La lourdeur des pierres

En juin 2013, un sondage Léger Marketing-Le Devoir indiquait que 80 % des péquistes, 75 % des partisans d’Option nationale et 62 % des solidaires auraient reporté leur vote sur un candidat souverainiste si les trois partis avaient pu s’entendre pour en désigner un, malgré leurs nombreux différends idéologiques.

 

La situation n’est évidemment plus la même qu’à l’époque. Au lendemain de la défaite du 4 septembre 2012, on avait calculé qu’il aurait suffi d’un report de 40 % des voix sur un candidat unique dans une dizaine de circonscriptions pour que les souverainistes remportent une majorité de sièges à l’Assemblée nationale. Un report aussi important que celui constaté par Léger Marketing aurait sans doute permis à Pauline Marois de diriger un gouvernement majoritaire.

 

Cette fois-ci, l’effondrement du PQ a été tel qu’une entente entre les souverainistes n’aurait pas suffi à empêcher une victoire libérale, mais la « convergence » qui avait été rejetée aussi bien par le PQ que par Québec solidaire mériterait d’être réexaminée, sous peine de laisser les libéraux s’installer au pouvoir à demeure.

 

De passage au Devoir durant la campagne électorale, le président et coporte-parole, Andrés Fontecilla, avait indiqué que les membres de QS réexamineraient la question lors de son prochain congrès. Les instances du PQ n’ont jamais statué formellement sur une éventuelle entente avec d’autres partis. L’entourage de Pauline Marois ne voulait rien savoir et les députés qui y étaient favorables se sont aussitôt inclinés.

 

Au lendemain de la défaite référendaire de 1995, Jacques Parizeau avait invité les militants péquistes à « retourner chaque pierre », mais le PQ n’a jamais été très porté sur les examens de conscience. Jusqu’à présent, l’autopsie de la défaite semble plutôt vouloir se transformer en chasse au bouc émissaire.


◆◆◆
 

Le fossé entre le PQ et QS n’a cessé de se creuser au cours de la première année du gouvernement Marois, dont la politique d’austérité budgétaire a été perçue comme une trahison des idéaux progressistes dont le PQ s’était réclamé durant la campagne électorale de 2012, et la charte de la laïcité n’a fait qu’aggraver les choses.

 

La lettre ouverte que Bernard Drainville a publiée dans Le Devoir de lundi ne convaincra personne. Pendant des mois, les porte-parole de QS ont multiplié les mises en garde contre le danger de diviser la société québécoise. Sans dévoiler tout son jeu, M. Drainville a eu d’innombrables occasions d’envoyer des signaux d’ouverture sur le port de signes religieux et il a systématiquement refusé d’en profiter.

 

L’arrivée de Pierre Karl Péladeau constitue un nouvel obstacle. Françoise David a aussitôt déclaré qu’aucun député solidaire ne voudrait s’asseoir à ses côtés. Il est vrai qu’entendre ce fossoyeur de syndicats parler de « solidarité » le soir de l’élection paraissait incongru, mais il n’a jamais été question de s’entendre sur une plateforme commune. Son élection à la direction du PQ pourrait ruiner définitivement toute possibilité d’alliance.

◆◆◆

 

L’élection de Manon Massé dans Sainte-Marie–Saint-Jacques constitue sans doute une grande victoire pour QS, mais il ne faudrait pas laisser l’arbre cacher la forêt. Passer de 6,03 % à 7,6 % dans l’ensemble du Québec demeure une performance modeste.

 

À Montréal, la progression de QS dans les circonscriptions situées sur la ligne orange risque surtout de profiter au PLQ, comme cela s’est produit dans Crémazie. La majorité de 2548 voix obtenue par la libérale Marie Montpetit est bien inférieure à celle de 4267 voix récoltée par André Frappier. Dans Rosemont, Jean-François Lisée a recueilli seulement 1598 votes de plus que le candidat libéral, alors que sa majorité était de 8944 en 2012. La prochaine fois, les voix de QS (1276 de plus qu’en 2012) pourraient lui manquer cruellement.

 

Même à Québec, la maigre avance de 451 voix qu’Agnès Maltais (Taschereau) a pu conserver sur le candidat libéral a été deux fois moindre que la progression du vote solidaire, qui a augmenté de 1079 voix par rapport à l’élection de 2012.

 

Certes, il n’est pas dit que QS pourra bénéficier de conditions aussi favorables en 2018. Le PQ ne s’aventurera sans doute pas avec autant d’imprudence sur un terrain aussi miné que celui de la laïcité. QS pourrait même se voir contester le créneau de gauche si le NPD décide d’aller de l’avant avec son projet de créer une aile québécoise.

 

Sur les 8437 électeurs qui ont voté pour Manon Massé le 7 avril, il y en a vraisemblablement plus de 91 qui auraient aimé avoir une option fédéraliste progressiste. Cela aurait suffi à faire élire la libérale Anna Klisko, à qui personne n’accordait la moindre chance.

