So-so-so-solidarité féminine

Amazones de l’ombre, les femmes enterrent le rouge à lèvres et brandissent l’épée devant l’adversité. Une force tranquille insoupçonnée.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Amazones de l’ombre, les femmes enterrent le rouge à lèvres et brandissent l’épée devant l’adversité. Une force tranquille insoupçonnée.

Il n’y a rien qu’elles ne m’ont pas offert. De l’écoute, du caviar d’aubergine bien citronné, des fleurs printanières, des bas tricotés à la main, ramener ou garder mon B après l’école, faire mes courses, venir à l’hôpital avec moi, des courriels pour me faire rigoler, du macaroni au fromage, encore de l’écoute, des tuyaux, jamais de conseils, des lampions bouddhistes, même un joint, tiens, enrubanné et thérapeutique avec une livraison de crêpes aux poires : « C’est bon pour ce que t’as. »

 

Il n’y a rien qu’elles n’ont pas déployé, n’attendant pas que je le demande, pour déterminer les besoins, voir au plus urgent, combler les trous, colmater la faim ou le manque d’appétit, simuler l’équilibre, conserver un semblant de routine. Depuis quatre mois, la solidarité féminine m’épate.

 

C’est la seconde fois de ma vie que je suis forcée d’accepter d’être prise en charge par le groupe, cette énergie fondamentale, la force du nombre, le déploiement des effectifs sur le terrain de la maladie et de l’à-vau-l’eau qui en découle.

 

Elles sont là, mes amazones de l’ombre, prêtes à dégainer, bénévoles sans médailles, psys sans diplômes, infirmières sans aiguilles, petites fées discrètes, jouant de leur partition en solo, formant un band assez musclé pour qu’on lui prête l’oreille. Même des femmes qui ne sont pas des amies proches ont retroussé les manches, m’ont offert mer et monde, tendu la perche pour que je m’y accroche.

 

Je ne peux que constater, encore une fois, que les filles sont des aidantes naturelles surnaturelles. Elles parlent, mais elles agissent. Elles ont dépassé le stade théorique ; la phase pratique, elles comprennent. Sororité, complicité féminine, capacité d’empathie, peu importe comment on l’appelle, cette force tranquille soutient notre société sans qu’elle soit quantifiée, applaudie ou rémunérée.

 

Nous sommes dans le troc fondamental de survie, l’échange pur, le don à la suivante, la main tendue pour rien, sans remboursement à la clé, sans dette, sans déficit national. Une simple question de survie. Oui, les filles peuvent être cinglantes entre elles, mais devant la véritable adversité, elles enterrent le rouge à lèvres et se montrent redoutables d’efficacité.

 

Elles brillent par leur absence

 

La psychologue Rose-Marie Charest abonde intuitivement dans mon sens, même si la documentation sur le sujet est à peu près inexistante : la solidarité féminine est un ciment social véritable dont nous profitons tous. « Les femmes ont une capacité d’empathie plus grande et peuvent décoder les signes plus facilement que les hommes ; c’est en partie dû à leur biologie et au fait qu’elles étaient celles qui traditionnellement s’occupaient des enfants et des besoins de chacun. Les hommes sont en résolution de problème. La fille va prendre le temps d’aller à l’hôpital avec toi parce qu’elle sait que sa présence est importante. Le gars va te dire : prends un taxi si je ne peux pas aller te conduire. Il pense au résultat. »

 

En gros, les hommes vont plutôt favoriser la solidarité et l’entraide sur le terrain professionnel, le boy’s club, alors que les femmes la mettent à l’avant-plan dans la sphère personnelle.

 

Mais ce qui fait tiquer la psy, c’est plutôt le fait que les femmes suivent une pente naturelle où elles se sentent plus confortables, au chevet des malades et des nécessiteux, plutôt qu’à défendre leurs intérêts et militer pour leurs droits. Au lendemain de la composition inégale du Conseil des ministres, 8 femmes pour 26 honorables, la présidente de l’Ordre des psychologues du Québec se désole. « Pendant que les filles sont à l’hôpital avec leurs amies, elles ne sont pas en politique. Les femmes vont aller vers ce qui leur semble plus naturel. Pour beaucoup d’entre elles, être en position d’être critiquée, c’est moins confortable que prendre soin des autres. Et malgré une forte hausse de la présence des femmes à l’université, ça ne se reflète ni dans les postes, ni dans les salaires. »

 

Au final, les femmes se sentent valorisées dans la relation à l’autre, solidaires de sa douleur, dans une forme d’intimité cocon rassurante. « Le choix est plus facile, disons, poursuit Rose-Marie Charest. Prendre la décision d’aller jouer un rôle d’autorité, moins maternant, ça fait appel à une prise de risque. Et les modèles sont encore rares. »

 

Pourtant, prendre le pouvoir serait le meilleur des antidépresseurs, selon la présidente des psys. « Le manque de pouvoir explique un plus haut taux de dépressions chez les femmes. Elles n’osent pas. L’impuissance est un dépresseur profond. »

 

Sur le terrain

 

