L’arbre au coeur de notre santé

Les arbres ont des capacités de purification de l’air qui dépassent tout ce qui était admis jusqu’à présent.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Les arbres ont des capacités de purification de l’air qui dépassent tout ce qui était admis jusqu’à présent.

On sait depuis longtemps que la pollution nuit à la santé, mais quelles sont les percées dans ce domaine ? Entrevue avec François Reeves, cardiologue d’intervention, professeur agrégé de médecine à l’Université de Montréal, membre du Cercle scientifique David Suzuki et auteur du livre Planète Coeur. Santé cardiaque et environnement.

 

Qu’est-ce qui est nouveau en matière de pollution et de santé?

 

C’est la quantification du facteur de risque. Prenons l’excellente étude produite à l’Université de Glasgow, en Écosse, par R. Mitchell et F. Popham et parue dans le journal The Lancet en novembre 2008. Le service de santé publique de cette ville a voulu corréler la variable du revenu personnel avec l’indice de végétalisation du lieu de résidence de 40 millions de Britanniques, excluant les retraités, donc pour une population jeune.

 

Cette étude montre qu’en milieu urbain minéralisé et dévégétalisé, l’excès de mortalité liée aux maladies cardiovasculaires est de 119 % chez les démunis comparativement aux plus riches. En milieu végétalisé, l’écart tombe à un excès de 54 %, soit une diminution d’un ratio de 2,19 de l’écart de mortalité liée aux maladies cardiovasculaires entre pauvres et riches. Difficile de trouver une intervention médicale aussi efficace.

 

Avec le taux de pollution d’une ville, celui de l’industrialisation de son alimentation et le degré de verdissement, je peux déterminer le taux de mortalité liée aux maladies cardiovasculaires.

 

Comment la pollution atmosphérique a-t-elle un impact sur la santé du coeur?

 

On a longtemps pensé que seuls l’hérédité, l’alimentation et ce qu’on boit avaient une incidence sur les maladies vasculaires, mais il est désormais prouvé que la pollution de l’air entraîne l’oxydation de nos artères de la même manière que l’oxydation entraîne la rouille sur un tuyau de métal. Le stress oxydatif est d’ailleurs beaucoup plus important que le stress psychologique en ce qui concerne les maladies cardiovasculaires.

 

Précisons aussi que, chaque jour, 20 kilos d’air entrent dans notre organisme, comparativement à 2 litres de liquide et 1 kilo d’aliments solides, donc les conséquences de la pollution atmosphérique sont immenses sur la santé. En plus, celle-ci aggrave les facteurs classiques de risque de maladies cardiovasculaires : hypertension, syndrome métabolique et diabète.

 

Pourquoi l’arbre est-il notre meilleur allié dans la lutte contre la pollution?

 

Aujourd’hui, se réapproprier l’arbre semble essentiel à la santé et à la survie de l’homme. Une évidence : l’homme a besoin d’oxygène et dégage du CO2 ; l’arbre capte le CO2 et donne de l’oxygène. Il rafraîchit, diminue l’impact du vent et du bruit, mais, surtout, il est un puissant purificateur d’air.

 

En 2010, le Centre national pour la recherche atmosphérique (NCAR), en collaboration avec l’Université du Colorado du Nord et de l’Université de l’Arizona, a présenté dans la revue Science une étude sur le sujet. Selon leurs recherches, les arbres ont des capacités de purification de l’air qui dépassent tout ce qui était admis jusqu’à présent.

 

Par exemple, en présence de polluants, les arbres augmentent la quantité d’enzymes nécessaires à la dégradation des composés en substances moins toxiques, tout en augmentant la quantité de composés organiques volatils (COV) prélevée, ce qui nettoie l’atmosphère.

 

Les COV émis par l’utilisation d’hydrocarbure ont des impacts à long terme sur l’environnement et la santé humaine. L’apport des arbres sur la santé a récemment été illustré de façon marquante. Une étude a en effet montré que la perte de milliers de frênes par l’agrile du frêne, dans 15 États américains, a entraîné 6000 décès supplémentaires par maladies pulmonaires et 15 000 par maladies cardiovasculaires.

