L’Autobeaucoup 2.0

Plus longue, plus large et plus haute que ses concurrentes, la Journey peut aussi se permettre une troisième banquette (en option).
Photo: Philippe Laguë Plus longue, plus large et plus haute que ses concurrentes, la Journey peut aussi se permettre une troisième banquette (en option).

La Journey n’est pas une fourgonnette à proprement parler, mais plutôt un multisegment, appellation fourre-tout par excellence. Comme les gens n’achètent plus de familiales et que les vraies fourgonnettes sont snobées, les constructeurs ont créé des hybrides qui sont un peu tout ça à la fois. Lorsqu’on leur ajoute la traction intégrale, ils empiètent aussi sur le terrain des VUS.

 

Pourtant, la Journey, quand on y pense, c’est l’Autobeaucoup du XXIe siècle : comme la Dodge Caravan originelle, elle repose sur un châssis de berline et ses dimensions sont plus près de celles d’une auto que d’un camion. Tandis que la Caravan, au cours des années, a pris de l’expansion, au point qu’on ne peut plus la classer comme une minifourgonnette. (En cours de chemin, elle a d’ailleurs été rebaptisée Grand Caravan.)

 

La Journey, elle, joue plutôt dans les plates-bandes des Mazda5, Kia Rondo, Chevrolet Orlando et Ford C-Max. C’est cependant la seule à proposer des motorisations à 4 ou 6 cylindres ; la seule aussi à donner le choix entre 2 ou 4 roues motrices.

 

Pratico-pratique

 

Plus longue, plus large et plus haute que ses concurrentes, la Journey peut aussi se permettre une troisième banquette (en option). La modularité de l’habitacle est une spécialité de ce constructeur et tous ses sièges sont inclinables, la banquette centrale se déplaçant sur des rails. En fait de véhicule polyvalent, c’est dur à battre.

 

Par contre, la fermeté et le piètre maintien de la banquette n’incitent pas à y prendre place, tandis que la troisième rangée de sièges ne convient qu’à des enfants, comme c’est souvent le cas. Votre vieux chroniqueur a trouvé les baquets avant très confortables, mais il faut préciser qu’il s’agissait de ceux de la version haut de gamme (R/T Rallye).

 

Qu’ils soient petits ou grands, les véhicules multisegments misent sur leur habitabilité pour séduire les acheteurs. La Journey étant la plus volumineuse de sa catégorie, c’est aussi la plus spacieuse et celle qui offre le plus d’espace cargo. Pour ce type de véhicule, c’est le genre de détails qui pèse lourd dans la prise de décision.

 

Grosse amélioration

 

S’il y a une chose que j’aime à bord des véhicules du groupe Fiat-Chrysler, c’est leur interface multimédia. Le système UConnect est un de mes préférés, sinon mon préféré, et il a été jugé assez efficace pour se retrouver dans les Maserati et Ferrari de la grande famille Fiat. C’est un modèle de convivialité, qui devrait inspirer les constructeurs allemands, mais aussi GM… Par ailleurs, votre chroniqueur rocker apprécie à leur juste valeur les chaînes audio de ce constructeur, même dans ses modèles les plus humbles.

 

L’intégration de Chrysler dans le groupe Fiat, il y a cinq ans, a donné des résultats rapides, surtout pour la finition, l’une des faiblesses chroniques du troisième constructeur américain. Dans les mois qui ont suivi l’arrivée de Sergio Marchionne dans le siège du patron, tous les modèles ont été revampés à l’intérieur. La Journey en a grandement bénéficié, et pas seulement les versions plus cossues. Depuis que je fais ce métier, je n’ai jamais vu d’aussi beaux habitacles dans une Dodge, une Chrysler ou une Jeep.

 

Le V6 plutôt que le 4-cylindres

 

En entrée de gamme, la Journey reçoit un 4-cylindres de 2,4 litres, jumelé à une vétuste boîte automatique à quatre rapports. Étant donné le poids de la bête, je vous recommande plutôt le V6, d’autant qu’il ne consomme guère plus que le 4-cylindres : il dépense moins d’énergie pour se déplacer et en plus, sa boîte automatique compte deux rapports supplémentaires, ce qui est plus conforme à notre époque. Si la rapidité d’exécution n’est pas sa qualité première, sa fluidité est, en revanche, irréprochable.

 

Je vous ai déjà dit tout le bien que je pense du V6 Pentastar, mais je vais encore le répéter : ce moteur est l’un des meilleurs de l’histoire de ce constructeur. Non, je ne beurre pas trop épais : il n’a pas de lacune et il peut être utilisé à toutes les sauces, dans une voiture de luxe comme dans un VUS. On le retrouve d’ailleurs dans la majorité des modèles de la famille Chrysler.

 

Cela dit, il ne faut pas espérer de miracle côté consommation, étant donné la masse du véhicule. L’injection directe et la boîte à six rapports, c’est bien beau, mais il faut aussi avoir des attentes conformes aux dimensions du véhicule.

 

Respecter le mandat

 

Évidemment, si l’agrément de conduite est votre priorité, vous n’êtes pas à la bonne adresse. Cela dit, ce n’est pas désagréable non plus ; je ne sais pas si c’est parce que la cinquantaine approche à grands pas, mais j’ai vraiment apprécié le confort de roulement de ce véhicule, comparable à celui d’une berline intermédiaire.

 

Et si on conduit ce véhicule comme le conduisent ceux et celles qui en achètent un, il n’y aura pas de mauvaise surprise : il y a un peu de roulis, mais pas trop et la tenue de route est rassurante. Je précise cependant à nouveau que je conduisais une R/T Rallye à traction intégrale, chaussée de pneus de 19 pouces. Rien à voir, donc, avec une Journey de base à deux roues motrices.

 

Conclusion

 

Dans l’ensemble, j’ai vécu un séjour agréable à bord de la Dodge Journey, mais j’ai failli m’étouffer quand j’ai regardé le prix de mon véhicule d’essai : avec les options, il atteignait 40 755 $ ! Je veux bien croire qu’il s’agissait d’une version tout équipée, avec V6 et traction intégrale de surcroît, mais je ne suis pas certain que je paierais une telle somme pour une Journey, aussi garnie soit-elle. (En fait, je suis plutôt certain du contraire !)

 

Il s’agit d’autant plus d’un mauvais investissement que la valeur de revente est faible. La Journey n’a jamais brillé par sa fiabilité, et tant Protégez-vous que Consumer Reports sont plutôt tièdes à son endroit. Il est donc recommandé de se tourner vers les versions moins cossues, dont le rapport qualité-prix est plus avantageux, et d’opter pour une garantie prolongée si vous désirez garder le véhicule longtemps.


Collaborateur