Modèle de relance

L’Infiniti Q50S 4RM hybride est le modèle le plus sophistiqué de la gamme Q50, qui emprunte certains traits de la voiture-concept Infiniti Essence : des formes plus sculptées et une nouvelle calandre à doubles arches qui accentuent sa personnalité.
Photo: Luc Gagné L’Infiniti Q50S 4RM hybride est le modèle le plus sophistiqué de la gamme Q50, qui emprunte certains traits de la voiture-concept Infiniti Essence : des formes plus sculptées et une nouvelle calandre à doubles arches qui accentuent sa personnalité.

Dans le créneau très lucratif des marques de prestige, Infiniti tarde à gagner du lustre. Cela explique les nombreux bouleversements que son constructeur, Nissan, lui fait subir depuis 2011.

 

Après avoir déplacé le siège social de la marque de Yokohama à Hong-Kong, à la porte du nouveau Klondike de l’industrie (la Chine), les nominations de grandes pointures se sont multipliées.

 

En juillet 2012, Nissan a débauché l’ex-patron d’Audi of America, Johan de Nysschen, en lui accordant la direction de la marque. L’Allemand n’a pas tardé à agir. Dès décembre, il a bousculé l’ordre établi en créant une nouvelle nomenclature alphanumérique pour les produits. Les automobiles sont désormais désignées par la lettre Q suivie d’un chiffre, alors qu’on utilise QX dans le cas des utilitaires (les camions, si vous préférez). Cet exercice doit simplifier les nouvelles stratégies commerciales et, surtout, concentrer toute l’attention sur un seul nom : Infiniti.

 

En septembre 2013, l’Australien Michael Bartsch est devenu le vice-président pour l’Amérique du Nord, un marché où Infiniti accuse du retard depuis sa création, il y a déjà 25 ans. Cette nomination semble prometteuse. Bartsch était le numéro 2 de Porsche Cars North America, alors qu’auparavant il dirigeait Porsche Canada, deux filiales très profitables de la marque allemande.

 

Puis, en mars dernier, Nissan a fait de François Bancon le nouveau responsable des stratégies de développement et de commercialisation à l’échelle mondiale. Ce vétéran de Renault occupait la même fonction au sein de Nissan, depuis 2005. Bancon aurait d’ailleurs joué un rôle clé dans le lancement de la voiture électrique Leaf.

 

Récemment, ces nouveaux acteurs de l’industrie ont annoncé un projet ambitieux pour les cinq prochaines années : étoffer la gamme en offrant 60 % plus de modèles et en doublant le nombre de groupes motopropulseurs afin d’accroître la part de marché d’Infiniti de 10 %.

 

Les chiffres de ventes expliquent cet empressement à bonifier l’offre. Au Canada, Infiniti a vendu moins de 9 000 véhicules en 2013, à peine 1 000 de plus que l’année précédente. Or, durant ces deux années, BMW et Mercedes-Benz ont écoulé presque quatre fois plus de véhicules et Lexus, deux fois plus.

 

Aux États-Unis, le portrait est similaire. Dans ce marché où les ventes annuelles de ces quatre marques dépassent le million de véhicules, la part d’Infiniti n’en représente que le dixième.

 

Le renouvellement de la marque en est donc à ses débuts. La berline Q50 est arrivée l’été dernier. Puis, il aura fallu attendre le Salon de l’auto de New York, en avril, pour se mettre d’autres nouveautés sous la dent. Et encore, il ne s’agissait que de modèles connus auxquels on a apporté des retouches et amélioré la dotation : la grande berline Q70, à laquelle on a ajouté une nouvelle version à empattement allongée (destinée principalement au marché chinois), et le gros utilitaire QX80, un modèle massif dont les ventes restent limitées.

 

Le premier grand test pour Infiniti surviendra en 2015, lorsqu’une compacte à hayon appelée Q30, première véritable nouveauté pour la marque, fera ses débuts à l’échelle mondiale.

 

L’auto la plus importante

 

Entre-temps, la Q50 demeure le modèle d’automobile le plus important pour la marque. Cette berline, qui a remplacé la G37 vendue l’an dernier, vise la clientèle des BMW Série 5 et Mercedes-Benz Classe E.

 

Par rapport à la G37, la Q50 emprunte certains traits de la voiture-concept Infiniti Essence : des formes plus sculptées et une nouvelle calandre à doubles arches qui accentuent sa personnalité. L’esthétique constitue, en effet, un critère de sélection important dans ce créneau.

