Les Finances ? Au Dr Barrette… et ça presse !

Je ne parle pas à tort et à travers. Des ministres des Finances, j’en ai connu quelques-uns… des ordinaires, des gonflés à bloc, des téméraires et d’autres qui m’ont laissé des souvenirs inoubliables pour leur audace, leur sens de la justice et leur connaissance des dossiers. Comment pourrions-nous oublier les beaux yeux de Nicolas Marceau, remplis d’espoir et préoccupés par les difficultés des moins bien nantis et de la classe moyenne du Québec, soucieux à la fois du développement économique de ce Québec, mais aussi de l’avenir de nos enfants ? Ses mots étaient simples. On pouvait s’y retrouver dans chacune de ses lignes.

 

Je n’oublierai pas non plus la période où Pauline Marois s’est levée en Chambre comme ministre des Finances. On entendait presque son coeur battre pendant qu’elle faisait une lecture intelligente de ses orientations pour l’avenir de ce pays. Émue sans doute par le poids de la responsabilité qu’elle acceptait, elle avait été à la hauteur de ses grandes qualités, généreuse et patiente, expliquant longuement comment nous allions y arriver.

 

Bien sûr, je n’oublierai jamais Jacques Parizeau, le magicien, celui qui nous donnait chaque fois envie de nous dépasser tous et qui nous racontait pourquoi nous étions un grand peuple même si nous en doutions souvent. Avec encore un petit effort de plus, nous arriverions au sommet du monde.

 

L’imagination de cet homme, pour trouver des solutions faciles à comprendre pour tout le monde et pas seulement pour les économistes et autres spécialistes des chiffres en papier, n’a jamais été égalée.

 

On a toujours raconté que Jacques Parizeau écrivait son texte de présentation du budget seul. Il se retirait du monde pendant deux ou trois jours et livrait son discours debout à sa place à l’Assemblée nationale avec la maîtrise d’un grand acteur de théâtre. Le spectacle valait toujours le déplacement. Quand vous l’aviez écouté, vous aviez vraiment l’impression d’être moins ignorant et surtout, vous aviez toujours l’impression qu’il s’était adressé à vous seul comme si vous aviez eu droit à un privilège.

 

Rien de tout ça dans ce que j’ai vu mercredi à la télévision. Je ne connais pas M. Leitao. Ni d’Ève ni d’Adam. Peut-être est-il un formidable financier qui manipule des milliards de dollars chaque semaine ? Je n’ai aucune idée d’où il sort. Disons que je suis prête à reconnaître mon ignorance et à lui attribuer toutes les qualités que doit avoir un ministre des Finances aujourd’hui. Mais une fois que j’ai dit ça, ça n’arrange rien.

 

Je m’en confesse. Mercredi, je m’étais préparé une tasse de thé, j’avais décroché mon téléphone, j’avais même pris mon petit carnet pour noter ce que je pourrais et qui pouvait concerner les femmes en particulier. J’étais prête. Le spectacle pouvait commencer. M. Leitao a d’abord parlé en français puis en anglais. Il a salué ses invités qui étaient dans les galeries. Il était visiblement fier que sa famille le voie dans l’exercice de ses fonctions. Et puis, doucement, sans élever la voix et sans lever les yeux, il a commencé la lecture de son texte. Cinq minutes après, je dormais.

 

J’ai des excuses. Je m’étais levée à 5 h 30 mercredi matin, car mon chat qui est complètement déphasé par le lever du jour commence à me supplier de me lever vers 4 h 30. Je sais. Ça vous est bien égal ce qui préoccupe mon chat, mais ça explique qu’à 4 h de l’après-midi ce mercredi, j’avais la paupière lourde. Donc, je me suis endormie. Ce qui n’est d’aucun intérêt pour personne sauf si on se penche sur ce que ça révèle au bout du compte.

 

Je ne sais pas si le budget présenté était bon ou mauvais. Je me suis réveillée pour écouter les applaudissements nourris de la part des députés du PLQ. Ce qui tendrait à démontrer que mon chat a tort de se réveiller à 4 h 30 le matin. Mais aussi que M. Leitao va devoir engager un comédien au chômage (il n’en manquera pas, puisqu’on va réduire l’aide gouvernementale à la télévision et au cinéma, ont expliqué les analystes) afin d’apprendre à présenter un texte au public. Je suggère que M. Couillard fasse la même chose, car sa lecture du discours inaugural était tout aussi lamentable. Des classes en communications leur seraient bien utiles.