 

Certaines pierres semblent malheureusement trop lourdes pour être retournées.

37 commentaires
  • Thomas Renaudie - Inscrit 15 avril 2014 03 h 18

    Chiffres

    La deuxième partie de l'article me laisse songeur. Comme si présenter la question sous un angle arithmétique était suffisant. Mettre de l'avant que des voix pourraient manquer cruellement à tel ou tel candidait pour une prochaine éléction est un peu simple. Nous parlons de politique, d'idées, de convictions et de coeur et non d'un quelconque triturage de chiffres.

    Si un candidat manque de vote, qu'il se pose la question si ce qu'il a à proposer est vraiment porteur et intéressant pour les gens qu'il souhaite représenter.

  • Luc Archambault - Abonné 15 avril 2014 03 h 54

    Aucune pierre n'est trop lourde, suffit du bon levier...

    « Cette fois-ci, l’effondrement du PQ a été tel qu’une entente entre les souverainistes n’aurait pas suffi à empêcher une victoire libérale » !? Vraiment !? Comment ça... le fait de former une Coalition multipartite PQ-QS-ON-Verts autour d'un même Programme commun d'État n'aurait eu aucun impact, en soi, du seul fait d'être formée ? Comment peut-on affirmer une telle chose... c'est de la politique fiction...

    Un Programme de gouvernance n'est pas la solution... gouverner à gauche sous dictature d'occupation canadianisatrice ne représente aucun intérêt ; la politique du « bon gouvernement » a fait long feu.

    Un Programme commun d'État démocratique républicain c'est autre chose... et on peut s'entendre là-dessus de gauche à droite. Il est question de défendre la Démocratie, contre la dictature d'occupation canadian qui s'impose sans OUI par-dessus la tête du Peuple...

    La force irrésistible d'une telle Coalition démocratique prive la CAQ du vote nationaliste et souverainiste... si elle ne veut pas disparaître elle est forcée de joindre la vraie Coalition multipartite... 58% des voix, sans même qu'elle soit formée... 62% une fois formée, rapatriant le vote des découragé,es stationné.es dans le champ de l'abstention électorale.

    Suffit du bon levier... pour soulever le ROC de notre Cap-aux-diamants...

    • Marc Stringer - Inscrit 15 avril 2014 10 h 22

      La moitié (si ce n'est plus) de la députation de la CAQ son des fédéralistes de droite! Si vous soustrayiez ce suffrage de votre équation, votre coalition à du plomb dans laile.

      Ce que vous peinez à croire, c'est que la majorité préfère un Québec fort dans un Canada uni.

  • William Dufort - Abonné 15 avril 2014 07 h 54

    Sous la gouverne de mme Marois, le PQ a laissé partir, je dirais même avec un certain dédain, Jean-Martin Aussant, Louise Beaudoin et Pierre Curzi, trois piliers dont un jeune très dynamique. Il s'est laissé dépasser par ON sur la question nationale et par Québec Solidaire sur la gauche tout en se faisant grignoter par la CAQ sur la droite.

    Faisant fi de l'évidence, Mme Marois et son entourage ont refusé de dire clairement qu'il n'y en aurait pas de référendum au cours du prochain mandat. Cette obstination incompréhensible l'a fait passer pour une politicienne comme les autres qu'on n'aime pas, et a fait le bonheur des Libéraux qui ne s'en sont pas privé.

    Et on se demande après pourquoi ça n'a pas marché?

    "Come on!" comme disent les jeunes et nos voisins.

    • Yvon Bureau - Abonné 15 avril 2014 09 h 25

      «dire clairement qu'il n'y en aurait pas de référendum au cours du prochain mandat» : cela aurait été la meilleure stratégie. J'aurais aimé. Regret.

  • Gilbert Talbot - Abonné 15 avril 2014 07 h 57

    QS est ouvert aux alliances entre souverainistes.

    Ça été le premier message d'Amir Khadir après les élections. Il a reconnu clairement la nécessité de s'entendre sur des points précis même avec la CAQ. Il a mentionné aussi que QS devait modifier son discours - et non ses principes - s'il veut convaincre beaucoup plus d'électeurs. Bien sûr, on sent davantage d'atomes crochus entre ON et QS qu'avec le PQ. Ça ça va être plus difficile, mais la difficulté vient du côté du PQ . Ce parti a une profonde réflexion à faire sur son orientation politique avant de choisir un autre chef. Ça tout le monde le reconnait, mais tant que les choix ne seront pas fixés, on ne pourra pas parler ni de convergence, ni d'entente avec QS.

