La passation des pouvoirs a eu lieu

Pauline Marois est rentrée chez elle dans la dignité. Elle aura été un exemple quant à sa capacité d’encaisser les défaites qui font mal et blessent inévitablement. Il reste cependant une longue réflexion à laquelle les femmes du Québec ne pourront pas éviter de faire face dans les semaines et les mois qui viennent. Celles qui pensent que leur rôle de citoyennes est un rôle essentiel dans notre société devront courageusement ouvrir les plaies avant qu’elles ne se referment sur l’indifférence comme c’est trop souvent le cas.

 

En 2015, nous célébrerons le 75e anniversaire du droit de vote des femmes d’ici, une lutte qui a duré quelques décennies avant que les femmes n’obtiennent justice et qui a été menée par des femmes déterminées souvent traînées dans la boue par les politiciens, certains grands journalistes de l’époque et pratiquement tous les représentants de l’Église catholique autant que par des groupes de femmes qui refusaient le droit de voter estimant souvent que la politique, c’était un fief réservé aux hommes exclusivement. Thérèse Casgrain, Idola St-Jean et plusieurs autres ont tenu bon pendant des années, faisant le pèlerinage à Québec pour réclamer justice. Elles ont affronté les injures et le mépris pour que nous ayons toutes le droit de participer à la vie politique du Québec. Elles ont fini par remporter la victoire du vote et aussi du droit d’être élues pour les femmes.

 

75 ans plus tard, où en sommes-nous ? Nous pensions vraiment avoir marqué des points au cours des dernières années. Dans notre société étrange où tout le monde se gargarise jusqu’à l’écoeurement d’un engagement favorable à la promesse de l’égalité entre les hommes et les femmes, l’égalité jamais atteinte et jamais mesurable, l’égalité avec des réserves, des exigences supplémentaires, des « plus » qu’on ne demande jamais aux hommes, comme par hasard.

 

Nous, les femmes, nous avons joué la patience. Nous nous sommes dit que nous finirions par y arriver en augmentant le nombre de femmes candidates, puis le nombre de femmes élues, puis le nombre de femmes portées au niveau décisionnel. Nous avons même osé penser que Pauline Marois, qui avait accepté toutes les règles imposées aux femmes qui prétendent au plus haut sommet, qui avait derrière elle 35 ans d’expérience, 14 ministères dirigés avec rigueur et succès, que cette femme, mère de famille et grand-mère, avec des diplômes solides, pourrait s’installer au pouvoir afin de faire la démonstration de ce que pouvait être la politique « au féminin ». Depuis le 7 avril, nous savons que ce n’est pas suffisant. Pour ma part, je finirai par penser que les hommes tolèrent les femmes en politique parce que ça fait de la couleur dans leurs réunions où ils portent surtout le costume marine cravate et que les femmes servent à la décoration. Au fond, peut-être comptent-ils sur nous pour les distraire et les amuser un peu, eux qui sont écrasés sous les responsabilités et le travail…

 

Je vais me répéter encore une fois. À mon premier jour à l’Assemblée nationale, j’ai éclaté de rire en me rendant compte que nous étions 100 hommes et cinq femmes, tous partis confondus. À mes collègues qui me demandaient ce qui me faisait rire, j’avais demandé quelle serait leur réaction si nous étions 100 femmes et cinq hommes. Leurs faces se sont allongées. Ils ne m’ont pas trouvée drôle.

 

Et pourtant. Nous avons eu l’impression de marquer des points au cours des dernières années. En 2012, nous avions élu 41 femmes. Il y avait de l’espoir. En 2014, nous allons nous contenter de 34. Nous sommes passées de 33 % à 27 % des membres de l’Assemblée nationale.

 

Pendant un court laps de temps, à travers le Canada, nous avions atteint le chiffre de six femmes premières ministres. Depuis quelque temps, elles tombent comme des mouches. Bientôt, on rendra les armes, elles seront toutes rentrées à la maison.