La nouvelle conseillère d’arrondissement du Plateau-Mont-Royal et ex-animatrice Marie Plourde, n’a certainement pas besoin d’antidépresseurs depuis six mois. Élue en novembre dernier, elle a également été nommée présidente du Comité consultatif d’urbanisme et membre du CA de la STM. « Je tripe tellement. Je suis totalement à ma place, s’enthousiasme celle qui a étudié quatre années en urbanisme. Je suis sur le terrain, j’aide les citoyens, je mène mes dossiers. Bref, je me sens super-compétente, mais à la maison, je me sens coupable de ne pas être comme avant. C’est très difficile à concilier. »

 

Maman d’une jeune Lou de quatre ans, en couple aussi, Marie est pourtant de celles qui m’ont offert de venir avec moi à l’hôpital, de me tenir la main, même si elle ne fait pas partie de mon cercle d’amies. Une immense générosité l’anime, on le sent. Et elle carbure aux projets stimulants, nourrit ses réseaux sociaux de mille remarques pertinentes. « Les femmes, on est bonnes sur le terrain, on est multitâches, on ne compte pas. Mais on a bien du mal à prendre notre place », constate la conseillère.

 

À un point tel que Marie a suivi des séances de coaching avec d’autres filles de Projet Montréal pour développer leur côté masculin : « On apprend à baisser la voix, à ne pas avoir une approche trop émotive, à se retirer sur sa chaise, à se retenir. C’est le côté émotif qui nous perd. Mais si tu l’enterres complètement, ça risque de ne plus te ressembler non plus. »

 

À quand du coaching pour que les hommes développent leur côté macaroni au fromage, écoute empathique et massages de pieds ?


JOBLOG

Complicité médico-sexo-féminine

Au premier rendez-vous en couple avec la gastro-oncolo, je mentionne le mot « libido », juste pour voir l’effet que ça lui fera. La docteure rétorque, ferme mais complice : « Vous n’aurez pas tellement le goût de faire des galipettes. Monsieur va comprendre… Y a pas juste ça dans la vie. » Regard entendu en direction du monsieur, tout sourire et compréhensif. Il a un côté féminin très fort. Au second rendez-vous avec la gastro (sexo)-oncolo, un mois plus tard, je mentionne que mon charmant mari ne veut plus avoir de rapports bibliques avec moi avant six mois. La docteure s’empourpre : « Ben, là, monsieur, vous savez qu’on peut vous offrir du soutien psychologique ? ! Vous n’allez pas rentrer chez les moines ! Votre femme a besoin de se sentir fèèèèèèèmme ! Et pis, c’est bon pour la guérison, la sérotonine. Je vous prescris un souper aux chandelles dès ce soir ! »

En ressortant, le mari aspirant moinillon me lance : « Maudit que c’est compliqué, 
les filles ! »


Il a un peu raison. Mais c’est pour ça que c’est le fun.

9 commentaires
  • Julie Plamondon - Abonné 2 mai 2014 07 h 28

    Bel hommage à nos amies et so, so vrai!

    • Pierre Mayers - Inscrit 2 mai 2014 11 h 40

      Je ne ressens pas, ici, dans les propos de la gastro(sexo)-oncolo, comme vous dites,une très grande empathie face à ce que peut ressentir votre compagnon dans les circonstances!

  • Louis Barbeau - Abonné 2 mai 2014 07 h 47

    A propos des Boy's Clubs ...

    Ma petite expérience de ces regroupements m'a laissé un goût très désagréable de relations à objectfis calculés. Je n'y ai jamais percu de réelle compassion et pas/peu d'entraide. Les discussions sont pathétiques d'intérèts personnels et servent de nourritures pour cariéristes.

    Bref, assez déprimant. Pensez y bien mes dames avant de vouloir trop émuler le régime en place.

    Louis B.

  • Marc O. Rainville - Abonné 2 mai 2014 09 h 34

    ''Je ne peux que constater, encore une fois, que les filles sont des aidantes naturelles surnaturelles.''

    De mon côté, je constate que les gars sont des aidants naturels naturels.

  • Yvon Bureau - Abonné 2 mai 2014 09 h 54

    Un sage a dit

    Sans les femmes, les populations meurtries par les guerres ne se seraient jamais remises. Honneur à elles!

    Et le contraire du verbe donner est recevoir.

    Que la vie soit avec toi, et en abondance, chère Josée !


    Merci de nous écrire. Écrire, c'est toujours mourir un peu ET c'est toujours guérir et vivre beaucoup.

  • Umm Ayoub - Inscrite 2 mai 2014 11 h 05

    La vrai vie et les stastiques


    Ils serrait temps que les féministes cesses de faire des statistiques sur le pourcentage de femmes en politique, dans des postes de direction, dans l'armée, dans la construction, etc, et de les pousser à occuper ces espaces majoritairement masculins... alros qu'elles ne le veulent pas nécessairement.

    Que les féministes laissent donc les femmes vivre en paix leur vie selon leur nature.

    Si quelques femmes sont assez énergiques pour passer toute leur journée sous toutes les intempéries pour construires de maisons, ou qu'elles ont assez de caractère pour diriger une entreprise, et qu'elles aiment ça, pourquoi pas. L'important c'est que cela ne leur soit pas interdit. Mais de là à vouloir à toux prix 50 % de femmes dans ces métiers, sous peine que la société ne soit pas égalitaire, c'est tout à fait irréaliste !

    Il y a une bonne réflexion à faire à ce sujet de la part des féministes !

    Merci de ce beau texte très éloquent de vérité, qui remet un peu les choses en perspective.