 

Comment Montréal pourrait-elle devenir un modèle cardio-environnemental?

 

Les données démontrent qu’en augmentant le taux de verdissement de 25 %, en interconnectant la ville avec la trame bleue et la trame verte, en créant des corridors verts dédiés au transport actif, en favorisant les énergies vertes, toutes des mesures cardio-environnementales, on abaisserait de 25 % à 75 % le taux de mortalité causée par les maladies cardiovasculaires.

 

D’ailleurs, la Ville a entrepris, en collaboration avec la Société de verdissement du Montréal métropolitain (Soverdi) et plusieurs autres partenaires, un déploiement massif dans le but de planter 375 000 arbres pour le 375e anniversaire de Montréal.

 

Des bénéfices moins connus

 

Le Shinrin-Yoku, ou « bain de forêt », est une récente forme de relaxation populaire au Japon qui consiste simplement à aller marcher en forêt. Il semble que les bénéfices ne proviendraient pas uniquement de la tranquillité mais également des composés organiques volatils émis par les arbres. Ces phytoncides, ou huiles essentielles, auraient des propriétés antibactériennes, anti-inflammatoires et même anticancérigènes.

 

Des études sont en cours afin de comprendre l’effet de ces substances. Néanmoins, une large analyse japonaise comprenant des participants de 24 communautés a déjà démontré que l’environnement de la forêt diminue les facteurs d’inflammation, la concentration en cortisol ainsi que la pression artérielle.

 

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Dans la bibliothèque

Les vertus miraculeuses des algues
Catherine Crépeau
Éditions de l'Homme
Montréal, 2014, 160 pages

 

Voilà un excellent petit bouquin, bien vulgarisé, qui nous fait découvrir le monde fascinant et méconnu des algues. On nous y explique l’origine des algues, les plus vieux végétaux de la terre, et leur utilisation à travers le temps et dans les différentes cultures. Mais surtout, on y présente leurs multiples et fantastiques usages, comme médicaments, compléments alimentaires, biocarburant, et leur utilisation en cuisine et en cosmétologie.

 

Précieuses pour la santé, les algues sont riches en fibres, en vitamines, en minéraux et en antioxydants. Elles ont notamment des impacts positifs sur le système immunitaire, le cholestérol, la tension artérielle, la santé de la peau et des cheveux. On découvre dans ce livre l’algoculture à travers le monde, les méthodes de récolte, de ramassage et de séchage et les vertus de l’agar-agar, de la chlorelle, de la spiruline et du wakamé.

 

Des recettes de beauté et de cuisine sont fournies ainsi que des trucs pour introduire les algues dans notre quotidien. On ne regarde plus les algues de la même façon après la lecture de ce livre.

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Au jardin cette semaine

 

En début de saison, il est important de bien prendre le contrôle sur les indésirables, soit en utilisant des moyens mécaniques, soit avec des herbicides à faible impact. L’utilisation d’un paillis est une excellente manière de réduire le temps alloué à cette tâche.

 

Pour la pelouse, on a jusqu’à la mi-juin pour réparer les zones endommagées avec un semis et on ajuste la hauteur de la tonte à 8 cm ; aussi, on pratique l’herbicyclage afin d’apporter de la matière organique à la pelouse.

 

Au potager, on protège nos poireaux et l’ail contre la teigne du poireau, soit à l’aide d’un voile, soit par une vaporisation de Bacillus thuringiensis kurstaki.

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Activité

 

Le dimanche 1er juin, le Domaine Joly de Lotbinière invite le public à découvrir l’héritage arboricole légué par sir Henri-Gustave Joly de Lotbinière et sa famille. À 10 h 30, Jean-Pierre Ducruc partagera sa passion pour cette forêt ancienne et à 13 h 30, Hélène Leclerc vous guidera à travers l’arboretum.

Les vertus miraculeuses des algues

Catherine Crépeau