 

Suis-je pessimiste ? Je ne le suis pas de nature, mais la réalité qui nous frappe en pleine face ne laisse pas beaucoup d’espace pour l’espérance. À moins que les femmes ne suivent l’exemple des femmes scandinaves qui se sont regroupées un jour dans un parti politique pour femmes. Le temps de tout apprendre sur le fonctionnement de la machine politique, de déterminer les priorités des femmes et de mettre à l’ordre leurs idées pour changer le monde. Quel beau programme parapluie. Faire la passation des pouvoirs des plus vieilles comme moi aux plus jeunes pour qu’elles ne perdent pas un temps précieux égarées chez les « beaucoup trop à gauche » qu’on connaît déjà trop bien. Si quelqu’une a une meilleure idée… Il faut dompter la défaite.

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37 commentaires
  • Michel Sarra-Bournet - Inscrit 18 avril 2014 06 h 46

    Le droit de perdre aussi

    La politique, telle qu'elle se pratique encore, fait de gagnants et des perdants, et donc beaucoup de perdantes. Madame Marois a-t-elle perdu parce qu'elle est une femme? Je ne crois pas. Mais cela l'a peut-être désavantagée, car les préjugés on la vie dure. Le progrès n'est pas linéaire. Il n'est pas non plus une certitude, comme nous l'enseigne l'histoire de l'humanité. Regardons autour de nous: la corruption, la langue française, l'environnement, les tensions en Europe et au Moyen-Orient...

  • Jean-Marc Simard - Abonné 18 avril 2014 07 h 33

    La gouvernance à la mode féminine...

    Madame Payette vous tenez mordicus à ce que la femme ait la place qui lui revient en politique. C'est une obsession chez vous...Et selon vous vous ne serez satisfaite que quand la parité homme/femme sera établie... Pourquoi tant d'insistance ? Pour satisfaire l'orgueil féminin ? Pour enfin donner une leçon à la gent masculin et réaliser une vengeance historique ? Pour mettre enfin au pas les politiciens machos ? Pourquoi ?

    Personnellement je suis prêt à donner à la femme toute la place politique qu'elle mérite...En autant qu'elle est aussi compétente que l'homme pour la tenir...Là n'est pas le problème pour moi...Ce que je veux savoir et expérimenter ce sont les réponses aux questions suivantes: Est-ce que la femme peut faire mieux que l'homme en politique ? Est-ce que la femme peut apporter une certaine touche féminine dans un monde d'homme où la loi du plus fort sévit ? Est-ce que la place qu'occupera la femme sera une garantie de meilleure gouvernance ? Est-ce que la femme apportera une plus grande intégrité au monde politique ?

    Je ne connais pas les réponses à ces questions...Mais certaines femmes ont occupés des postes privilégiés en politique. Madame Marois a certes apporté une touche féminine à la gouvernance, mais la population ne lui a pas fait confiance pour la suite des choses, p.c.q elle n'a pas su bien se défendre contre les attaques de ses adversaires ou a trop présumé l'importance de certaines décisions... Je dirai qu'en déclenchant des élections hâtives elle a manqué de flair politique ou s'est crue trop sûr d'elle...Nathalie Normandeau a été vicePM sous Charest et elle est soupçonnée de beaucoup de maux corruptifs...Alors pour l'intégrité féminine on repassera...Monique-Jérôme Forget a été Ministre des finances et du Trésor et c'est sous sa gouverne que la dette du Québec s'est le plus accrue et que le fer-de-lance de la corruption, à savoir la politique des PPP a été lançée, politique qui n'avantage que le gros contre le petit...Alors l'inc

    • Jean-Marc Simard - Abonné 18 avril 2014 09 h 50

      La gouvernance à la mode féminine (suite)

      Alors l'inclinaison féminine à protéger et défendre la vie du petit contre celle du gros a été mise très à mal...

      Avant de prétendre aller en politique pour apporter une touche féminine à la fonction, meilleure que celle apportée par les hommes, les femmes devraient d'abord bien faire leurs devoirs. Où il y a de l'homme, il y a de l'hommerie certes, mais où il y a de la femme il y a aussi de la femmerie...Être femme n'est pas nécessairement une condition sine qua non à une meilleure moralisation de nos institutions politiques...

