine et l’ancien régisseur du Château Latour, Patrick Léon. L’objectif est clair : articuler les meilleurs éléments fruits/terroir autour d’un axe sensible fait de petits détails réunis de la façon la plus harmonieuse possible. C’est bien sec, très fin, d’une allonge subtile. (5) ★★★1/2

 

Château Romanin Rosé 2012, Les Baux-de-Provence, France (27,30 $ – 11542041). Incontestablement un grand rosé. Il y a déjà beaucoup de luminosité dans la robe, comme si elle était elle-même animée d’une pulsion de vie. La suite confirme, après un passage à la carafe, que le rythme s’accélère, en finesse comme en profondeur, avec une part de puissance, de densité, de longueur. Grand vin ! (5) ★★★★ ©

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