Le pur et le dur

C’est une impressionnante liste d’appuis à sa candidature à la direction du Bloc québécois que l’ancien président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (SSJBM), Mario Beaulieu, a rendue publique en début de semaine.

 

À tout seigneur tout honneur, Bernard Landry est le premier signataire, suivi des Pierre Curzi, Claude Béland et autres. On retrouve surtout là tout le gratin « pur et dur » du mouvement souverainiste : Robert Laplante, de l’Action nationale, le politologue Denis Monière, l’écrivain Yves Beauchemin et même l’ancien ministre Richard Le Hir, dont les célèbres « études » avaient sérieusement embarrassé le gouvernement Parizeau à la veille du référendum de 1995 et qui anime aujourd’hui le site ultra-indépendantiste Vigil.net.

 

Ils ont reconnu un des leurs en Mario Beaulieu. Pendant ses années à la présidence du Parti québécois (PQ) de Montréal-Centre, il n’a cessé d’empoisonner l’existence de Lucien Bouchard en remettant inlassablement le dossier linguistique à l’ordre du jour des conseils nationaux et des congrès, où l’ancien premier ministre finissait invariablement par avoir l’air d’un mou.

 

M. Beaulieu a déjà raconté qu’il n’avait pas voté au référendum de 1980. En bon marxiste qu’il était à l’époque, il n’y voyait qu’une lutte entre petits bourgeois francophones et anglophones. C’est le retour au pouvoir des libéraux en 1985 qui l’a poussé à adhérer au PQ, et il a vite rattrapé le temps perdu. Comme plusieurs Montréalais qui ont grandi dans l’ouest de l’île, il n’a pas digéré le retour au bilinguisme.


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Son entrée dans la course, il y a un mois, a causé toute une surprise. Jusque-là, le député de Richmond-Arthabaska, André Bellavance, auquel s’étaient ralliés ses collègues du mini-caucus bloquiste, semblait se diriger vers un couronnement tranquille, mais sa victoire samedi paraît maintenant loin d’être acquise.

 

Le choix que devront faire les 19 000 membres du Bloc qui ont le droit de vote préfigure le débat auquel les militants péquistes et le mouvement souverainiste en général seront conviés au cours des deux ou trois prochaines années.

 

M. Bellavance voit le Bloc comme une vaste coalition incluant non seulement les souverainistes, mais tous ceux qui souhaitent voir les intérêts du Québec mieux défendus à Ottawa. Cette « bonne opposition » est en quelque sorte le pendant du « bon gouvernement » péquiste. M. Beaulieu entend plutôt « ramener le Bloc sur l’indépendance », quitte à prendre le risque d’effaroucher ceux qui préfèrent encore un Québec fort dans un Canada uni.

 

Les résultats du 7 avril ont bien démontré les limites de l’ambivalence dans laquelle le PQ s’est complu depuis le référendum de 1995. Il devra choisir s’il veut d’abord gouverner ou se consacrer corps et âme à la souveraineté. Si M. Beaulieu est élu chef du Bloc, la prochaine élection fédérale, qui aura lieu trois ans avant l’élection québécoise, deviendra une excellente occasion de mesurer l’effet d’un durcissement du discours souverainiste.


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Il faudra voir quelles conclusions les militants péquistes tireront de la défaite du 7 avril en ce qui concerne les questions identitaires. Faut-il reprendre le projet de charte de la laïcité, y compris l’interdiction du port de signes religieux ? En matière linguistique, doit-on réactiver le dossier de l’accès au cégep anglais ?

 

Ce sont là des questions qui relèvent au premier chef de l’Assemblée nationale, mais si Djemila Benhabib et le démographe Charles Castonguay ont décidé d’appuyer la candidature de M. Beaulieu, c’est qu’ils savent à quelle enseigne il loge.

 

À tous égards, l’ancien président de la SSJBM est aux antipodes d’un homme comme Gilles Duceppe qui, à l’instar de Lucien Bouchard, se méfiait des montées de fièvre identitaire. M. Duceppe lui reproche ses « propos populistes qui attisent le radicalisme ». S’il est encore inconnu au Canada anglais, sa réputation risque de le précéder. La Gazette le tient pour un indécrottable anglophobe.

 

Si le passé est garant de l’avenir, il ne tardera pas à soulever la controverse. Depuis l’hécatombe de mai 2011, le Bloc a presque complètement disparu de l’écran radar. Le règne de Daniel Paillé s’est déroulé dans la plus grande discrétion, la seule exception — spectaculaire, il est vrai — étant l’expulsion de Maria Mourani.

 

Pas plus qu’André Bellavance M. Beaulieu ne se fera remarquer par ses talents de tribun, mais on peut se fier à lui pour ce qui est de la provocation. Son idée de demander à ses députés de céder une partie de leur salaire à des organismes civils qui font la promotion de la souveraineté en est un bon exemple. Que le budget de la Chambre des communes puisse contribuer à la destruction du pays ne manquerait pas de soulever l’indignation. On peut d’ailleurs penser que les députés du Bloc ne seront eux-mêmes pas très emballés.

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