 

Ou alors… ma proposition, c’est de transférer les Finances au ministre Barrette. Lui, il maîtrise parfaitement la communication. Il parle à tout le monde droit dans les yeux, même quand il dit n’importe quoi. Il a en plus un côté « humoriste » qui en fait quelqu’un de plutôt rentable pour le Parti libéral où tout le monde a tellement l’air de se prendre au sérieux.

 

Quant au budget… je n’ai pas l’impression que j’ai perdu grand-chose. Mais ça, allez donc savoir.


 
15 commentaires
  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 6 juin 2014 06 h 44

    Prenez bien soin de votre chat

    Manifestement, le spectacle vous plaisait davantage quand il était offert par votre parti. Ceux donnés par M. Couillard et M. Leitao, moins. Bon, cette fois aussi, il y avait de la substance, mais puisqu'elle était libérale, vous jugez ne pas avoir perdu grand chose à n'en pas avoir entendu le premier mot. Comme nous n'avons rien gagné à vous lire. Alors, occupez-vous bien de votre chat. Dommage, pourtant : si vous y regardiez d'un peu plus près, vous verriez que le PM a des yeux doux et vous finiriez par être séduite par l'accent portugais du ministre Leitao. Si vous y regardiez d'une façon plus impartiale, vous conviendriez qu'ils paraissent très très bien...

    • Josée Duplessis - Abonnée 6 juin 2014 08 h 10

      Paraitre n'est pas être monsieur Maltais Desjardins. C'est la différence.
      Merci Mme Payette. Je vous lis toujours avec un très grand intérêt et je partage votre opinion.

    • Lise St-Laurent - Inscrite 6 juin 2014 09 h 22

      Je ne saurais mieux dire. Madame Saccoche a aussi fait sa marque mais elle oeuvrait au sein du PLQ, sans compter les autres qui ont fait avancer le Québec d'une certaine manière en y apportant une approche distincte.
      Nous n'avons pas besoin de tribuns tonitruants, il est reposant d'entendre des gens parler calmement sans trop de flaflas, ceci ne veut pas dire qu'ils sont incapables de remplir leur fonction. Trop de blablas pour épater la galerie pour finalement en être étourdi ne m'inspire pas. L'essentiel me suffit en peu de mots bien sentis, nul besoin d'éllaborer davantage avec moults détails. Monique Jérôme Forget et son langage coloré était un pur ravissement.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 6 juin 2014 10 h 24

      Madame Duplessis, nous sommes bien d'accord. C'est pourquoi j'aurais préféré que madame Payette soit attentive au fond plutôt que de déplorer la manière, se contentant de présumer que le contenu n'en valait pas la peine en avouant assez petitement n'en pas connaître le premier mot. C'est un peu commode et mérpisant de zapper comme s'il s'agissait d'une émission de Starac.

    • Gilles Goulet - Inscrit 6 juin 2014 12 h 15

      Monsieur Desjardins, vous avez résumé en quelques mots ce que je pense depuis très longtemps. Merci

  • Olivier Jalbert - Inscrit 6 juin 2014 08 h 21

    Les lecteurs du Devoir méritent mieux!

    Madame Payette mérite notre respect pour l'excellence de sa carrière passée dans le domaine des communications ("Appelez-moi Lise"). Malheureusement ses chroniques dans le Devoir se résument trop souvent à l'expression d'une certaine nostalgie des belles années péquistes auxquelles elle fut autrefois associée, mais sans grand contenu. Celle d'aujourd'hui en est un bel exemple. Les lecteurs du Devoir méritent des chroniques plus stimulantes.

  • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 6 juin 2014 09 h 32

    In nomine patris…


    «Je ne connais pas M. Leitao. Ni d’Ève ni d’Adam. Peut-être est-il un formidable financier qui manipule des milliards de dollars chaque semaine ? Je n’ai aucune idée d’où il sort. Disons que je suis prête à reconnaître mon ignorance et à lui attribuer toutes les qualités que doit avoir un ministre des Finances aujourd’hui. Mais une fois que j’ai dit ça, ça n’arrange rien.» (L. Payette)

    Venu d’un petit port portugais à l’âge de 19 ans, M. Leitão a raison de souligner que dans son pays d’origine, le Portugal, il n’aurait eu aucune chance de faire de grandes études comme ici au Québec (McGill) et de devenir riche (souliers de marche à 300$!) et célèbre (comme ministre des Finances) d’autant plus que nom de famille (leitão, en portugais signifie porcelet) lui aurait, pour le moins, rendu caricatural l’accès aux hautes fonctions portugaises. On a beau dire et écrire, les vieux pays ont leurs coutumes…

    Ceci dit, que M. Leitão soit «visiblement fier que sa famille le voie dans l’exercice de ses fonctions» et qu’il remercie du même souffle, et en anglais, ses électeurs anglophones (87,27% libéral) de sa circonscription (Robert-Baldwin) m’a plutôt laissé dubitative pour la suite des choses.

