L’avenir du travail avec Baxter, Paro, Warren…

L’accélération des innovations technologiques et l’intérêt grandissant des investisseurs font croire que le monde serait à l’aube d’une « nouvelle ère de la machine » dont les héros seraient les robots et les victimes pourraient être les humains.

Ce lendemain de Journée internationale des travailleurs offre une belle occasion de se pencher brièvement sur une question qui intéresse depuis longtemps les auteurs de science-fiction et futurologues de tout acabit, mais qui est récemment revenue en vogue auprès des experts.

 

Plus de deux siècles après que des artisans ont essayé de détruire les premières machines à tisser de la Révolution industrielle de peur qu’elles ne leur fassent perdre leur gagne-pain et quelques décennies après qu’on a fait miroiter la société des loisirs aux gens grâce au progrès technologique, on se remet à entendre parler de l’arrivée en masse des robots et de son impact sur les travailleurs faits de chair et d’os.

 

Jusqu’à présent, ce qu’on appelle la robotisation a surtout été le fait des grandes entreprises manufacturières, particulièrement dans les domaines de l’électronique et de l’automobile. En 2012, la vente de robots représentait un marché de 8,7 milliards dans le monde, et les seuls constructeurs automobiles comptaient pour plus de la moitié de ce marché aux États-Unis, rapportait en mars The Economist.

 

Les choses semblent toutefois en train de changer, disent les observateurs, pour trois raisons principales. La première est la découverte et la commercialisation d’une quantité exponentielle d’applications technologiques et de logiciels, en même temps que la chute de leurs prix et l’explosion de données numériques. La deuxième est l’extraordinaire énergie créatrice et entrepreneuriale qu’ont libérée ces nouvelles possibilités technologiques. La troisième est l’intérêt grandissant des investisseurs, y compris de très gros, comme Google, Apple et Amazon, qui multiplient, dans le domaine, les acquisitions et les annonces de projets ambitieux, comme l’automobile sans conducteur ou la livraison de colis par drones.

 

Robots à vendre

 

Les robots proposés prennent toutes sortes de formes et visent toutes sortes de tâches. D’un peu moins d’un mètre de haut et cul-de-jatte, mais pourvu de deux longs bras et d’un écran numérique à la place du visage, le robot Baxter de la firme américaine Rethink Robotics ne coûte que 25 000 $ et peut être programmé simplement en le guidant du geste, comme le ferait un instructeur de tennis avec ses élèves.

 

Tous ne sont toutefois pas destinés au plancher des usines. ll y en a qui font de la manutention dans les entrepôts et les hôpitaux. Le Québec a fait la connaissance, il y a deux ans, de Paro, le bébé phoque fabriqué au Japon qui divertit et donne de l’affection aux personnes âgées. D’autres, comme Warren (nommé ainsi en l’honneur de l’investisseur américain Warren Buffett), ont l’air d’ordinateurs tout bêtes, à la différence près qu’ils peuvent, non seulement recueillir et traiter en un clin d’oeil des nombres astronomiques de données financières, mais aussi en tirer des déductions, des questions et des recommandations aussi bien sinon mieux que n’importe quel jeune analyste financier.

 

Les économistes ne s’entendent pas sur l’ampleur qu’aura le phénomène ni sur son impact. La version optimiste des choses est que ces robots seront essentiellement chargés des corvées les plus pénibles, répétitives et dangereuses, laissant aux humains des tâches plus valorisantes et généralement mieux rémunérées, qui demandent des aptitudes dont les robots sont dépourvus, comme l’empathie, le sens d’adaptation, la créativité et l’entrepreneuriat.

 

On fait aussi miroiter de remarquables gains d’efficacité. Le chef de la recherche d’une entreprise de sous-traitance dans le secteur des services estimait la semaine dernière, dans le Financial Times, les économies potentielles à 70 %, contre 20 % à 40 % avec la délocalisation vers les pays en développement. La richesse ainsi créée, dit-on, retournera dans l’économie, créant de nouveaux emplois que pourront occuper ceux qui ont perdu leurs places au profit des robots.

 

La moitié des emplois

 

Une étude de l’Université Oxford prévenait cet hiver que près de la moitié des emplois aux États-Unis allaient être à risque au cours des 20 prochaines années, dont plusieurs de cols blancs. Selon cette étude, les métiers les plus exposés seraient, par exemple, ceux de comptable, de vendeur dans un commerce au détail, d’opérateur de machine à coudre, de cuisinier, de rédacteur technique ou d’opérateur de réacteur nucléaire. Les enseignants, les dentistes, les sociologues ou encore les entraîneurs sportifs pourraient, au contraire, dormir tranquilles.

 

Rappelant que la première révolution industrielle a pratiquement éradiqué la population d’agriculteurs dans les pays développés, des experts disent craindre que les robots aient le même impact sur certains types d’emploi, mais de manière beaucoup plus rapide, ne laissant pas le temps aux gens touchés de s’adapter.

 

Dans un récent ouvrage très remarqué, les chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT) à Boston Erick Brynjolfsson et Andrew McAfee estiment aussi que tout est en place pour le décollage fracassant d’une nouvelle ère des machines (The Second Machine Age). Ils disent craindre cependant que cela ne vienne aggraver le problème déjà aigu, dans plusieurs pays, de l’enrichissement d’une petite élite financière et technologique, alors que stagnent, ou même reculent, les conditions de vie du reste de la population.

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