 

La dotation aussi a son rôle à jouer. C’est compréhensible lorsqu’une voiture coûte près de 60 000 $, comme la Q50S 4RM hybride dont nous avons fait l’essai.

 

Pour cela, le constructeur mise sur diverses formes de technologies. Il y a d’abord ces gadgets électroniques qui se multiplient à bord des voitures modernes, comme le système multimédia InTouch de la Q50. Doté de deux grands écrans tactiles de 7 et 8 pouces, il remplit la portion centrale du tableau de bord et réunit diverses fonctions de communication, de navigation et de divertissement. Il donne indéniablement une allure moderne à cette voiture. Malheureusement, tous ces écrans tactiles demandent une attention accrue au conducteur à cause de leur manipulation, qui exige plus de précision, et par la multiplicité des fonctions qu’ils rassemblent.

 

Par ailleurs, la sécurité active et passive n’étant plus l’apanage de Volvo, Nissan, comme les autres constructeurs, offre désormais de plus en plus de systèmes d’aide à la conduite sophistiqués. Il est donc possible d’équiper l’Infiniti Q50, contre un supplément de 4300 $, d’un régulateur de vitesse avec contrôle de distance de sécurité, de même que de dispositifs de freinage d’urgence avant, de détection d’obstacles dans les angles morts, de détection de louvoiement et de prévention des collisions en marche arrière.

 

L’ensemble offert par Infiniti comprend également une exclusivité : un système de détection de collision frontale capable d’avertir le conducteur d’un risque survenant au-delà de son champ de vision. Ce dispositif peut, en effet, mesurer la vitesse et la distance relatives entre la Q50 et le véhicule qui la précède, mais aussi celui qui se trouve devant ce dernier. Heureusement, je n’ai pas eu l’occasion de le mettre à l’épreuve !

 

La mécanique de la voiture fait également partie de l’éventail des technologies. Pas tant pour le V6 de 3,7 litres monté sur les modèles d’entrée de gamme à deux ou quatre roues motrices, même s’il affiche des cotes intéressantes : 328 ch et 269 lb-pi de couple. Les stratèges d’Infiniti mettent plutôt en valeur un groupe motopropulseur hybride qui réunit un V6 de 3,5 litres et un moteur électrique de 50 kW pour produire une puissance nette de 360 ch. Comme pour l’autre V6, on l’a jumelé à une boîte de vitesses automatique à 7 rapports.

 

Ce groupe motopropulseur hybride a permis à notre voiture d’essai, une Q50S à quatre roues motrices, de réaliser une consommation moyenne de 9,2 litres/100 km; une cote appréciable dans le cas d’un moteur qu’il faut alimenter de carburant super.

 

Bref, cette berline de luxe n’a pas grand-chose à envier à ses rivales européennes et asiatiques — sauf la notoriété. La finition intérieure est soignée, le confort est convenable et les performances sont au rendez-vous. Cela dit, la suspension sport du modèle Q50S est plutôt sèche, alors que les transitions entre les modes thermique, mixte et électrique du groupe hybride manquent de discrétion et donnent l’impression que le moteur hésite.

 

Mon choix se porterait donc sur une Q50 ordinaire. Plus abordable, ce modèle serait plus agréable à conduire et constituerait une alternative désirable par rapport à la concurrence.


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1 commentaire
  • Raymond Chalifoux - Abonné 12 mai 2014 06 h 38

    " ... le modèle d’automobile le plus important pour la marque."

    Que ce modèle soit ou non important pour la marque, la première préoccupation d'Infiniti aurait dû être de donner une gueule un peu plus "sexy" à la Q50 qui, peu importe le nom, a toujours été… navrante. Certaines de ces lignes rappellent encore la fin des années 1990, je trouve.

    En 1954, chez Kaiser, on ne s'est pas gêné et on a carrément copié le superbe design des phares d’une Buick « show car » 1953 (cette forme ovoïde contenant et les phares et les feux de stationnement). Or chez Infiniti on aurait dû s’inspirer de ces looks d’enfer qu’ont réalisés ces dernières années Citroën, Cadillac, Kia et Hyundai pour ne nommer que ceux-là. Parce qu’en matière de bagnoles, on ne s’en sort pas : le look DOIT y être! Autrement, pour le « customer », c’est comme s’envoyer en l’air avec un partenaire moche; et quel que soit le talent de ce dernier au chapitre de la… « tenue de route »…: il manque un truc ben, ben, ben important!