    • F. Georges Gilbert - Inscrit 15 avril 2014 10 h 22

      Pas avec le P.Q. c'est évident.Il serait utopique de croire le contraire ..Surtout après avoir entendu leur ode(Hey Hey Good By) pour saluer bruyamment, la défaite de Mme Marois,tandis qu'elle prononcait un discours de départ empreint de dignité ..Son engagement sincère et constant envers le Québec, méritait un peu plus de respect .Il est curieux qu'on est pas souligné davange sa renonciation à la prime de départ de 181 milles ,mais quand on se compare on se console...Merci à Pauline notre première Première-Ministre,qu'on a tenté d'éliminer de la vie politique, dès les premières heures de sa victoire,il ne faut jamais oublier ni minimiser ce violent et haineux attentat...L' acharnement soutenu de Q.S. envers le P.Q. a grandement contribué à sa défaite . Q.S.tient un double langage et leur option variable envers souverainiste ne fait pas l'unanimité à la tête ni au sein de ce parti..

    • Claude Champagne - Inscrit 15 avril 2014 19 h 29

      Une analyse très juste M. Gilbert, cela devient de plus en plus rare, qu'une personne consacre sa vie à servir le peuple. De nos jours c'est pour se servir qu'on fait de la politique.

  • Robert Libersan - Abonné 15 avril 2014 08 h 03

    Le chemin à suivre

    Ou bien, le PQ forme une coalition multipartite de centre-gauche avec QS, ON et les Verts, comme le dit M.Archambault. Ou bien, il aide à ressusciter une aile NPD-Québec. Pour ce faire, il abandonne son option souverainisme et défend l'affirmation nationale au sein du Canada. Ou bien il fait cavalier seul, impute la défaite au leadership de Mme Marois, au poing levé de PKP, à l'incompréhension de la Charte, à la peur, au manque de pédagogie de la Souveraineté Il se donne un nouveau chef sans «retourner les pierres». Il deviendra alors moribond.

    • Gilles Théberge - Abonné 15 avril 2014 14 h 47

      Pourquoi le PQ devrait-il abandonner son objectif de faire du Québec un pays pour les Québécois monsieur Libersan?

      L'affirmation nationale au sein du Canada, voyez-vous quand on a un peu vécu, on sait que c'est une impossibilité. Parce que ça a été essayé pendant des décennies. En fait depuis 1867... Et ça n'a jamais donné quoi que ce soit. L'épisode de Meech en est la dernière manifestation.

      Et qui a fait avorter cette réforme de 1990, aussi minime était-elle et plutôt symbolique, les anglos-saxons. Que parfois on est accusé de détester. Mais ce ne sont pas les Québécois qui ont di non à un Canada dans lequel ils pourraient êtres à l'aise. qui déteste qui monsieur Libersan?

      C'est l'amérindien du Manitoba avec sa plume, c'est le premier ministre de Terre-Neuve Clyde Wells, qui a été embrassé (c'est pas rien) publiquement par Chrétien par la suite. C'est le Nouveau/New Brunswick qui menaçait de faire tomber l'accord et qui se traînait les pieds au max en espérant que quelqu'un d'autre ferait dérailler le train avant qu'il doive se commettre...

      Tous les réformateurs Québécois du fédéralisme, sans aucune exception, se sont cassés les dents avec ça. Claude Ryan a été l'un des plus articulés et des plus célèbres, mais il y en a d'autres qui ont obtenu le même résultat, rien du tout.

      Et puis il y a eu la grande rupture en 1982. Lisez le livre de monsieur Bstien zLa bataille de Londres» et vous pourrez constater l'ampleur du dégât.

      Depuis, techniquement le Québec ne fait plus partie du Canada. La «fédération» canadienne est supposée être fondée sur l'adhésion des provinces. Or, et à de multiples reprises, l'Assemblée Nationale a rejeté la constitution de 1982 à l'unanimité.

      Et vous voudriez que les Québécois renoncent...?

    • Guy Desjardins - Inscrit 15 avril 2014 16 h 15

      M. Libersan. Le PQ est déjà moribond. Son article premier de son existence est la séparation du Québec et ça ne passe pas et désuet par rapport à la mondialisation donc aucun avenir. La seule façon d'avoir un opposition respectable envers le PLQ c'est la Coalition Avenir Québec avec des personnes qui comprennent très bien le GBS. Sûr et certain que plusieurs personnes, si il y avait des élections dans 6 à 8 mois changeraient d'allégeance politique pour la bonne raison qu'il va y avoir un inconfort dans quelques mois. À mon avis, il faut arrêter de palabrer et se préparer en vue des prochaines élections. Il nous reste au moins 4 ans pour se reconditionner. G.D.

    • Gilles Théberge - Abonné 15 avril 2014 19 h 31

      Ce que vous affirmez monsieur Desjardins est une absurdité. Ce que vous appelez la mondialisation qui rendrait désuet la pertinence de la souveraineté des États suppose dans votre logique la disparition complète de tous les États...

      Absurde!

    • Claude Champagne - Inscrit 15 avril 2014 19 h 41

      Avec tous mes respects M. Desjardins, la CAQ se compose en partie de vieux libéraux rejetée, en manque de pouvoir. M. Théberge excellant cours d'histoire des derniers 40 ans du rejets par le Caaanada.