    J’aurais aimé qu’il remercie d’avance tous les Québécois pour les sacrifices qu’il s’apprête à leur demander suite aux coûts faramineux de la corruption depuis plus d’une décennie.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 6 juin 2014 10 h 31

      Madame Rodrigue: vous et moi, nous aimerions bien avoir une évaluation sérieuse de la part de la dette qui est directement liée à la corruption. À moins qu'il nous suffise de brandir le chiffre de 60 milliards... comme si cela donnait la mesure de ces malversations et surtout comme s'il ne fallait pas pondérer cette augmentation brute en la dette avec la progression du PIB. Mais je ne suis pas sûr que les militants des autres partis soient très intéressés à ces données publiques et qu'ils remercieraient si chaleureusement le ministre de nous en faire part. On l'accuserait plutôt de manipuler les chiffres pour nous endormir, n'est-ce pas?

    • Mathieu Therrien-Meunier - Inscrit 6 juin 2014 14 h 10

      Ce qui est important M. Maltais Desjardins ce n'est pas de ce qu'on accuse les autres, mais bien les faits qui relatent de telles suppositions au cour de l'histoire. Et je ne pense pas que cet historique soit très reluisant, du moins du côté de la population. Quand c'est rendu qu'on ne peut plus faire face aux données publiques par désintérêt, voir par aveuglement idéologique, il faudrait se demander s'il ne faudrait pas faire passer des tests d'aptitude à la gestion de la réalité. La population est souvent mise au banc par un certain dénigrement venant de ses Élu(e)s. Je pense que Mme Rodrigue parle à la fin de son commentaire d'un sens de la communité qui est trop souvent absent des discours politiques. La division se crée et surtout doit être entretenue pour avoir une plus grande maléabilité dans la pratique courante des incohérences. ''Cum aliquo pacisci paululā pecuniā''?

  • Michel Fontaine - Abonné 6 juin 2014 14 h 30

    Et la compétence, Madame ?

    Madame Payette,

    Vous oubliez un détail important dans votre évaluation comparative de M. Marceau et de M. Laetao et c'est la compétence.

    Le côté "séduisant" que vous prêtez aux yeux de Nicolas Marceau n'ont jamais réussi à masquer son incompétence qu'il a à nouveau manifestée dans sa réaction ultra-partisane au budget Laetao et aux commentaires du vérificateur-général qui confirment cette incompétence.

    Comme toujours, seuls des péquistes trouvent grâce à vos yeux...

    • André Nadon - Inscrit 7 juin 2014 00 h 09

      Nicolas Marceau peut sembler incompétent à vos yeux, mais le budget Leitao est une réplique presque parfaite du budget Marceau. Où est l'erreur?
      L'avenir le dira.

  • Charles Lebrun - Abonné 6 juin 2014 15 h 59

    Discours...

    Personnellement, je trouve que Mme Payette a raison, les politiciens ne sont pas des fonctionnaires... Je m'explique... Un politicien, est en premier lieu, non pas seulement une personne compétente, mais une personne INSPIRANTE, un leader! Une personne qui nous interpelle de par son discours... un peu comme une vedette le fait... et pour ça, ça prend du CHARISME... et ce n'est pas donné à tout le monde! Ces personnes se présentent, se font élire et s'entourent de bons économistes qui les conseillent... C'est ainsi qu'il n'est pas nécessaire d'être médecin pour être un bon ministre de la Santé! Mais, aujourd'hui, on est capable d'élire des gens aussi "drabe" et terne qu'Harper... alors...

    Concertant la corruption, il serait très approprié que l'on cesse de la trouver "nécessaire" et "pardonnable" parce que tous les partis y ont participé ou parce qu'elle est "libérale", ou trop DIFFICILE à calculer!!! C'est drôle, quand c'était le temps de "charger" des "extras" les calculs n'étaient pas DIFFICILES À CALCULER!!! Que l'on demande aux mêmes firmes qui ont connu des "extras", qu'elles remboursent les mêmes "extras" dans leurs PROCHAINS contrats avec le Gouvernement... Ainsi, l'échangeur Turcot, le CUSM, le CHUM et autres coûteront certainement moins chers!!! Et le budget du Québec pourra être bouclé! Ce n'est pas toujours aux salariés de la classe moyenne à payer!!!