Savoir investir le marché des actions

Je suis membre de votre classe Internet depuis huit ans. Jamais je n’ai regretté de prendre mes affaires en main et de suivre vos recommandations. J’ai fait au fil des ans l’acquisition de titres d’une dizaine de sociétés canadiennes versant de bons dividendes, titres que j’ai accumulés sur faiblesse des cours. J’ai présentement 63 ans et je suis célibataire. Mon objectif était de cesser de travailler à 64 ans en décembre 2014. Mais plus l’échéance approche, plus le doute s’installe. Selon les objectifs de richesse que vous proposez, j’aurai l’actif nécessaire pour percevoir des rentes d’une valeur de deux fois et demie le seuil de pauvreté (près de 50 000 $ bruts par année, n’est-ce pas ?) mais j’ai certaines réserves quant à vos hypothèses. Voici mes actifs actuels. REER : 327 000 $. Hors REER : 85 000 $, dont 25 000 $ dans le CELI. Régie des rentes à 65 ans : 741 $/mois. Valeur de ma propriété : 250 000 $ après rétribution au courtier avec un solde d’hypothèque de 80 000 $. Je n’ai aucune autre dette.

 

Trois points me préoccupent. Premièrement, les rendements sur mes actions ont été très productifs ces dernières années alors que les rendements sur obligations du Québec ont été anémiques, de sorte que ma part en actions est de 60 % contre 40 % pour les revenus garantis. Je sais que je devrai renverser ces proportions bientôt, car il est risqué de détenir plus de 40 % d’actions une fois retraité. Deuxièmement, vous faites l’hypothèse dans votre tableau que, dans l’avenir, l’inflation sera de 1,5 % et les rendements sur l’actif, de 6,5 %. Ces chiffres me semblent très optimistes. Par exemple, l’Institut québécois de planification financière propose un différentiel de 2 % entre le taux d’inflation et le rendement sur l’actif. Le vôtre est plutôt de 5 %. Ce rendement sera d’autant plus difficile à atteindre que je devrai investir de plus en plus dans des placements garantis qui sont les moins payants. Troisièmement, votre tableau suppose l’épuisement du capital et donc l’arrêt des revenus de l’actif à 80 ans. À 63 ans, marathonien et en très grande forme, mon espérance de vie est supérieure à cela, bien que je ne sois évidemment pas à l’abri d’un accident. Je ne trouve pas rassurant de devoir me retrouver avec mes seuls revenus de pensions gouvernementales à 80 ans. Suis-je trop prudent ou y a-t-il un élément de vos calculs ou de votre raisonnement que je ne comprends pas ?

 

Dernière question : j’ai 15 000 $ dans mon compte comptant : devrais-je rembourser de façon anticipée une partie de mon hypothèque (qui est à 2,85 %) ou l’investir ? Quand devrai-je commencer à vendre mes actions pour investir dans des placements garantis ?

 

Un étudiant reconnaissant
 

 

À propos des chiffres de l’Institut québécois de planification financière, je pense que le rendement de l’actif auquel l’Institut fait référence est le rendement après impôt des placements. Dans mon cas, j’utilise le rendement avant impôt pour faire les projections.

 

J’admets d’emblée que, dans le contexte actuel de taux d’intérêt très faibles, générer des revenus réguliers à la retraite n’est pas chose facile. En ayant mis l’accent sur les actions de grandes entreprises (à hauteur de 60 % de vos portefeuilles), vous avez probablement obtenu un rendement composé annuel supérieur à 6,5 % sur votre épargne au cours des dernières années. Rendu à la retraite, mettre autant l’accent sur les actions devient plus difficile, question de niveau de risque. Je suis d’accord avec vous que vous devrez réduire le poids des actions au cours des prochains trimestres. Mais j’estime que vous pourriez ramener ce poids autour de 50 % plutôt que de 40 % comme vous le désirez, surtout si vos placements sont constitués d’actions de grandes entreprises versant des dividendes élevés et croissants, Peut-être qu’au cours des prochaines années les taux d’intérêt grimperont quelque peu, chose fort possible si la croissance économique continue de se renforcer au sud de notre frontière. Une hausse des taux aurait pour effet d’accroître les revenus d’intérêt de la portion revenus fixes de votre portefeuille.

 

Cela dit, avec un actif net après impôt de 480 000 $, vous disposez d’un avoir suffisant pour prendre votre retraite à 64 ans ou, préférablement, à 65 ans. Sur la base d’un rendement composé annuel de 6 % et d’un taux d’inflation annuel moyen de 1,5 %, vous serez en mesure de retirer de votre REER 19 620 $ par année, montant que vous ajusterez à l’inflation annuelle pour les années subséquentes. À ce rythme, chose réconfortante, vous n’aurez pas épuisé les liquidités de votre régime à 83 ans, alors que son solde s’élèvera à plus de 200 000 $. Vous disposez donc d’une marge de manoeuvre pour prendre à l’occasion des ponctions additionnelles de votre REER pour faire face aux imprévus. Toujours à un rendement annuel de 6 %, votre portefeuille hors REER vous rapportera sous forme de revenus d’intérêt, de dividende et de gain en capital 4800 $ par année. Et il y a l’économie de loyer que procure votre maison unifamiliale, dont la valeur marchande nette de toute dette est de 170 000 $. Aujourd’hui, le coût mensuel d’un logement se rapprochant du confort de votre bungalow s’élève à 900 $ environ (région de Montréal). On parle donc d’une économie de loyer annuelle de l’ordre de 10 800 $. Le hic : votre propriété est encore grevée d’une hypothèque de 80 000 $. Le taux de celle-ci étant de 2,85 %, les frais d’intérêt se chiffrent à 2280 $ par année. En soustrayant ces frais de l’économie annuelle de loyer de 10 800 $, on obtient une économie de loyer nette de 8520 $ par année. Cette économie nette est après impôt. Avant impôt, elle équivaut à un revenu brut annuel de 13 742 $ (en supposant un taux d’impôt effectif moyen de 38 %). REER, portefeuille hors-REER et économie de loyer nette vous accorderont un revenu brut équivalent annuel de 38 162 $.

 

À cela s’ajoutent les rentes gouvernementales. Celle de la Régie des rentes sera de 8892 $, selon vos dires. Celle de la Pension de la sécurité de la vieillesse du Canada était de 6612 $ à la fin de 2013 (elle sera un peu plus élevée en 2015). Vos rentes gouvernementales totaliseront près de 15 504 $ par année, ce qui porte votre revenu annuel brut équivalent global à 53 666 $. Vous n’êtes pas très loin de pouvoir vivre à 2,5 fois votre seuil de pauvreté, qui est, à la fin de 2013, 24 089 $ par année.

 

J’admets toutefois que, travailler avec un rendement annuel composé de 6 % peut être élevé dans le contexte actuel. Mais les choses peuvent changer au cours des cinq prochaines années si la croissance économique se poursuit, voire s’accélère.

 

Quant à savoir si vous devriez accélérer le remboursement de votre hypothèque, tout dépend du rendement obtenu de vos placements. Le coût de votre hypothèque est de 2,85 %. C’est son coût après impôt puisque les frais d’intérêt ne sont pas déductibles. Si vous estimez être en mesure d’obtenir de vos placements un rendement après impôt supérieur au coût annuel de l’hypothèque (2,85 %), il vaut mieux investir vos liquidités dans lesdits placements. Sinon, il vaut mieux accélérer le remboursement de l’hypothèque.

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