      Est-ce que les femmes feraient mieux que les hommes en politique ? J'aimerais bien ! Mais j'en doute...

    • Lise Bélanger - Abonnée 18 avril 2014 10 h 00

      Cher monsieur,

      Votre premier paragraphe: ce que réclame Madame Payette ce n'est que justice, avoir les mêmes droits de décider que les hommes, pourquoi devrions-nous accepter d'être moins représentées?

      Votre deuxième paragraphe: pourquoi exigez-vous ncore ce plus pour qu'une femme soit admise aux mêmes postes que les hommes, Tout comme les hommes, nous sommes imparfaites ce qui, tout comme les hommes, ne nous empêche pas d'être compétentes.

      Une femme a le droit d'être imparfaite tout autant que les hommes, sans lui renier le droit d'accéder aux postes de décisions.

    • Jean-Marc Simard - Abonné 18 avril 2014 11 h 21

      D'accord avec vous...Je ne fais que commenter cette tendance chez Madame Payette à jucher la femme sur un piedestal...Le mouvement féministe auquel appartient Madame Payette s'est trop souvent fait contre les hommes au lieu de se faire contre la femme et sa dépendance envers les hommes...Du moins c'est mon opinion...

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 18 avril 2014 11 h 38

      Madame Bélanger, puis-je suggérer que la représentativité d'un parlement ne tient pas arithmétiquement au nombre de représentants d'un groupe d'appartenance, mais à l'engagement des parlementaires? J'espère que ni les noirs, ni les asiatiques, ni les personnes âgées, ni les trysomiques, ni aucune des autres sortes de personnes n'ait jamais à se plaindre du comportement ne serait-ce que d'un seul des députés de l'Assemblée nationale à l'égard du souci de représenter leurs intérêts. Cela vaut tout autant pour les femmes. Évidemment, ce genre de justifications est familière aux paternalistes, genre « retournez à vos bébés, on va s'occcuper de vous entre nous »; cela existe, encore. Mais même si du chemin reste à parcourir, le parlement n'est plus l'affaire des... mâles. Plus jamais on pourra considérer comme des anomalies ou des réussites héroïques que des femmes viennent occuper les mêmes chaises que les Lise Payette, Diane Lemieux ou Françoise David, qui ne doivent pas être comptées, tant la dignité de les occuper n'est plus une affaire de sexe.

    • Pierre Schneider - Abonné 18 avril 2014 11 h 47

      Petite question à laquelle je ne prétends pas répondre: Nombre de femmes qui accèdent à de haites fonctions, que ce soit dans les affaires ou en politique, n'adoptent-elles pas le même comportement que les hommes ?

    • Lise St-Laurent - Inscrite 18 avril 2014 12 h 18

      @Pierre Schneider

      Parfois, on doit s'inspirer d'eux sans toutefois se travestir. J'ai toujours fait carrière dans un environnement d'hommes et je ne me suis jamais sentie inférieure, au contraire.

  • Martin Pelletier - Inscrit 18 avril 2014 08 h 12

    Tout un exemple!

    Elle a ramené le PQ au niveau de 1970!

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 18 avril 2014 08 h 47

    Si madame Marois a perdu...

    ... ce n'est pas parce que c'était une femme, mais parce que les citoyens estimaient qu'elle n'était pas le meilleur homme.

    Boutade sexiste? Pas de ma part, croyez-moi. Pour bien des gens, l'égalité des sexes, c'est simplement le droit reconnu aux femmes de devenir « one of the boys », comme l'a souvent souligné madame Payette. Le droit... et le défi. Un défi que certaines ont voulu relever en laissant au vestiaire les signes de leur différence sexuelle... comme on demanderait d'en laisser une autre, mais c'est une autre histoire... ou peut-être pas tant.

