Prendre le temps de réorienter sa carrière

Monsieur Chiasson, ma situation particulière m’amène à vous poser quelques questions.

 

Depuis plusieurs années, je travaille à l’extérieur du Canada comme fonctionnaire des Nations unies couvrant les urgences humanitaires. J’ai 40 ans, je suis marié avec un jeune enfant et un deuxième qui arrive. Nous n’avons aucune dette, mais aucun bien autre que nos placements. Ma capacité à courir les urgences réduit avec l’âge et avec les exigences familiales. Malgré le salaire intéressant et le fonds de retraite à prestations déterminées (extrêmement pénalisant si on quitte avant la retraite à 65 ans), l’éloignement, l’isolement et les maladies tropicales deviennent trop durs pour la famille et la vie personnelle. J’ai l’intention de revenir au Québec dans la prochaine année pour me rapprocher de ma famille.

 

Mes compétences étant difficilement transférables au Québec, un retour nécessitera un recyclage professionnel ainsi qu’une réduction importante de mon salaire qui, j’estime, sera à 60 000 $ par année. Ma conjointe devra également se recycler pour le marché du travail québécois comme immigrante. Nous devons prévoir une à deux années de transition. Un retour comprendrait l’achat de meubles, d’une habitation, d’une voiture et tout ce qu’il faut pour assurer la subsistance de la famille pendant deux ans, ce qui peut réduire rapidement les économies.

 

Un investisseur privé de Montréal gère mon portefeuille et me facture une commission de 1 % par année. 100 % de ces investissements sont en actions de compagnies (principalement aux États-Unis) ayant peu de dettes et qui sont dominantes dans leur secteur. Ces investissements sont répartis ainsi :

 

- REER : 71 000 $ (accumulé alors que je travaillais au Canada);

 

- Hors REER : 380 000 $;

 

- CELI : 47 000 $;

 

- Total du portefeuille actions : 498 000 $;

 

- Compte bancaire : 90 000 $ (pour le retour au Québec);

 

- Retrait de pension des Nations unies : 100 000 $ (déposé dans un REER pour éviter l’impôt).

 

Malgré votre position sur l’utilisation d’un gestionnaire, je préfère cette option, car la gestion de mon portefeuille m’occasionne trop de stress.

 

Mes questions sont les suivantes :

 

1- Si je maintiens 500 000 $ en Bourse (171 000 REER, 47 000 CELI, 282 000 hors REER) mais que je ne parviens plus à économiser car mon salaire unique comblera les besoins de la famille/hypothèque, est-ce que j’aurai assez d’économie pour la retraite à 55 ou 60 ans ? Est-ce que je peux me permettre de revenir au Québec et de me recycler malgré la réduction de salaire et la perte de la pension ?

 

2- Les plex étant trop dispendieux à Montréal (ce qui était mon plan initial), serait-il préférable d’acheter un appartement de 12 à 15 logements plutôt que de maintenir un portefeuille d’actions ?

 

Je vous remercie pour vos conseils.

 

Avec un avoir net de 688 000 $ après impôt à 40 ans, vous êtes déjà parmi les bien nantis de votre génération. Vous êtes en avance sur la plupart des travailleurs quant au chemin à parcourir pour prétendre à une retraite aisée à 55 ans. En fait, à 40 ans, vous jouissez déjà d’une grande indépendance financière. Aussi disposez-vous de toute la latitude requise pour prendre quelques années afin de réorienter votre carrière.

 

Cela dit, vous ne possédez pas encore l’avoir net requis pour prétendre à une retraite aisée à 55 ans. J’estime qu’il faut un avoir net après impôt de près de 828 000 $ pour un couple âgé de 55 ans qui désire prendre sa retraite en 2014. Il vous manque donc un montant après impôt de 140 000 $ pour atteindre cet objectif. À 40 ans, fermer cet écart n’exigera pas un gros effort au chapitre de l’épargne pour les 15 prochaines années. À titre d’exemple, en supposant que votre revenu familial annuel soit éventuellement de 95 000 $ une fois bien établis au Québec et que vous parveniez à épargner bon an mal an 12 % dudit revenu, vous aurez comblé l’écart en huit ans à peine, soit à l’âge de 48 ans. Cela montre que vous pouvez prendre quelques années pour réorienter votre carrière sans trop de contraintes sur le plan financier. En contrepartie, il faut être également conscient que trop gruger dans votre avoir aura pour effet de creuser l’écart actuel vous séparant de l’actif requis pour prétendre à une retraite aisée à 55 ans. Pour éviter cette situation, vous et votre épouse pourriez dénicher chacun un emploi occasionnel afin de couvrir vos dépenses quotidiennes le temps de suivre vos études. Et, à propos du retour aux études, vous pourrez vous prévaloir au Québec du régime d’encouragement à l’éducation permanente (REEP), en vertu duquel vous pouvez retirer de vos REER un montant annuel de 10 000 $ (par individu) jusqu’à un maximum de 20 000 $ affranchi de tout impôt pour justement financer vos études.

 

Côté placement, sans démolir votre portefeuille d’actions de grandes compagnies, je vous suggère l’achat d’une résidence principale, question de mieux diversifier votre avoir entre les actions et l’immobilier. Je n’irais pas cependant jusqu’à vous dire d’acquérir un immeuble de 14 logements et plus. La gestion d’un tel immeuble est compliquée. Et vous risquez de trop concentrer votre avoir sur un seul type d’actif.

 

Je pense que vous devriez davantage opter pour un plex, une maison unifamiliale ou un grand condo (trois chambres avec mezzanine) Si les prix sont trop élevés à Montréal, vous pourriez alors regarder du côté de la banlieue, mais seulement là où existe un service de trains de banlieue efficace. Une propriété située à distance à pied d’une gare de train recèle à mes yeux une bonne plus-value potentielle à long terme. Une fois que vous et votre épouse aurez trouvé un nouvel emploi bien rémunéré, vous pourriez même envisager d’acheter un condo (toujours près d’une gare de train) en plus de votre résidence principale pour l’offrir en location. Vous pourriez financer ce condo à hauteur de 80 % de son prix d’achat. Vous profiterez ainsi de l’effet de levier que procure le recours à la dette pour accélérer votre processus d’enrichissement.

 

Quant à la résidence principale, vous devriez la payer comptant ou presque. Le prix payé devrait tourner autour de 250 000 $.

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