L’assurance auto, avec transmission télématique (bis)

En faisant appel à la géolocalisation, l’assurance automobile s’expose davantage aux préoccupations entourant la protection de la vie privée. Le premier anniversaire du programme Ajusto, de Desjardins Groupe d’assurances générales (DGAG), devient l’occasion de mesurer la sensibilité des institutions à la sauvegarde des renseignements personnels.

 

Télématique et marketing relationnel sont devenus les deux faces d’une même pièce. Les données personnelles sur les habitudes de consommation — le fameux « data » — deviennent donc une véritable mine d’or. L’an dernier, Bell avait inquiété la commissaire à la protection de la vie privée au Canada avec la mise à jour de sa politique de confidentialité ouvrant la porte à une surveillance accrue des habitudes de ses clients.

 

Jeudi, Rogers devenait la première grande entreprise de télécommunications au Canada à dévoiler un rapport de « transparence » sur sa politique d’utilisation des renseignements personnels de ses clients. Selon un texte de La Presse canadienne, Rogers a reçu l’an dernier près de 175 000 requêtes d’information sur des clients de la part de la police et d’agences gouvernementales. Environ la moitié des demandes en 2013 visaient à confirmer le nom et l’adresse d’un client.

 

Rogers a ajouté qu’elle fournissait de l’information sur des clients uniquement lorsqu’elle en est contrainte par la loi ou lors de situations d’urgence, après un examen approfondi de la demande. L’entreprise soutient qu’elle s’oppose aux demandes jugées trop larges et qu’elle s’en remet aux tribunaux si cela est jugé nécessaire.

 

Désormais chez les assureurs

 

La géolocalisation rattrapant désormais les assureurs, avec une technologie en télématique toujours plus abordable, « nous sommes très sensibles à ces questions touchant le respect de la vie privée », commente Denis Côté, vice-président Commercialisation chez DGAG. La semaine dernière, l’entreprise célébrait le premier anniversaire de son programme Ajusto, une assurance automobile qui accorde des rabais sur la prime pouvant aller jusqu’à 25 %, selon les habitudes de conduite des automobilistes. « Selon les résultats d’un sondage, 86 % des répondants ont dit être à l’aise avec la façon dont nous traitons les renseignements personnels. »

 

Le programme est encore jeune, avec ses premiers contrats d’assurance arrivant à échéance. « Nous commençons à peine à en mesurer les effets. » Mais le succès de ce type de programme repose sur la participation des gens, met en exergue Denis Côté. S’ils appréhendent une quelconque intrusion à la Big Brother… « Le Commissaire à la protection de la vie privée en Ontario nous a cités en exemple », s’est-il réjoui. Tout commence par la transparence, avec un contrat comportant des modalités et des conditions d’utilisation précises et exprimées en langage clair, le tout reposant sur une adhésion volontaire et gratuite au programme.

 

Uniquement des rabais

 

Et l’entreprise s’engage, par contrat, à ne pas se servir des données recueillies pour annuler une police d’assurance, pour refuser de la renouveler ou pour augmenter les primes. « Chaque conducteur doit assumer sa partie de risque. Cela dit, dans le cas de “mauvais conducteurs”, ce sera zéro rabais », souligne Denis Côté. Chez les 50 000 adhérents à Ajusto, le rabais moyen a été de 12 %. « Le conducteur obtient une prime plus juste, à partir d’une rétroaction sur sa conduite. Il en résulte des habitudes de conduite améliorées, donc moins de réclamations. C’est du gagnant-gagnant. »

 

Selon le sondage de Desjardins, la moitié des répondants reconnaissent être plus prudents depuis l’installation du dispositif. Le vice-président de DGAG cite une expérience britannique empruntant également à la télématique, ciblant la clientèle plus à risque des jeunes. Le nombre d’accidents dans ce segment a été réduit de près de 40 %.

 

Au Canada, DGAG n’est pas le seul assureur à offrir ce programme faisant appel à la géolocalisation. Industrielle Alliance (Mobiliz), Intact (Ma conduite) et Bélairdirect (Automérite) proposent également leur boîte noire. Chez Industrielle Alliance, un an après le lancement du programme en 2012, 70 % des abonnés avaient obtenu un rabais pour « bonne conduite », selon Protégez-vous.ca.

 

Si l’impact sur le bilan routier devient à ce point sensible, faut-il craindre qu’une adhésion volontaire puisse devenir obligatoire ? « Le consommateur ne veut pas être forcé », répond Denis Côté.

 

Et s’il est vrai que la télématique s’installe à demeure dans le monde de l’assurance automobile… Denis Côté ne conteste pas ces projections voulant qu’elle s’étende prochainement à 30 % des contrats d’assurance automobile souscris au Canada. « Ce sont les signaux que nous recevons. »


 
1 commentaire
  • Daniel Bérubé - Abonné 7 juin 2014 10 h 39

    Effectivement,

    vous avez bien dit Mr. Bérubé, :" Télématique et marketing relationnel sont devenus les deux faces d’une même pièce."

    Et je crois qu'il nous est très important de considérer la baisse d'accident dans l'ensemble, et principalement chez les jeunes (combien de tentatives de toutes sortes furent essayé par la SAAQ, avec les résultats décevant que l'on connaît...). Comme nous disons souvent, c'est quand le montant de la facture est touché que les changements se manifestent...

    C'est bien l'humain... il a souvent plus peur d'une facture un peu plus élevé de façon certaine, que d'un possible accident d'automobile, avec les suites possibles que l'on connaît...