    On me dira si me trompe - cela m'arrive souvent -, mais il me semble qu'au-delà du décompte, aujourd'hui moins favorable qu'en 2012, la manière de faire la politique a profondément changé au Québec au cours des dernières années. Autrefois affaire de mâles, elle ne devait pas tant devenir aussi une affaire de femelles (pourquoi le mot est-il plus infâmant?), mais celle des « hommes », des êtres humains, l'humanité n'étant la propriété ni des femmes, ni des hommes, mais des personnes.

    Entendons-nous bien. Ce serait illusion ou aveuglement - volontaire ou pas, de bonne ou mauvaise foi - de prétendre que notre monde politique n'est plus sexiste dans les faits. Ce dont je parle, c'est d'un changement dans nos valeurs. Non seulement y a-t-il plus de femmes en politique, à tous les niveaux de gouvernement, mais il me semble que les gens en tiennent de moins en moins compte s'agissant d'évaluer leur aptitude à exercer des fonctions, évitant le piège tout aussi sexiste de chercher là le gage d'une meilleure manière de faire...

    Les succès de madame Marois en politique sont remarquables, mais mis à part les résistances qu'elle a dû briser pour y arriver, elles ne le sont pas plus du fait qu'elle soit une femme. Je ne crois pas qu'elle ait été défaite pour cela non plus. En tout cas, plus tant qu'avant.

    Et je suis persuadé que les choses iront encore en s'améliorant.

    • Jean-Marc Simard - Abonné 18 avril 2014 10 h 01

      Je me souviens d'un propos que Madame Marois a dit lors d'une entrevue: "vous savez nous les femmes sommes supérieures aux hommes, la preuve est que l'on est capable de faire plusieurs choses en même temps" J'avoue que ce propos m'a choqué, bien que j'aie voté pour elle...C'est peut-être cette arrogance qui lui a fait perdre le pouvoir...C'est une tendance du mouvement féministe de faire la promotion de la supériorité de la femme, alors qu'il n'en est rien...Cette assertion n'est pas plus vrai pour les hommes. Personne n'est supérieur...Il n'y a que des êtres différents avec une nature personnelle unique...Le reste n'est que fabulation d'un orgueil que l'on veut mettre en orbite et encensé...

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 18 avril 2014 11 h 41

      « on est capable de faire plusieurs choses en même temps » est d'aileurs une de ces légendes urbaines qu'il faut déboulonner de temps à autres.

  • Claude Smith - Abonné 18 avril 2014 08 h 48

    Et les femmes

    Il m'est arrivé de constater à plusieurs reprises que les personnes qui ne pouvaient pas « blairer » Mme Marois, étaient des femmes. Quand je leur demandais pourquoi,
    j'avais souvent la réponse suivante : je ne l'aime pas. Qu'est-ce qui sous-tendait cette réponse ? Je vous laisse le soin d'y répondre.


    Claude Smith

    • Nicole Ste-Marie - Abonnée 18 avril 2014 10 h 51

      À Québec si vous syntonisiez radio-poubelle, ils répétaient sans interruption
      "anything but Pauline" "anything but Pauline"
      Mais jamais ils n'ont commenté son administration pour les 18 mois comme gouvernement minoritaire. Et elle en a fait de bonnes choses, lisez le journal d'hier.

      Mais si vous fouillez, vous apprendrez à qui appartiennent ces radio-poubelles, qui répétaient "pas de référendum" et "anything but Pauline"

      De la salissure de notre race.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 18 avril 2014 13 h 55

      J'aimerais bien savoir qui finance ces radio-poubelles .

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 18 avril 2014 13 h 55

      J'aimerais bien savoir qui finance ces radio-poubelles .

    • Mario Laprise - Abonné 18 avril 2014 17 h 53

      Oui, dans mon entourage il a été souvent « Je ne l'aime pas » et c'étaient très souvent des femmes qui prononçaient cette affirmation. C'est questionnant, comme s'il avait fallu qu'elle soit plus performante parce qu'elle était une femme. On n'en attendait pas tant de l'homme Charest.

      Mario Laprise
      Québec